Fidèles du Temple

16/05/2018

BLOOD BOWL / FANTASY FOOTBALL : LES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE (EQUIPE HUMAINE). HISTORIQUE ET PRESENTATION (ARTICLE EN CONSTANTE EVOLUTION ^^)


Bonjour mes Chers Lecteurs ^^




Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'équipe humaine de Blood Bowl du Temple de Morikun : les Golden Crows d'Aquitanie, va vous être révélé ici et bien plus encore !! ^^ J'ai passé près de deux ans à rédiger le présent article. J'apprécie énormément de pouvoir personnaliser au maximum mes figurines, au besoin en les habillant avec un fluff tout à fait personnel... J'ai la prétention de penser qu'ici, j'ai atteint les derniers pallier de la folie car j'ai non seulement imaginé un historique pour l'équipe en tant que telle... Mais également pour chacun des membres ! ^^'

Je crois que c'est l'article le plus long que j'aie jamais rédigé dans le Temple... Et quand on sait qu'en règle générale je règne quasiment sans partage sur les articles-fleuves, je préfère vous mettre au parfum tout de suite : ne tentez pas de lire tout l'article d'une seule traite si vous n'avez pas plusieurs heures à y consacrer ^^. On va dire que je vous fournis là de quoi glandouiller au boulot/meubler les séances de bus ou de métro ou de train pour plusieurs jours XD

Cet article aura également son lien dans les marges du Temple car j'entends en faire le suivi en temps réel de la progression de mon équipe au fil de ses matches. C'est pourquoi j'ai indiqué que le présent post serait en constante modification ^^

Alors ? Prêts pour plonger dans les secrets des Golden Crows d'Aquitanie ? Prêts à faire la liste de toutes les références à la pop-culture que j'y ai disséminées au fil des centaines de lignes que j'ai écrites ? Chaussez vos crampons, mettez votre plus beau maillot et n'oubliez surtout pas votre casque car l'histoire des Golden Crows d'Aquitanie n'est pas belle : chacun de ses membres a été façonné dans le sang et larmes...

Vous risquez de prendre des mauvais coups... 

Je vous mets en garde une dernière fois : n'essayez pas de lire cet article d'une seule traite si vous n'avez pas plusieurs heures à y consacrer...

Je vous aurai prévenu...^^



LES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE



Le blason des Golden Crows d'Aquitanie : D'azur et d'or mantelé en chevron au corbeau d'or diademé orlé de mesme et quatre coupes de vin en soutien.


"Les Golden Crows sont la pire équipe de Blood Bowl du grand duché d'Aquitanie... Et elle est en passe de devenir la pire équipe de tout le royaume de Bretonnie" - BBBB (le Bulletin du Blood Bowl Bretonnien)

"Ils se disent membres de la noblesse bretonnienne mais il n'y a qu'à les voir sur un terrain de Blood Bowl : ils ne suivent ni ne respectent aucune règle et seul le goût du lucre anime ce ramassis de mânants et  de gibiers de potence !!" - Sire Charles de Listrac, capitaine de l'équipe de l'UBB (Union des Bourrins de Bordeleaux)

"Il est tout simplement incroyable de voir la progression fulgurante de cette petite équipe bretonnienne qui a démarré en 4e division de l'AFC-Centre. En l'espace d'une trentaine d'années, elle s'est hissée en 2e division où elle s'impose de plus en plus au fil des matches. Il n'est pas à exclure que dans un avenir proche, une montée en 1ère division soit envisageable. Pour des bretonniens, ils savent briser les codes aussi sûrement que les os de leurs infortunés adversaires !!" - L'Epique Magazine

"D'habitude, j'aime pas les bretonniens !! C'est qu'des pauv'minables de coincés avec la gueule en cul de poule qui jactent avec des mots 'achement compliqués qu'on comprend pas et qui ont les j'tons d'abîmer leurs belles armures brillantes de rupins !! Mais là, j'dois dire qu'ces mecs là font un sacré job et ils savent contenter le public... Chuis quasi-fan là... Pour moi, j'dis qu'y a total respect !!" - Gunther Riken, supporter de l’équipe des Sales Frappes






On dit que les douces terres de Bretonnie sont un royaume humain placé sous la protection de la Dame du Lac, au sein duquel l'honneur et la vertu sont un devoir ; la protection des faibles et des opprimés sont une obligation et l'excellence en toute chose un idéal vers lequel chacun doit tendre...

Comme d'habitude, la théorie est très belle sur le vélin mais dans la pratique, c'est autre chose.

Premièrement, la noblesse bretonnienne fait comme ses voisins immédiats des Principautés Frontalières et l'Empire : elle ne fait pas grand cas des roturiers. Tant que les paysans accomplissent leurs différentes corvées sur les domaines auxquels ils sont rattachés, que les artisans réalisent les ouvrages qui leur sont commandés, que les marchands maintiennent les voies de communications commerciales et que tout le monde paient ses impôts, les nobles leur témoignent toute la reconnaissance attendue : c'est à dire aucune. Les nobles sont là pour commander puisqu'ils payent l'impôt du sang à la guerre, les roturiers sont là pour obéir aux ordres et payer tout le reste. Et malheur à celui qui voudrait contrevenir à l'équilibre établi !! Un noble se couvrirait de honte, un roturier serait couvert de chaines avant d'être envoyé aux galères royales si son Seigneur n'a pas veillé à une juste punition pour subversion.

Deuxièmement, la noblesse bretonnienne n'est pas aussi égalitaire en son sein avec tous ses membres. Il est une règle bien établie selon laquelle "Le Royaume de Bretonnie ne file point". Par conséquent, une femme, quel que soit sa naissance et/ou son rang, est incapable de discernement et n'a aucune vocation à conduire les affaires domaniales. Elles ne sont là que pour transmettre un nom, si possible avec une confortable dot en numéraire ou en terre(s) et elles seront bien avisées de remplir consciencieusement leurs obligations d'épouses qui vont d'une certaine culture intellectuelle (mais point trop n'en faut) pour briller en société et contribuer ainsi à la mise en valeur de leurs maris au sein de la bonne société... Mais aussi et surtout la mise à disposition de ceux-ci de leur ventre afin qu'elles mettent au monde les futurs héritiers de la lignée (des mâles de préférence) et en grand nombre afin de pallier la très haute mortalité infantile qui frappe indistinctement les nobles comme les roturiers. Il est également de leur devoir d'être satisfaites de leur sort et tant pis si aucun sentiment d'amour n'est présent puisque très accessoire aux intérêts des familles nobles bretonniennes. Le cas de la pucelle Jehanne de Lyonnesse a été... Disons... Une exception à la règle très... "Exceptionnelle".

Troisièmement, la noblesse bretonnienne n'est pas du tout égalitaire en son sein avec tous ses membres masculins. En effet, la règle immuable de primogéniture masculine fait qu'à la mort du Seigneur d'un domaine, c'est son fils aîné qui hérite de tout. Les fils puinés ? Hé bien en général le deuxième par ordre de succession est souvent élevé en qualité de "plan de secours" si d'aventure l'ainé trouvait, pour une raison ou pour une autre, une mort plus ou moins violente et si tout se passait bien, on attendait de lui qu'il soit le loyal conseiller de son frère... quand aux autres, plus ils étaient éloignés dans l'ordre successoral et moins leur intérêt pour la famille était notable. Un troisième fils était en général obligé d'entrer dans les ordres ou d'entamer une carrière de Clerc et après lui, on attendait des suivants qu'ils ne fassent pas trop de bruit à défaut d'être au service de leur frère ainé. Inutile de préciser que dans les familles de très petite noblesse où la position sociale de ses membres n'étaient qu'à un jet de pierre de la position roturière, les écarts étaient encore plus grands : seul compte le frère ainé, tant pis pour les autres garçons... tant pis plus encore pour les filles.




Ce serait mentir que d'affirmer que cet ordre établi fait le bonheur de tous. Il serait plus juste d'affirmer que cet ordre établi fait surtout le bonheur des fils ainés. Si certains, conscients de leur position délicate que d'aucuns qualifient de "très enviée" tâchent de resserrer des liens familiaux parfois distendus par des querelles familiales plus ou moins violentes, d'autres ne s’embarrassent pas de telles contingences et plus d'un noble puiné s'est souvent vu courtoisement mais fermement invité par l'ainé, à la mort du Seigneur, à se mettre en quête du Graal, très loin et très longtemps, pour une durée minimum s'étendant à perpétuité.

Ainsi, dans les douces terres de Bretonnie, certes toujours placées sous la protection de la Dame du Lac, dans les faits, l'honneur et la vertu ne sont pas vraiment à l'ordre du jour en privé et la protection des faibles et des opprimés est un concept qui est susceptible de très larges interprétations. Les nobles qui n'ont pas pu (ou pas su) trouver leur place dans cet ordre établi et immuable se sont retrouvés dans une position bien peu enviable : concrètement sans terre et sans argent (il est interdit à la noblesse bretonnienne d'exercer des professions marchandes alors que l'Empire et les Principautés Frontalières tolèrent parfaitement le concept de "Princes-Marchands"), une considération sociale réduite à un très stricte minimum où seuls les roturiers leurs témoignent quelque respect davantage par obligation légale que par courtoisie volontaire, être puiné en Bretonnie est tout sauf une sinécure et l'idéal en toute chose est au mieux un vœu pieux, au pire une notion fondée sur la dernière des hypocrisies.

C'est une fois parvenu à ce triste constat qu'il existe une lueur d'espoir pour les nobles bretonniens qui ne peuvent se résoudre à devenir ermite, bandit... ou fille de joie : Les Golden Crows d'Aquitanie. Cette équipe de Blood Bowl est aussi célèbre qu'elle a mauvaise réputation en Bretonnie... Et pour cause : l'intégralité de ses joueurs sont tous nobles (même les pom-pom girls !!) et ils ne respectent aucune, absolument aucune règle de l'honneur chevaleresque.




Les Golden Crows ont été créés il y a 33 ans par le Baron Maurice de la Hune, une ancienne gloire du Blood Bowl (les chroniqueurs sportifs se souviennent qu'il était le lanceur-star des "Medals of Honor de Bordeleaux"... c'est aussi le seul survivant de son équipe à la suite de la terrible "affaire des poisons de Bordeleaux") dont les règles de recrutement sont très particulières :

1°) Il faut pouvoir justifier d'au moins un quartier de noblesse bretonnienne pour intégrer les Golden Crows

2°) Une fois intégré dans les Golden Crows, les titres de noblesse ne valent rien.

Le Blood Bowl est le sport le plus populaire et la Bretonnie n'y échappe pas. Néanmoins, si chaque équipe compte plusieurs nobles chevaliers, un certain contingent de roturiers sont présents pour assurer leur service mais également pour se charger de toutes les tâches ingrates voire déshonorantes comme les négociations avec l'arbitre, les agressions, mourir à la place des nobles...

Les Golden Crows d'Aquitanie, bien qu'enregistrés dans le circuit bretonnien classique, construit ses effectifs et son jeu sur le modèle impérial : dès lors, il n'y a pas de code de l'honneur, pas d'idéal chevaleresque, pas de parangon de vertu : à l'image des autres équipes humaines, si marquer des touchdows nécessite de casser un ou deux membres aux adversaires, dans le doute il vaut mieux en briser trois ou quatre.

L'éphémère équipe des "Knights and Roses de Gisoreux" en fit l'amère (et unique !) expérience lors du tout premier match des Golden Crows : alors que la foule venait assister à un match plein de noblesse et que les Knights pensaient avoir affaire à une équipe de nobliaux de 4e zone sans talent, ils savouraient par avance leur victoire (et les roturiers de l'équipe avaient hâte de pouvoir "casser du noble" avec la bénédiction de leurs Seigneurs)... La suite fut des plus brutales : Dès le coup d'envoi les Golden Crows foncèrent vers les Knights sans se préoccuper de recevoir le ballon. En l'espace de 20 minutes les Crows pulvérisèrent littéralement les Knights : les Blitzers défoncèrent la ligne de défense roturière pour aller prendre de vitesse les chevaliers juste derrière. Ils se rendirent compte avec horreur que la deuxième ligne des Crows, formée par la majorité des Trois-Quart, suivait derrière les Blitzers et s'appliquait à agresser violemment chaque joueur des Knights au sol (l'arbitre était déjà mort : il avait fait partie des victimes immédiates du passage des blitzers). A la 23e minute, le lanceur des Crows alla tranquillement ramasser le ballon et l'envoya d'une passe parfaite à un receveur qui attendait dans l'en-but des Knights.

En raison d'un tableau peu reluisant des Knights and Roses : 5 morts et 2 joueurs dans le coma parmi les roturiers, 1 mort et 3 estropiés parmi les nobles, il n'y eu pas  de poursuite du match : les remplaçants n'étaient pas suffisamment nombreux pour garnir l'effectif d'équipe minimum et refusèrent de toute façon d'entrer sur le terrain : ils prétextèrent que même pour des roturiers, il était déshonorant (et surtout mortel !!) de jouer contre les Golden Crows. Le coach des Knights, choqué (comme la majorité du public) déclara forfait et prononça la dissolution claire, nette et définitive de son équipe la semaine suivante. Si ce jour là les officiels reconnurent la victoire des Golden Crows, le sponsor officiel (la société Cacastel-Vin) refusa de verser quoique ce soit à ces "brutes sans honneurs qui salissent la beauté du sport par leurs actes honteux".

Mais c'était sans compter sur l'aide providentiel d'un apprenti-mage qui faisait un stage en entreprise de cabal-vision : pour son rapport de stage, il avait filmé tout le match et le soir même, il le diffusa en intégralité sur son réseau FB (Face-Ball) un prototype qu'il mettait au point dans sa chambre d'université de magie. Le déchainement de violence des Golden Crows d'Aquitanie dans le monde apparemment propret et lissé du Blood Bowl Bretonnien fit l'effet d'une bombe et lors du match suivant des Golden Crows, le public était venu trois fois plus nombreux et plusieurs bookmakers avaient fait le déplacement !!




Les Golden Crows d'Aquitanie sont une réelle main tendue à tous les nobles bretonniens qui veulent se sortir de leur condition sociale précaire... Mais ce n'est pas une main douce et attentionnée : c'est une main de fer dans un gantelet d'acier qui ne fera aucun cadeau pour entrer dans l'équipe. N'importe qui, du moment qu'il ou elle justifie d'un quartier de noblesse bretonnienne, peut se présenter aux épreuves d'admission... Mais ce n'est pas non plus un dispensaire des bonnes œuvres : plus d'un jeune noble bretonnien en pleine crise existentielle est retourné bien vite sur ses terres, trop heureux de faire tapisserie parmi la cour de son frère ainé après avoir échoué en y laissant quelques dents voire davantage. Faire partie des Golden Crows d'Aquitanie se mérite et c'est à la dure que la leçon est enseignée.

Officiellement les Golden Crows sont la pire équipe bretonnienne et personne de bien né n'envisagerait un seul instant d'en faire partie... Pourtant, aux heures sombres de la nuit, quand bien des hommes et des femmes nobles de tous âges réfléchissent au sens qu'ils veulent donner/ont donné à leur vie, certains entendent la petite voix qui leur dit en leur for-intérieur que les membres des Golden Crows se sont offert un luxe que beaucoup ont rêvé et que bien peu ont obtenu : le choix. Le choix de décider ce qu'ils voulaient.

Alors que le carcan social bretonnien laisse peu de place aux initiatives personnelles, les nouveaux membres des Golden Crows découvrent avec un certain étonnement mais également avec beaucoup d'intérêt qu'une très grande liberté préside : liberté d'expression, d'action, de pensée... Pourvu qu'ils n'oublient jamais que l'équipe passe avant tout sous l'autorité du Baron Maurice de la Hune. L'absence de valeur des titres nobiliaires font que les joueurs peuvent traiter d'égal à égal, sans jugement, sans être sans cesse l'objet d'un calcul, d'une évaluation... En dehors de leur valeur de joueur bien entendu. Même les membres féminins de l'équipe, de la joueuse à la pom-pom girl, apprécient cette liberté : elles ont la parole et participent aux décisions et les membres masculins ne les considèrent pas comme des trophées de chasse ni des servantes : ils ont tous laissé derrière eux une mère et/ou une sœur qui a/ont été sacrifiée(s) de gré ou de force sur l'autel des convenances et de l'honneur familial. Les joueurs des Golden Crows bénéficient en réalité d'une fraternité retrouvée qu'ils avaient perdu (ou n'ont jamais eu) dans leur vie de noble.




Le Blason de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie ne pouvait pas être plus démonstratif de ce mode de raisonnement :

- le Bleu (Azur) représente tout à la fois le ciel qui repousse les horizons et la mer (proche du port de Bordeleaux) qui est la promesse d'aller où bon semble avec un bateau ;

- le chevron représente le meilleur point d'appui solide (puisque triangulaire et le 3 étant le chiffre de l'équilibre sacré chez les architectes) sur lequel le corbeau va prendre son envol ;

- le corbeau (crow) doré représente le fait que même vu comme un charognard, le corbeau peut s'envoler où il le souhaite, sans aucune contrainte et l'or qui le colore n'est ni plus ni moins que la richesse promise par le Blood Bowl alors que cette richesse leur a été déniée dans leur ancienne vie ;

- les quatre coupes de vins (de Bordeleaux), appelées "voyages" dans le jargon de l'équipe, sont celles que tout membre des Golden Crows essayent de boire durant son existence : la première est bue lors de son acceptation dans l'équipe, la deuxième est bue après avoir survécu à son premier match, la troisième est bue après la victoire de son premier titre et la quatrième est bue lorsque le joueur quitte l'équipe : soit à la suite d'un départ volontaire, soit en raison d'une blessure invalidante... Soit à cause de mort où le défunt membre "boit" symboliquement sa coupe qui est répandue sur sa tombe...

Les Golden Crows ont non seulement quelque chose à prouver au monde entier (être né avec une cuiller en argent dans la bouche ne signifie absolument pas que ladite cuiller y restera et qu'il faut se battre pour cela) mais aussi à eux-même (ils ont le choix de la direction qu'ils veulent donner à leur destin ils sont leur propre lumière sur le chemin)... Quelle que soit leur réputation, quels que soient les rumeurs et autres racontars... Et ils apprécient tout particulièrement confronter leur point de vue avec les autres équipes bretonniennes plus "traditionnelles"...




LE COACH-PROPRIETAIRE-STARPLAYER DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE : LE BARON MAURICE DE LA HUNE





Le Baron Maurice de la Hune est une personnalité très connue dans le circuit du Blood Bowl Bretonnien… Pour le meilleur et surtout pour le pire. De façon très paradoxale, on en sait bien peu sur lui et son passé est extrêmement trouble. Même son nom et son titre sont sujets à caution et quand on l’interroge, il élude toujours les questions.

Il est à peu près avéré que le Baron Maurice était le lanceur-star de l’équipe bretonnienne des Medals of Honor de Bordeleaux quand elle officiait il y a plusieurs dizaines d’années. Il avait développé une arme secrète dont la popularité ne s’est jamais démentie : le lancé de ballon rempli de feu grégeois. Spectacle garanti, il n’y avait pas que les tribunes qui s’enflammaient quand l’équipe adverse se précipitait pour recevoir ce ballon apparemment très opportunément offert par «cet abruti de lanceur »…

Et puis un jour la nouvelle a surpris tout le monde : il a brusquement quitté l’équipe des « Medals of Honor de Bordeleaux », peu avant « l’affaire des poisons de Bordeleaux » pour prendre le premier bateau étranger qui quittait le porte de Bordeleaux (à destination de Nippon) et ne revenir que bien des années plus tard pour créer l’équipe des Golden Crows d’Aquitanie.

Les histoires sont en partie vraies.

Le Baron Maurice de la Hune était bien le lanceur favori de l’équipe bretonnienne des « Medals of Honor de Bordeleaux », pour laquelle il a contribué à quelques un de ses plus beaux succès dans la ligue bretonnienne de Blood Bowl du Sud-Ouest.

Mais il y avait deux principaux problèmes.




Tout d’abord, le premier blitzer et capitaine de l’équipe, Sire Arnaud de la Valeyre, n’était guère plus qu’un soudard avec un titre de noblesse. Si du point de vue du monde du Blood Bowl, il pouvait prétendre à un bel avenir en division locale voir nationale (ses compétences étaient avérées), du point de vue bretonnien, le code de la chevalerie était sans cesse bafoué. Colérique, orgueilleux, fier, violent, aussi bien sur le terrain qu’en dehors des matches, Sire Arnaud ne montrait aucune difficulté à maltraiter aussi bien les membres du staff que tous ceux qui croisaient sa route : les pom-pom girls ou les serveuses se plaignaient régulièrement de son comportement, plusieurs aubergistes avaient déclaré les « Medals of Honor de Bordeleaux » interdits de séjour dans leur établissement à cause des soirées de beuverie qui finissaient régulièrement en bagarres générales, dévastant tout l’établissement… Et il se montrait particulièrement jaloux à l’égard du Baron Maurice en qui il voyait un rival capable de lui faire beaucoup d’ombre et de menacer sa place au sein de l’équipe. Plusieurs fois des frictions avaient eu lieu entre les deux joueurs.

Pour ajouter davantage à ce climat passablement délétère, le coach des Medals of Honor de Bordeleaux, Sire Alain de Ventmaigre, était un gestionnaire des moins recommandables, même dans un univers comme le Blood Bowl qui ne fait pourtant pas de la vertu et de l'honnêteté des normes fondamentales (à part sur le papier) : contrats d'engagement aux clauses "exotiques", fréquemment en retard dans les paiements des primes des joueurs et des membres du staff, économe et radin à l'excès sur tout (il n'était pas rare que les joueurs blessés payent les bandages et les remèdes de leur poche, l'apothicaire n'ayant quasiment pas de matériel pour officier à part ceux destinés à une chirurgie... profondément "invasive"), menteur et par-dessus tout un joueur invétéré qui perdait plus qu'il ne gagnait.

Plus d'une fois des disputes avaient éclaté entre lui et tous les membres des Medals of Honor (joueurs comme membres du staff) mais la perspective de toucher de grosses sommes en cas de victoire aboutissait à une situation de compromis très difficile et très tendue. Il était tout à fait conscient des débordements du Capitaine d'Equipe mais tant que l'argent rentrait dans les caisses, il se fichait des polémiques : une pom-pom girl se plaint de mains baladeuses ? Son contrat s'arrêtait immédiatement car un capitaine d'équipe, même turbulent, valait mieux qu'une pom-pom girl. Un porteur d'eau se plaignait d'un passage à tabac musclé pour avoir oublié les quartiers d'orange à la mi-temps ? Viré pour incompétence... etc etc etc...

Ce climat de tension permanente devait trouver son point d'orgue un certain soir où les Medals of Honor de Bordeleaux fêtaient leur accession en finale lors de l'Open de la Coupe Bretonnienne (OCB), seul tournoi de grand chelem bretonnien autorisant exceptionnellement les équipes de toutes races du circuit extérieur à concourir. Les Medals of Honor avaient, par miracle, vaincu les Giant Oak, équipe favorite d'elfes sylvains par un score sans appel de 3-1 et il ne leur restait plus qu'à affronter dans deux jours les Schwartz Wölfes von Drakwald, équipe impériale d'envergure moyenne. Inutile de dire que la cote des Medals of Honor s'était d'un seul coup envolée et qu'ils partaient grands favoris pour remporter le trophée.


 


Les Medals fêtaient donc à grand bruit leur succès dans une des plus grosses tavernes de Bordeleaux, le "Bateau I" avec les membres du staff et une partie des supporters triés sur le volet (ou plutôt les seuls à avoir pu passer outre les videurs de l'auberge ET les gardes du corps de l'équipe). Le Coach, Sire Alain, resté au siège pour mettre la main aux derniers préparatifs de la finale, avait même, fait exceptionnel, offert plusieurs bouteilles d'un vin millésimé de sa cave personnelle pour l'occasion.

L'ambiance n'était pourtant pas au réel beau fixe : Sire Arnaud, encore plus excité et plus éméché que d'habitude, était devenu quasiment aussi incontrôlable qu'un orc en pleine waaagh! Deux serveurs avaient déjà été presque battus à mort pour avoir confondu un vin blanc et un vin rosé et une serveuse avait de plus en plus de mal à se défaire de lui alors qu'il la maintenait de force sur ces genoux, la pelotant ouvertement et sans retenue, braillant à la cantonnade qu'il allait "lui coller un gros ballon droit au but !!"...

Déjà les pom-pom girls des Medals se levaient et se préparaient à quitter la table quand le Baron Maurice décida d'intervenir :

"Sire Arnaud ! Il suffit à présent ! Si l'équipe a toutes les raisons de se laisser aller aux liesses, le vin semble vous monter à la tête et votre comportement devient inconvenant ! Veuillez laisser cette jouvencelle tranquille, elle doit accomplir son ouvrage !"

Il y eu un silence total entrecoupés uniquement des gémissements de protestation de la serveuse qui tentait de se défaire des mains de Sire Arnaud. Ce dernier regarda le Baron Maurice avec une expression indéfinissable mais, contre toute attente, lui fit un grand sourire :

"Aaaah... Sire Maurice... Encore à jouer les chevaliers-servants défendeurs de la veuve et l'orphelin. Vous êtes passablement agaçant à vous croire toujours mieux que tout le monde et surtout meilleur que moi mais je n'ai pas à vous rappeler qui est capitaine et qui ne l'est pas n'est ce pas ? Mais ce soir, je n'ai pas envie d'avoir querelle avec vous : je reconnais que votre bras m'a par deux fois permis d'inscrire deux touchdowns contre ces foutus oreilles pointues de Loren et que la victoire fut totale ! Aller, partageons ensemble ce vin que ce vieux grippe-sou de Sire Alain, pour une fois, nous offre et vu l'étiquette, il ne s'est pas foutu de nous, le bougre !"

Ce faisant, Sire Arnaud avait laissé aller la serveuse sur ses genoux pour remplir lui même les verres (en renversant plusieurs fois du vin dans la manœuvre). Une fois fait, il s'était de nouveau saisi de la serveuse qui n'avait pas pu quitter les lieux en raison des supporters massés autour de la table et l'avait forcée à se remettre sur ses genoux.

"Aller, amis !! Buvons ensemble à notre victoire tout juste passée et à celle future, toute proche !!"

Sire Maurice n'avait même pas touché son verre.

"Sire Arnaud, c'est la dernière fois que je vous le dis : laissez cette pauvre fille tranquille et modérez vos passions : votre comportement contrevient à l'éthique de la noblesse chevaleresque !!" dit tranquillement Sire Maurice

"Mais enfin pourquoi monter sur vos grands chevaux (aha !! Elle est bonne celle-là, pas vrai ?) ?? Ce soir, il n'y a aucune raison de se disputer !! Vous avez des vues sur cette ribaude ma parole ? Tenez, je suis tout disposé à la partager avec vous : nous défendrons sa vertu ensemble !! Ahaha" éructa Sire Arnaud.

"Par la Dame du Lac ! Votre comportement est par trop indigne d'un chevalier ! Cessez sur le champ !" explosa d'un seul coup Sire Maurice.

Sire Arnaud s'était levé d'un seul coup, faisant choir la serveuse qui saisit l'opportunité de s'enfuir avec succès en jouant des coudes dans la foule des supporters, et cria à son tour :

"Nous ne sommes pas sur un champ de bataille !! Nous sommes des joueurs de Blood Bowl !! On se fiche de l'honneur et tu le sais très bien !! Qu'est ce que tu cherches, à toujours faire le nobliau sans peur et sans reproche ?! A prendre la place du capitaine ?! Il vaudrait mieux que tu saches tenir ta place une bonne fois pour toutes  sinon je me chargerai de te le faire savoir à coups de poing dans ta face de godelureau !! Maintenant assieds-toi et bois ton verre !! J'oublierai alors peut être ton insolence envers ton capitaine !!"

Le silence dans la pièce était à présent total. La rivalité qui avait toujours eu cours entre Sire Arnaud et Sire Maurice et qui n'était un mystère pour personne semblait trouver ce soir une issue finale, bien que personne ne sache encore laquelle.

Au bout d'un long moment passé à se jauger du regard, Sire Maurice avança finalement la main pour se saisir de son verre - un sourire fendit alors le visage de Sire Arnaud - avant d'en envoyer le contenu au visage de son capitaine... Et de faire suivre sa timbale après. En bon lanceur, il ne rata pas son but.

"C'est terminé, Sire Arnaud. Votre conduite est au-delà de toute mesure. J'en ai assez vu, entendu et supporté. Si personne n'a jamais eu le courage de vous dire vos quatre vérités, alors voici : vous êtes indigne d'être un capitaine d'équipe de blood bowl bretonnien. Vous bafouez continuellement le code de noblesse chevaleresque et vous n'êtes rien de moins qu'un soudard qui se pare de son titre et de son talent pour justifier ses excès. Je quitte les Medals of Honor dès ce soir. Comme vous l'avez dit, je me suis beaucoup fait remarquer en temps que lanceur aujourd'hui, je pense que je trouverai à signer dans une autre équipe sans problème. Adieu à tous et bonne chance pour la finale. Serviteur."

Sire Arnaud, rouge de colère, hurla comme un damné :

"C'est ça ! Pars donc petit nobliau chevaleresque !! Va donc défendre ta vertu ailleurs !! Avec ou sans toi, nous gagnerons ce tournoi et bien d'autres !! Ne remets plus jamais les pieds dans l'équipe ou il t'en cuira comme jamais !! Allez vous autres !! Buvons à nouveau à notre victoire prochaine et surtout à notre équipe qui s'est défait d'un boulet ce soir !! Ou est la serveuse ?!"


 


La stupeur était telle dans l'assistance que tout le monde s'écarta au passage de Sire Maurice. Personne n'avait encore réalisé ce qui venait de se passer : au lieu que la dispute se finisse en simple bagarre pour qu'on sache une bonne fois pour toutes qui aurait le dessus, les Medals of Honor, l'équipe bretonnienne finaliste de l'OCB perdait au soir de sa victoire son meilleur lanceur. Alors que Sire Arnaud laissait éclater sa joie avinée, certains commençaient à se rendre compte que les chances de victoire contre les impériaux dans deux jours avaient d'un seul coup diminué de moitié... Et que la cote de l'équipe allait très sérieusement en pâtir...

Sire Maurice regagna le siège des Medals of Honor hors de lui. Il s'était contenu devant l'assemblée mais c'était une colère pure qui l'animait. Il ouvrit la porte d'entrée à coups de pied pour tomber... Sur le Coach Sire Alain qui, aux côtés de deux malles de voyage et apprêté pour le voyage, le regarda avec un grand étonnement. Étonnement partagé par Sire Maurice, sa colère subitement calmée.

"Que... Sire Maurice ? Vous ici ? Mais ? Que faites vous donc là ? Vous n'êtes pas avec les autres à fêter la demi-finale ?" articula nerveusement Sire Alain.

"Sire Alain ? Mais ? Qu'est-ce qui se passe ? Vous partez en voyage ? Et la finale contre les impériaux dans deux jours ?" répondit en retour un Baron Maurice au comble de l'étonnement.

"Le... La finale ? Quelle finale ? Ah oui bien sûr la finale de l'OCB oui je... Euh... Sinon vous avez apprécié le vin issu de ma cave personnelle, Sire Maurice ? Il est d'un grand cru vous savez et..." poursuivit de plus en plus nerveusement Sire Alain.

"Mais pourquoi vous partez juste avant la finale ? Il y a un problème ? Votre famille vous réclame ?" retourna le Baron Maurice avec un sentiment de plus en plus prégnant que quelque chose n'allait décidément pas ce soir.

"Oui ! Voilà ! C'est ça ! En fait, la tante de la mère du frère de ma cousine par alliance, Dame Brigitte de Haut-Coeur, à côté de Couronne, est très souffrante et il semble que ses jours soient désormais comptés et je me dois d'être présent à ses côtés. Oh ne vous en faites pas, Sire Maurice, je serai de retour très bientôt. En attendant retournez donc avec les autres déguster mon merveilleux vin, vous m'en direz des nouvelles quand nous nous reverrons et..."

"Au diable votre vin !! Je suis venu vous informer que je quitte l'équipe dès à présent ! Je romps notre contrat !! Je ne supporte plus le comportement de Sire Alain !! Payez moi mes gains du dernier match, je vous laisse le reste et vous pouvez bien aller rendre visite à votre vieille tante ou à n'importe laquelle de vos cousines si bon semble, mais j'ai la très forte impression que vous êtes sur le point d'entreprendre un voyage aux allures définitives"

Ce n'était pas la première fois que le sujet de la rupture d'un contrat d'engagement était abordé. En temps normal, Sire Alain aurait déjà poussé de hauts cris comme quoi certains membres de l'équipe, lui coûtant déjà fort cher, exigeaient encore davantage de dépenses pour des futilités, que la gestion d'une équipe était difficile, que... que... Mais à la surprise du Baron Maurice, il en fut tout autrement.

"Oh, vous voulez nous quitter, Sire Maurice... Hum... Je comprends votre point de vue. C'est vrai que Sire Arnaud est souvent très exubérant et... Je suis d'accord. Tenez vous ne m'avez toujours pas dit si vous aviez apprécié mon vin et j'en ai justement une bouteille là, buvons un dernier verre ensemble et séparons nous bons amis qu'en dites vous ?"

"Je... Bon d'accord" répondit interloqué Sire Maurice qui s'attendait à batailler durant d'incessants palabres pour obtenir son argent. Voir Sire Alain en aussi bonne composition était très inhabituel mais la perspective du succès de la finale toute proche devait y être pour beaucoup. Et tout ce que voulait Sire Maurice, c'était de pouvoir tourner la page le plus rapidement possible. Cela valait bien un verre de vin avec ce grippe-sou de Sire Alain, pour une fois qu'il se montrait un brin libéral...

Sire Alain s'empressa de courir dans ses quartiers pour en revenir avec une bouteille de vin et deux timbales. Il en remplit généreusement ces dernières et en tendit une à Sire Maurice avec un grand sourire.

"A votre santé et à votre nouveau départ dans le Blood Bowl !" s'exclama Sire Alain joyeusement. 

"A votre santé" répondit poliment Sire Maurice... Avant de porter le verre à ses lèvres... Et de suspendre son geste. "Vous ne buvez pas ?" demanda t'il à Sire Alain.

"Après vous, après vous, je connais le goût de mon vin et je vous assure qu'il va vous surprendre par sa texture et ses notes boisées" répondit Sire Alain toujours souriant "buvez, vous n'en reviendrez pas je vous l'assure".

Mais le Baron Maurice ne buvait pas : au fil des saisons, son instinct de joueur de blood bowl s'était particulièrement bien affiné. Il pouvait sentir quand une action était particulièrement risquée : un joueur de blood bowl qui ne prêtait pas attention à son sixième sens ne faisait de toute façon pas long feu... Sauf à jouer ensuite dans les équipes de morts-vivants pour une durée particulièrement longue... Et en cet instant présent, son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait vraiment pas. Il reposa lentement son verre sur la table.




"Plusieurs choses me gênent, Sire Alain. D'ordinaire, vous avez le plus grand mal à ouvrir votre bourse quelle qu'en soit la raison. Vous savez très bien qu'en dépit du talent de Sire Arnaud, il fait vivre un enfer à tout le monde mais vos affectez de ne rien voir tant que l'argent rentre. Vous savez aussi quelle est ma valeur au sein de l'équipe et je n'ai même pas besoin de vous rappeler la cote que les bookmakers m'attribuent. Deux jours avant la finale de l'OCB, que l'équipe peut objectivement très facilement remporter, vous ouvrez subitement votre cave sans compter, ce qui n'était jamais arrivé, même lorsqu'on a remporté la ligue nationale bretonnienne il y a trois ans (vous aviez retenu sur nos primes le montant des oranges qui nous servent lors des mi-temps et que nous avions lancées dans le public sous le coup de l'excitation). Je viens vous annoncer mon départ de l'équipe et je vous trouve, visiblement, sur le point de tout abandonner. Et ce qui m'étonne le plus c'est qu'au lieu de me retenir en invoquant les clauses de notre contrat comme vous le faites systématiquement, vous n'avez de cesse de me parler de votre vin. Je vous pose donc la question : que se passe t'il avec ce vin si exceptionnel pour que vous, un pingre notoire qui tondrait un œuf, le partagiez sans compter avec l'équipe sans être présent avec elle, que vous me proposez avec empressement ici... Et que vous ne buvez pas ?"

A mesure que le Baron Maurice parlait, le visage de Sire Alain passait par plusieurs couleurs pour finir sur une pâleur notable... Et ce dernier, pris de soudains tremblements, ne put qu'articuler avec peine : "Vous... Vous avez toujours été parmi les plus intelligents Sire Maurice et vous n'ignorez certainement pas que la gestion d'une équipe de Blood Bowl est très difficile et que... Parfois, la trésorerie n'est pas toujours au rendez-vous et alors..."

"Comment la trésorerie de l'équipe peut elle être en berne alors que vous ne lâchez un écu d'or qu'après moults tractations et que les Medals of Honor de Bordeleaux ont remporté tous leurs matches depuis trois saisons ?!" Coupa Sire Maurice d'une voix dont le ton montait de plus en plus.

"Ce... Ce n'est pas aussi simple que ça, vous savez ? Il... Il faut parfois être obligé de faire des placements pour... Pour financer des dépenses sur le long terme... Puis il faut aussi penser aux faux frais... Et la publicité ! Très importante la publicité pour se faire connaître ! Et aussi..."

"La publicité ?! Mais vous obligez tout le monde, les joueurs y compris, à aller jouer les hommes-sandwiches avec les couleurs de l'équipe une semaine avant nos matches !! Vous voulez plutôt dire qu'une fois encore vous avez joué et perdu notre caisse aux jeux de hasard !!  C'est ça !?" cria Sire Maurice.

"Non mais... Ne vous énervez pas enfin... je... Oui et non je... Oui on peut dire que j'ai perdu beaucoup d'argent avec le Konfédération Forte Des Trolls (KFDT) mais j'ai un moyen de me refaire et..."

"La KFDT ?! Mais tout le monde sait que c'est l'organisation criminelle la plus dangereuse du Sud Ouest de Bretonnie !! Ce sont des trolls chapeautés par Don Korléone !! Un orc dont la réputation n'est plus à faire !! C'est avec lui que vous avez joué et perdu notre trésorerie !!?? hurla Sire Maurice scandalisé.

"Oui oui je sais bien mais..." bredouilla Sire Alain "Mais comme j'allais vous le dire, j'ai un moyen de me refaire sans problème et... Je suis sûr qu'on peut trouver à s'entendre, Sire Maurice, vous savez, vous pourriez être un très bon capitaine d'équipe et puisque vous n'avez pas bu mon vin..."

"Quel est le problème avec votre foutu vin ?! Vous avez mis quelque chose dedans c'est ça ? En fait, vous avez parié sur notre défaite contre les impériaux en finale de l'OCB alors que tout le monde donne les Medals of Honor gagnants : ainsi vous ramassez un joli paquet de pièces d'or et pour être sûr de votre coup, votre vin trafiqué aura donné une chiasse de tous les diables à tout le monde ?! C'est ça votre plan ?!" hurlait de plus belle Sire Maurice

"Ne criez pas si fort, Sire Maurice, on pourrait nous entendre !!" geignit Sire Alain à présent au comble de la panique, "Je...Oui c'est ça mais... Non en fait... j'ai... j'ai vraiment fait de très mauvais placements avec le KFDT et je... Je devais être définitivement sûr de gagner vous... Vous comprenez... Un coach dans ma situation doit... Parfois faire ce qu'il faut pour..."

"Qu'entendez vous par "définitivement sûr de gagner" ?? Qu'avez vous mis dans votre vin ? demanda froidement Sire Maurice.

"..."

"Parlez !! Qu'avez vous mis dans votre vin ?! C'est la dernière fois que je vous le demande avant que je ne m'énerve vraiment..."

Sire Alain, en proie à la panique la plus totale hurlait lui aussi à présent, insouciant que des oreilles indiscrètes l'entendent : "Vous ne réalisez pas combien je dois à la KFDT !! 2 millions !! 2 millions de pièces d'or !! J'ai... J'ai cru que je pourrai facilement gagner de quoi nous assurer un train de vie confortable mais je me suis fait avoir !! Les gars de la KFDT ne rigolent pas : si... Si je ne les rembourse pas rapidement, ils m'arracheront la tête pour y enfoncer mes pieds à la place !! Je n'ai pas eu le choix !! Vous comprenez ?! Je n'ai pas eu le choix ! Les joueurs de blood bowl ont la peau dure et je devais être sûr que vous perdriez la finale... Alors... Alors... En plus, certains joueurs coûtent trop cher à présent : Sire Arnaud par exemple, est certes très bon mais ses frasques en dehors du terrain représentent des gouffres d'indemnisations de tous les dommages qu'il cause !! Je... J'ai empoisonné le vin !! Voilà !! Je n'ai pas eu le choix !! Mais ensemble, nous pouvons rebâtir une équipe !! Ailleurs !! Qu'en dites vous Sire Maurice ?"

Sire Maurice ne disait plus rien. Assommé par l'ampleur des révélations.


 


"Ainsi donc, pour éviter que la KFDT ne fasse de vous son prochain pot de chambre, vous n'avez pas hésité à tuer toute votre équipe afin de remporter un joli magot pour rembourser vos dettes de jeu et pour vous enrichir au passage en conservant les gains et salaires des joueurs... Et dire que vous avez essayé de me faire boire votre poison... Et ensuite ? Vous n'aviez quand même pas envisagé de revendre les morts aux équipes de morts-vivants ?!" questionna d'une voix mordante Sire Maurice.

"..." Le silence de Sire Alain était éloquent...

"Je... Jamais je n'avais rencontré quelqu'un à ce point sans honneur et encore plus motivé que l'appât du gain que Sire Arnaud. Lui, c'est certainement un vil maraud qui se torche joyeusement le fondement avec le code de la chevalerie bretonnienne... Mais à ma connaissance il n'a jamais cherché à assassiné qui que ce soit... Du moins hors-match !! Tandis que vous.... Vous ! Je devrais vous massacrer à coups de poings séance tenante pour ce que vous avez fait... Mais je n'en ai pas le temps. Je n'ai même pas le temps d'aller avertir les autres membres de l'équipe car lorsque je suis parti, tout le monde allait boire votre mixture et tout le monde pourrait croire que c'est moi qui, voulant me venger de Sire Arnaud, n'a pas hésité à tuer tout le monde. Je dois fuir et à aucun prix je ne veux être mêlé à vos crimes !!" cracha Sire Maurice

Une lueur s'était allumée dans le regard de Sire Alain.

"Oh n'allez pas vous faire de fausses joies, Sire Alain : vous semblez avoir oublié, dans votre plan machiavélique si bien huilé, que le vin provient de votre cave personnelle : vous vous en êtes suffisamment vanté auprès de tout le monde... Mais il n'y a que vous qui en ayez la clé et tout le monde sait que vous ne prêtez jamais rien. C'est vous qui serez tenu pour responsable et moi, je veux surtout éviter qu'on ne me prenne pour votre complice. Je prends mes affaires et je pars sur le champ, si vous tentez quoique ce soit pour m'en empêcher, vous le regretterez "définitivement" comme vous dites !" déclara précipitamment Sire Maurice.

Mais Sire Alain ne l'écoutait plus : la lueur en question dans son regard s'était bien vite éteinte face à l'argumentation logique de Sire Maurice et lui aussi rassemblait frénétiquement ses affaires pour changer d'air.

Le Baron Maurice ne pris que ce qu'il put fourrer dans le premier sac qui lui tomba sous la main (sans oublier une certaine bourse que Sire Alain, dans son empressement, avait négligée) et courut comme jamais en direction du port de Bordeleau pour prendre le premier navire levant l'ancre. A cette heure avancée de la nuit, un seul se préparait à appareiller... Pour Nippon. Le Baron Maurice monta à bord, mis la bourse dans les mains du capitaine nippon qui ne posa aucune question mais qui comprit qu'il venait d'embarquer un passager très fortuné et quitta le royaume de Bretonnie ainsi que sa carrière de joueur de blood bowl au rythme lent et inexorable de la mer...


 


Les suites de cette histoire prennent une curieuse tournure :

- Ce qui devait devenir "l'affaire des poisons de Bordeleaux" fit couler beaucoup d'encre : Sire Alain avait en effet empoisonné toutes les bouteilles de vin qu'il avait données à l'équipe des Medals of Honor de Bordeleaux. Le poison en question, appelée très poétiquement "Revanche de la Damoiselle amoureuse" dans le milieu des empoisonneurs en raison de ses effets mortels à retardement (le rythme cardiaque s'accélère graduellement et de plus en plus vite encas d'efforts intenses et prolongés jusqu'à ce que le cœur de la victime ne lâche), avait été mal dosé. 

Dans son empressement, Sire Alain avait surchargé les quantités de poison faisant que tous ceux qui en avaient bu moururent le soir même... A la suite de la bagarre générale qui avait suivi le départ fracassant du Baron Maurice des Medals of Honor de Bordeleaux où les partisans de Sire Arnaud et de Sire Maurice avaient décidé de régler leurs comptes une bonne fois pour toutes. La quasi-totalité de l'équipe (et quelques supporters ayant trinqué) fut décimée par une succession jamais vue d'arrêts cardiaques.

- Avant même la finale de l'OCB, la cote des Medals of Honor avait fondu comme neige au soleil (la nouvelle du départ soudain du lanceur star s'était répandue dans le monde du Blood Bowl local encore plus vite que les tripes d'un trois-quart face à un ogre car c'est un univers qui ne dort jamais) quand les bookmakers avaient revu en catastrophe les pronostics de victoire pour la finale : les cotes des Schwartz Wölfes von Drakwald s'envolèrent vers des sommets jamais atteints pour l'époque... Rendant la valeur des paris de Sire Arnaud absolument nulle. De fait, les Schwartz Wölfes von Drakwald remportèrent cette année là l'OCB sans même mettre un pied sur le terrain puisque la victoire leur fut accordée en raison du forfait des Medals of Honor.

- Les machinations de Sire Arnaud furent rapidement mises à jour et en dépit des limiers que le Prévot de Bordeleaux lança à ses trousses, il ne fut jamais appréhendé pour répondre de ses crimes odieux. Son cadavre fut néanmoins retrouvé deux semaines plus tard : le bureau du Prévot reçu un matin au courrier une malle de voyage dans laquelle on avait visiblement fait rentrer son corps à coups de masses. Les Igors qui procédèrent à l'autopsie trouvèrent à l'intérieur au moins six bouteilles de vin du Domaine de Ventmaigre pulvérisées et une querelle d'experts médico-légaux se poursuivie durant des jours au sujet de savoir si lesdites bouteilles avaient été introduite par la cavité bucchale ou... par tout autre orifice corporel. 

L'enquête piétina des mois quant à savoir qui était le responsable du meurtre de Sire Arnaud : un message marqué très grossièrement au couteau sur le dos indiquant "Ki paye Pa Sé dète meur trè boKou. Sinié : le SindiKat Ulthuan DémoKratiK (SUD)". La "famille" elfe du SUD, pourtant connue pour ses activités criminelles notoires a été innocentée sans peine quand ses avocats ont pu très facilement prouver que ses membres n'écrivaient  leurs messages d'intimidation que sur du vélin qualité supérieure n°5 de chez Clairuisseau avec des plumes de paon et de l'encre violette iridescente "bouquet printannier" de chez Cébeau & Tréchair. Les investigations menées en direction du KFDT aboutirent toutes à une impasse. 

En l'absence d'élément de preuve, l'affaire fut classée sans suite.

- Le Baron Maurice, malgré ses craintes potentiellement justifiées, ne fut jamais inquiété ni soupçonné : son départ fracassant des Medals of Honor de Bordeleau avait eu lieu devant de nombreux témoins et pour autant que l'événement ait été spectaculaire, il n'était pas rare dans le monde du Blood Bowl. Les fréquentes mésententes qu'il avait eu avec le capitaine Sire Arnaud étaient connues de tous et son départ par bateau le soir même fut mis sur le compte de son adhésion stricte au code de l'honneur chevaleresque bretonnien...

10 ans plus tard, il revint au port de Bordeleau. Il débarqua d'un navire en provenance de Nippon. Son train de bagages était impressionnant, beaucoup plus luxueux qu'à son départ et avec les années, ses cheveux avaient blanchi. Son séjour en Nippon semblait l'avoir "changé" mais en quelques semaines, le monde du Blood Bowl bruissait de nouvelles rumeurs : le Baron Maurice de la Hune était de retour et cherchait à constituer une équipe de Blood Bowl. Tout ce qu'on savait à ce moment là est qu'elle se nommerait les Golden Crows d'Aquitanie et que seuls les nobles auraient le droit de l'intégrer... Pour peu que le code de la chevalerie bretonnienne soit "laissé de côté".

Encore aujourd'hui, quand on l’interroge sur son passé et surtout sur son séjour en Nippon, le Baron Maurice élude toujours les questions...





LES TROIS-QUARTS DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE


SIRE BÉRENGER DE HAUT-BRION (MAILLOT N°2)




La raison de la venue de Sire Bérenger de Haut-Brion dans l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie n'est un secret pour personne et certainement pas pour les rubriques people des magazines à sensations... Pour le plus grand bonheur des fans !!

Ici Bretonnie, qui lui consacre quasiment une pleine page chaque semaine a ainsi révélé au Vieux-Monde que Sire Béranger de Haut-Brion, deuxième fils héritier du Domaine de Haut-Brion, a toujours été un grand sentimental... A tel point qu'un jour, lors d'un banquet célébrant la fondation de la ville de Bordeleaux et faisant fi de tout protocole, il déclara sa flamme avec force poésie et musique (il avait loué les services temporaires d'une troupe de troubadours itinérants pour l'occasion) à Dame Esclarmonde de Sainte Croix Du Mont, l'un des plus beaux partis d'Aquitanie... Non seulement elle était plus âgée que lui de deux ans mais encore elle était de bien plus haute naissance !!




L'initiative personnelle de Sire Béranger n'a pas vraiment été couronnée de réussite car sans parler du vif émoi que son action a créé au sein de la noble assemblée ce jour là (et de la honte dont il a couvert sa famille et son blason), deux principaux motifs s'opposaient à son entreprise : premièrement, Dame Esclarmonde de Sainte Croix du Mont était déjà promise à Sire Sigismond de Lalande de Fronsac qui la courtisait dans les règles de l'honneur et de l'étiquette depuis deux ans... Deuxièmement, elle n'éprouvait aucun sentiment pour ce jeune nobliau moins bien né et par trop impulsif. Le refus public et cinglant qu'elle lui opposa alors acheva la disgrâce de Sire Bérenger et il quitta la table sur-le-champ... Et il échappa fort heureusement à la provocation en duel que Sire Sigismond de Lalande de Fronsac s'apprêtait à lui lancer.

De rage et dans le déni le plus total, Sire Bérenger de Haut-Brion est allé le jour même trouver le Baron Maurice de la Hune, coach des Golden Crows d'Aquitanie, pour exiger son intégration dans l'équipe. Contre toute attente, Sire Bérenger a brillamment passé les épreuves de sélection et les Golden Crows ont gagné ce jour là une Trois-Quart de choix.




Sire Berenger ne manque jamais d'expliquer sa décision :

"Je suis persuadé que ma Mie, Dame Esclarmonde de Sainte Croix du Mont met mes sentiments à l'épreuve et je veux être à la hauteur. Je veux lui montrer, ainsi qu'au monde entier, que mes sentiments sont purs et ma détermination à toute épreuve !! Pour ma Dame, je ne faillirai point !!"

Bretonnie-Match "le poids des calligraphies, le choc des enluminures !" lui a consacré le mois dernier un dossier complet titré "La peine de cœur d'un chevalier du Blood Bowl". Une chevelure blonde, un regard aussi bleu qu'un ciel d'été, un beau visage, un titre de noblesse et une quête d'un amour impossible noyée dans le désespoir et la fureur du Blood Bowl... Tous les ingrédients sont réunis pour une formidable saga sentimentale !! Il se murmure que célèbre éditeur de roman à l'eau de rose Albionnais Harley Quint aurait approché Sire Bérenger en vue de l'écriture d'un roman autobiographique. 




Il va sans dire que le nombre d'admiratrices du bel amoureux éconduit ne cesse de s'accroitre, tout comme le courrier qu'il reçoit chaque semaine. Jamais un Trois-Quart n'avait atteint de tels scores à l'applaudimètre sur un terrain !!
Jusqu'à présent, Dame Esclarmonde de Sainte Croix du Mont s'est refusée à tout commentaire n'a jamais donné suite aux demandes d'interviews et prétexte ne pas connaître Sire Berenger de Haut-Brion... Tout comme le Seigneur du Domaine de Haut-Brion.

Les bookmakers ne demandent qu'une seule chose à Dame Esclarmonde : qu'elle ne change à aucun moment son comportement envers Sire Bérenger car sa cote augmente au fur et à mesure que les Golden Crows progressent dans les classements des équipes.








SIRE LANCELIN DE TROTTEVIEILLE (MAILLOT N°10)




L'histoire de Sire Lancelin de Trottevieille avant son intégration dans l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie est on ne peut plus classique et c'est surtout l'histoire de son père qui a fait de lui ce qu'il est à présent : son père, Sire Enguerrand de Trottevieille passait beaucoup de temps sur les champs de bataille et très peu sur ses terres. Ainsi, c'est à la fin d'une journée particulièrement éprouvante en combats lors d'une campagne d'épuration de peaux-vertes loin de chez lui que Sire Enguerrand appris par un messager qu'il était désormais le Seigneur de Trottevieille, son propre père ayant rendu l'âme deux jours auparavant et son devoir de Seigneur l'obligeait instamment à rentrer. Ce qu'il fit immédiatement avec ses gens de guerre.

Sur le chemin du retour, le désormais Seigneur Enguerrand de Trottevieille fit halte à "L'auberge de l'oie grasse" pour la nuit et fêta avec force vin et ripaille son nouveau statut social. Il faut croire que la bonne chère de l'auberge l'était tout particulièrement car il se réveilla le lendemain un peu nauséeux... Et constata qu'il y avait la fille de l'aubergiste dans son lit qui le regardait avec une expression sans équivoque (et rêveuse !) sur les activités nocturne du Seigneur Enguerrand...




Prenant la situation pour une dernière fantaisie de jeunesse avant d'endosser pleinement son rôle de Seigneur de Trottevieille, Sire Enguerrand partit quelques heures plus tard et regagna ses terres où il tint son rang et rempli ses obligations avec honneur et dévouement. Il prit pour épouse Dame Radegonde de Blaye et toute la seigneurie de Trottevieille attendait désormais l'annonce d'un heureux événement...

Mais point d'heureux événement ne vint égayer la cour du Seigneur Enguerrand de Trottevieille : Dame Radegonde, après deux fausses-couches successives (une fille à chaque fois), donna enfin naissance à une petite fille... qui mourut deux semaine plus tard de fièvre infantile. La lignée du Seigneur Enguerrand de Trottevieille semblait bien compromise...

Jusqu'au jour où une roturière accompagnée d'un enfant demanda audience au Seigneur lors de la journée mensuelle de justice seigneuriale. Ce jour là marqua à jamais les terres de Trottevieille car la femme n'était autre que la fille de l'aubergiste de "l'oie grasse" que le Seigneur Enguerrand avait "rencontrée" bien des années auparavant... Et l'enfant qui l'accompagnait était présenté comme son fils bâtard. Il avait 9 ans et se nommait "Lancellin" (en souvenir, parait-il, de la "lance" de Sire Enguerrand qui avait procuré beaucoup d'émoi à la fille de l'aubergiste cette nuit là... Laquelle "lance" avait atteint son but). Un examen attentif de l'enfant ne laissa guère place aux doutes : sa physionomie, son regard, la couleur de ses cheveux même, tout démontrait sans hésitation que Lancellin était le fils du Seigneur Enguerrand, lequel recevait en pleine face son passé aventureux et séducteur.




Bien entendu l'événement fit scandale dans toute la Seigneurie... Dans un premier temps. En effet, l'existence des fils bâtards n'était pas rare en Bretonnie et en de nombreuses occasions, ils furent perçus comme d'excellents palliatifs dans une lignée légitime "déficiente". En raison de la faiblesse du ventre de Dame Radegonde qui ne semblait pouvoir lui donner un héritier, le Seigneur Enguerrand fit ce qui était logique pour la pérennité de Trottevieille : il garda à son service la mère de son fils et entreprit de faire l'éducation du jeune Lancellin en vue, à long terme, de le légitimer à la tête de ses terres.

Si tout le monde parvint peu ou prou à trouver quelque intérêt à la situation, ce ne fut pas le cas de Dame Radegonde qui prit la venue de Lancellin pour une nouvelle gifle du destin : son estime avait déjà grandement baissé à Trottevieille, étant apparemment incapable de faire son devoir d'épouse (il se murmurait que le Seigneur Enguerrand ne l'honorait plus aussi souvent qu'avant dans leur couche commune) et l'existence d'un fils bâtard en bonne santé ne présageait rien de bon quant à son propre avenir.

Plusieurs rumeurs circulèrent ensuite : Dame Radegonde aurait cherché par tous les moyens à enfanter un héritier. Quand on dit "par tous les moyens", ceci aurait inclus une visite éclair à une très vieille cousine éloignée... Dans l'ancien duché de Moussillon. La vérité est sans doute ailleurs mais quoiqu'il en soit, 1 an tout juste après la venue de Lancellin à Trottevieille, Dame Radegonde donnait naissance à un fils en bonne santé. Il semblait cependant clair que ce serait son dernier enfantement car à mesure que cet héritier légitime, Théobald, grandissait avec force et vigueur, elle allait en s'affaiblissant un peu plus chaque année.

Si le Seigneur Enguerrand aimait ses deux fils Théobald et Lancellin d'un amour égal, il n'en était pas de même pour Dame Radegonde qui ne faisait pas mystère de sa profonde aversion (voire sa haine) pour Lancellin et elle le lui faisait savoir et endurer : lorsque le Seigneur de Trottevieille était absent pour affaires, Lancellin était très souvent punis pour des motifs divers et variés et consigné dans sa chambre. Sa mère, pour sa part, recevait toujours les corvées les plus fatigantes dans ces moments là.

Dame Radegonde avait même éduqué Théobald à haïr tout autant qu'elle Lancellin : ce dernier n'était qu'un bâtard, un usurpateur qu'il faudrait tôt ou tard écarter. Plus les années passaient, plus la vie de Lancellin et de sa mère à Trottevieille devint un enfer quotidien. Le jour du quinzième anniversaire de Lancellin, sa mère mourut d'une chute "accidentelle" du haut chemin de ronde du château familial. Théobald raconta à tous l'avoir vu trébucher en portant un panier de linge trop lourd pour elle et bien qu'il ait tout tenté pour essayer de la rattraper, il n'avait pu empêcher la suite fatale. Cette chute engendra de nombreuses discussions à mots couverts... En tout premier lieu, il n'était pas dans les habitudes des serviteurs de se rendre sur le chemin de ronde ; surtout en portant des paniers de linge.




L'existence de Lancellin, qui n'était déjà pas spécialement enviable depuis quelques années, devint proprement insupportable à compter de ce jour. Le Seigneur Enguerrand ne voyait dans tout cela qu'une simple rancœur tenace de son épouse à l'égard de son fils bâtard mais il était clair que, lentement mais sûrement, Lancellin était en danger à Trottevieille... Plus d'une fois il échappa de justesse à nombre "d'accidents" semblables à celui qu'avait connu sa mère.

Une semaine avant le jour du dix-huitième anniversaire de Lancellin (l'âge auquel un jeune noble bretonnien accède à la majorité et devient dès lors associé à la conduite des affaires du domaine), le Seigneur Enguerrand de Trottevieille trouva la mort dans un accident de chasse : un sanglier l'avait chargé et désarçonné, lui causant une vilaine blessure à la cuisse. La chasse avait mené le Seigneur Enguerrand loin de son château et en dépit du fait que Théobald, qui chassait avec lui, eût poussé tous ses gens jusqu'à l'épuisement pour revenir en urgence à Trottevieille, une fièvre fulgurante doublée d'une gangrène égale l'emporta au terme d'une très douloureuse agonie de trois jours.

Au moment où le Seigneur Enguerrand de Trottevieille rendait son dernier soupir, Dame Radegonde ordonnait aux gardes de jeter Lancellin aux cachots jusqu'à nouvel ordre... Mais cette consigne ne fut jamais appliquée : lorsque les gardes arrivèrent à la chambre de Lancellin, ils la trouvèrent vide et tout laissait à penser qu'il était parti précipitamment. Dame Radegonde ordonna sur-le-champ une chasse à l'homme mais elle n'aboutit pas.

Quelques semaines plus tard, Cabalvision annonçait en fanfare la titularisation d'un nouveau membre au sein de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie : un certain Lancellin de Trottevieille. Dame Radegonde tenta de déposer plainte auprès de la NAF pour usage de nom noble abusif car le domaine de Trottevieille n'avait qu'un seul héritier légitime en exercice : Théobald de Trottevieille. La NAF se contenta de soulever son incompétence en la matière et la renvoya vers le coach des Golden Crows d'Aquitanie : le Baron Maurice de la Hune. 

Quelles que soient les menaces, quels que soient les montants des pots de vin, le Baron Maurice de la Hune se montra intraitable face aux exigence du domaine de Trottevieille : son nouveau trois-quart, Lancellin, était un joueur prodigieux, apparemment doué pour éviter et survivre à toutes les tentatives de blocages un peu trop musclée... Et ça, ça valait sur un terrain de Blood Bowl dix fois plus que tous les pots de vin proposés... Quant aux menaces de mort, les joueurs de Blood Bowl y font face aussi bien sur le terrain qu'en dehors en permanence alors une de plus ou de moins...

Lancellin de Trottevieille n'a jamais voulu prendre un autre nom, déclarant à tous les journalistes qu'il était bien le fils du défunt Seigneur de Trottevieille. D'autre part, il s'est spécialisé dans nombres de technique et coups vicieux lors des matches. Il appelle ça des "trucs de bâtard" et répond toujours la même chose à la question de savoir où et pourquoi il agit ainsi : "c'est ma belle-famille qui m'a appris"... Les fans en redemandent toujours davantage à chaque match !!





SIRE HERLEBAUD DE LARCIS-DUCASSE (MAILLOT N°8)




Sire Herlebaud de Larcis-Ducasse est ce qu'on pourrait appeler le parfait exemple du paradoxe social de la Bretonnie : bien qu'issu de la noblesse bretonnienne, avec tous les titres et privilèges qui s'y rattachent il a aussi connu les inconvénients dont le principal est avant tout le fait que sa famille est désargentée.

Là où les membres de la haute-noblesse peuvent s'appuyer sur un domaine d'une taille non négligeable quand il n'est pas immense et des richesses naturelles (une carrière de pierre, une mine, un vignoble...) ou humaines (des guildes d'artisans renommées, des haras de chevaux...) à profusion, une part importante de nobles s'inscrit dans ce qu'il est coutume d'appeler (jamais devant les intéressés) la "petite-noblesse" bretonnienne.

Parmi ces derniers, certains sont parfois à la tête d'un petit village entouré de quelques terres arables, ils peuvent à l'occasion avoir la chance d'avoir un herboriste un tant soit peu reconnu au plan local voire, pour les plus chanceux, un ermite ancien chevalier du Graal vivant retiré... Mais la plupart du temps il n'y a guère que leur nom à particule qui les distingue des roturiers et il n'est pas rare que ces derniers soient plus riches qu'eux.




Cette infortune peut s'expliquer parfois par la disgrâce d'un lointain ancêtre dont toute la lignée paye le prix, une descendance exclusivement féminine dont les dots en mariage ont par trop morcelé le domaine originel, une épidémie ou une famine dont le domaine ne s'est généralement jamais relevé, ne laissant que de quoi survivre après le paiement des impôts, des terres devenues stériles, une guerre ayant prélevé un lourd tribut dans la famille noble, laissant les survivants à la merci de voisins un peu trop belliqueux ou de révoltes paysannes quand ce n'était pas des pillards installés dans le coin...




Le Domaine de Larcis-Ducasse n'a jamais été très riche et ses terres n'ont jamais été très généreuses. Le château familial est en fait réduit à sa plus simple expression et n'a que peu différé des premières constructions en bois aux tous premiers temps du royaume de Bretonnie. Les maigres revenus de la famille de Larcis-Ducasse proviennent essentiellement des deux petits bourgs éloignés l'un de l'autre de quelques lieues et bien souvent, les repas du château ne diffèrent pas de l'ordinaire des roturiers (le Seigneur Armand de Larcis-Ducasse a d'ailleurs autorisé ses gens à chasser du gibier dans la petite forêt du domaine pour éviter purement et simplement qu'ils ne meurent de faim).

La seule curiosité du domaine réside essentiellement dans une petite chapelle du Graal qu'un très lointain ancêtre aurait édifiée après être devenu chevalier du Graal et où, dit-on, il serait enterré... Mais les finances de la famille ne permettent pas d'en assurer un véritable entretien et d'ailleurs personne ne la visite jamais.




Sire Herlebaud de Larcis-Ducasse est le frère puîné de Sire Aubéron. Les finances de la famille sont tellement maigres, que lorsque il a manifesté sa volonté d'intégrer l'équipe de Blood Bowl des Golden Crows au lieu de se faire chevalier errant, son père et son frère n'ont pu cacher leur soulagement : en effet, ç'aurait été un gaspillage sans nom de financer un destrier et une armure pour une entreprise aussi hasardeuse, dans la mesure où Sire Herlebaud n'a jamais spécialement brillé à l'exercice des armes. De façon tout à fait pragmatique, le départ de Sire Herlebaud signifiait également une bouche de moins à nourrir et entretenir.

Ayant cependant un pincement au cœur de voir son deuxième enfant s'engager sur la voie hautement périlleuse du Blood Bowl, le seigneur Armand a toutefois pu financer le voyage (un aller simple) de Sire Herlebaud jusqu'au siège des Golden Crows. De ce fait, Sire Herlebaud peut se targuer d'être parmi les rares à avoir rejoint les Golden Crows avec la bénédiction de sa famille.

En dépit de son niveau somme toute moyen, Sire Herlebaud a néanmoins réussi à se faire admettre dans l'équipe par le Baron Maurice de la Hune en qualité de Trois-Quart.  La vie d'un Trois-Quart au Blood Bowl est en général très dure, rapide et surtout mortelle... Mais contre toute attente, défiant tous les pronostics, Sire Herlebaud à fait montre de persévérance et d'une volonté peu communes : il a déjà joué une dizaine de matches sans blessures notables, de sorte qu'il commence petit à petit à se faire connaître dans le milieu. 

Il a d'ailleurs eu l'honneur d'être sélectionné par le BBBB le mois dernier pour la rubrique "Un jour, un Trois-Quart" où le domaine de sa famille a même été cité trois fois !! Ses revenus de joueur lui permettent désormais d'envoyer un peu d'argent à sa famille pour la tirer de l'indigence.

Actuellement, Sire Herlebaud a deux objectif en tête : il s'entraine dur afin de pouvoir prétendre à un poste plus honorable (et surtout mieux payé !) au sein des Golden Crows et il espère que cette année, l'équipe figurera dans des tournois majeurs afin de pouvoir envoyer davantage d'argent à sa famille.

Il se murmure que les bookmakers l'ont surnommé "La tortue bretonnienne" : une tortue progresse très lentement mais elle vit aussi plus longtemps et d'aucun pense que sire Herlebaud peut tout à fait prétendre à un avenir extrêmement intéressant (et lucratif !) dans le Blood Bowl...






SIRE ADALBERON DE L'ANGELUS (MAILLOT N°1)




En raison d'une solide piété, plusieurs rumeurs entourent la venue de Sire Adalbéron de l'Angélus au sein de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie. Certains avancent que c'était jadis un Chevalier de la Quête mais, pour une obscure raison, il n'a jamais réussi à trouver le Graal. De dépit, plutôt que de se couvrir de honte et de rentrer sur ses terres, il se serait converti au Blood Bowl... D'autres rumeurs, plus discrètes celles-ci, avancent qu'il aurait accompli sa quête avant de se présenter aux Golden Crows.



Quelles que soient les raisons de sa venue, Sire Adalbéron de l'Angélus n'a jamais confirmé ou infirmé les rumeurs courant sur son compte. Ce qui est en revanche certain, c'est qu'il fait montre d'une foi frisant le fanatisme pour Nuffle et il n'est pas rare de le voir abîmé dans la prière la veille d'un match et lorsque le grand jour arrive, il a pour habitude de s'agenouiller sur le terrain pour demander la protection de Nuffle... Mais quand vient le coup d'envoi, il perd tout contrôle et se précipite sur les adversaires, persuadé que le Dieu du Blood Bowl est à ses côtés... Et on dirait que ça marche !!




Le bruit court que des Damoiselles du Graal auraient plusieurs fois demandé au Baron Maurice de la Hune de parler à Sire Adalbéron et que ce dernier aurait systématiquement refusé sans donner d'explication. A la menace brandie d'une démonstration de colère de la Dame du Lac, le Baron Maurice de la Hune aurait rétorqué que son équipe est sous la protection du Dieu Nuffle... Et qu'à la différence de la Dame du Lac, il n'est nul besoin de partir dans une quête dangereuse pour le trouver : les joueurs sont constamment en situation dangereuse et sous son regard à chaque match.

Les Damoiselles du Graal seraient alors reparties chaque fois un peu plus indignées, précisant qu'elles ne laisseraient pas cette "hérésie" impunie...








SIRE MESMIN DU CLOS-FOURTET (MAILLOT N°11)




Agressions commises : 1
Expulsions : 1


Sire Mesmin du Clos-Fourtet, de l'avis général, est le Trois-Quart idéal : sans être un bon à rien il ne brille nulle part mais on peut compter sur lui pour jouer les mouches du coche sur le terrain en faisant le plus de dégâts possible dans les rangs des équipes adverses !

Sire Mesmin fait partie des rares membres des Golden Crows étant l'ainé de la famille à avoir rejoint l'équipe de son plein gré avec l'assentiment total de ses parents. Du moins de sa mère : Dame Gudule du Clos-Fourtet. Dame Gudule a toujours été doté d'un tempérament bien trempé, à tel point qu'il est de notoriété publique que c'est elle qui dictait sa loi à tout le domaine du Clos-Fourtet en général et au Seigneur Sixtin du Clos-Fourtet (père de sire Mesmin) en particulier. Ce qui explique très certainement pourquoi ce dernier a préféré passer la plus grande partie de sa vie sur les champs de bataille plutôt que sur ses terres. Il y perdit la vie il y a une dizaine d'année lors d'un accrochage particulièrement sanglant avec des hommes-bêtes à la lisière de la forêt d'Athel Loren... On rapporte que ses derniers mots auraient été "enfin libre d'aller où elle ne sera pas"...

Le Seigneur Sixtin a tout de même satisfait à ses obligations familiales puisqu'à part Sire Mesmin, Dame Gudule lui donna un autre fils, Sire Bertrand, ainsi qu'une fille : Damoiselle Eléonore. Dame Gudule a toujours eu une préférence compulsive pour l'ainé de ses enfants et ce dernier, de part son rang de naissance privilégié, en a très largement profité aux dépens de quasiment le reste du monde. Choyé et couvé par sa mère, Sire Mesmin devint le pire enfant gâté que la Bretonnie ait jamais porté : arrogant, moqueur, bagarreur, qurelleur, capricieux, colérique... Toutes ces belles qualités et bien d'autres encore se retrouvent en Sire Mesmin. Quant à ses défauts, il vaut mieux ne pas en parler.

Toujours est il que pour Dame Gudule, Sire Mesmin n'était rien de moins que la septième merveille du Vieux Monde et lui passait absolument tous ses caprices, le confortant dans sa conduite absolument écœurante.




L'une des plus grandes passions de Sire Mesmin (quand ce n'était pas de pourrir la vie de son voisinage) a toujours été le Blood Bowl. Déjà petit, il exigeait d'assister à tous les matches se déroulant dans les environs proches du Clos-Fourtet et chaque année, sa mère l'emmenait au tournoi annuel d'Aquitanie. Quand il exigea de devenir joueur de Blood Bowl, tout le monde pensa que c'était un caprice sans lendemain de plus... Mais pour l'une des rares fois de sa vie, cette idée était une constante chez Sire Mesmin. on aurait pu penser que, très exceptionnellement, Dame Gudule refuserait d'accéder au désir de Sire Mesmin dans la mesure où, étant l'ainé de sa famille, ce dernier devrait, à sa majorité, assurer la pérennité du domaine du Clos-Fourtet... Mais à la grande surprise de tous (et pour la plus grande joie aussi), elle accepta.

Il va cependant sans dire qu'un jeune nobliau imbu de sa personne et sans expérience aucune et toujours dans les jupes de sa mère n'avait que peu de chance voire aucune de se voir offrir une place dans le monde du Blood Bowl... à part peut être comme porteur d'eau et coupeur d'oranges à la mi-temps... Et encore... Aussi, sans grande surprise, Sire Mesmin du Clos-Fourtet vit sa candidature promptement (pour rester poli) rejetée partout (même auprès des clubs de supporters !). Peu importait ses jérémiades et ses pleurnicheries, les revendications de Dame Gudule où ses offres de compensations financières très conséquentes pour faire accepter son fils : au Blood Bowl, des centaines de milliers voire des millions de couronnes d'or changent de mains tous les jours si ce n'est toutes les heures pour le moindre trois-quart qui est capable de tenir debout le temps que son équipe marque un touchdown. On signifia clairement à Sire Mesmin et à Dame Gudule que la meilleure des places qu'ils pourraient espérer au Blood Bowl, ce serait dans les gradins (dans la tribune officielle vu que c'est là qu'il y a en principe le moins de morts par match).




C'est alors que Dame Gudule avisa une petite affiche crasseuse collée sur le mur d'un stade de Blood Bowl municipal parlant des Golden Crows d'Aquitanie... Si cette équipe refusait elle aussi Sire Mesmin, alors le domaine de Clos-Fourtet pouvait se préparer à subir de très très longues années difficiles quand il en prendrait les rênes...

Quand le Baron Maurice de la Hune inspecta la nouvelle sélection de recrues ce jour là, il crut que pas une seule ne passerait les épreuves de qualifications avec succès et certainement pas ce jeune godelureau qui méritait davantage une ou deux paires de claques pour l'aider à se tenir tranquille. Les épreuves de qualifications d'entrées dans l'équipe des Golden Crows n'étaient pas plus tendres que dans les autres équipes de Blood Bowl, mais au moins le Baron Maurice de la Hune préférait mettre en garde les recrues qui ne semblaient pas faire l'affaire : il avait déjà vu nombre de joueurs terminer leur carrière handicapés ou au fond d'une tombe, inutile d'alimenter inutilement les rubriques nécrologiques locales car si cela fait quotidiennement les affaires des coaches mort-vivants, cela fait moins de supporters potentiels qui dépensent leur argent dans le merchandising de l'équipe. Aussi avait il clairement indiqué à Dame Gudule que si elle ne voulait que son "Mimi Chéri" ne perde une ou deux dents voire un ou deux membres, il valait mieux rentrer chez eux. Pour toute réponse, Dame Gudule mit une bourse de dix mille couronnes d'or dans la main du Baron Maurice en le suppliant de donner sa chance à Sire Mesmin. Le Baron Maurice accepta : non seulement ça ne lui coûterait rien mais en plus la comptabilité des Golden Crows s'en trouvait grossie... Et puis l'expérience lui avait appris qu'il n'était jamais à l'abris d'une bonne surprise...




Et la surprise fut effectivement au rendez-vous : non seulement Sire Mesmin passa très convenablement les épreuves de qualifications des Golden Crows (nonobstant quelques sérieuses contusions et une dent cassée) mais le Baron Maurice de la Hune découvrit le formidable potentiel de Sire Mesmin en qualité de Trois-Quart : celui que les commentateurs et les journalistes sportifs désignent pudiquement comme "le gobelin humain" n'a absolument aucun égal quand il entre sur le terrain : semblable aux peaux-vertes d'où il tire son surnom,  il laisse libre court à sa spécialité : pourrir la vie des autres : grossier, insultant, braillard, coléreux... Les membres des équipes adverses n'ont pas d'autre choix, s'ils veulent jouer "tranquilles" que de lui régler son compte. Le problème étant que Sire Mesmin parvient toujours à s'esquiver pour continuer de plus belle... Et pendant que qu'ils cherchent à lui fermer son clapet, ils ne peuvent se consacrer pleinement à marquer des touchdown... Et c'est exactement le but recherché.

Bien entendu, les premiers pas de Sire Mesmin au sein des Golden Crows ont été un peu... Difficiles : il a dû apprendre à la dure les différentes règles de vie dont la plus importante est que les titres n'y ont aucune valeur. Quelques gifles "pédagogiques" ont d'ailleurs été nécessaires mais il a très rapidement compris que s'il devait se tenir convenablement avec ses co-équipiers, en revanche il avait carte blanche pour exercer son art vis-à-vis des équipes adverses.

Depuis lors, tout le monde est content :

- Sire Mesmin du Clos-Fourtet a réalisé son rêve de devenir un joueur de Blood Bowl ;

- Sans surprise, sa mère, Dame Gudule, est sa plus grande fan et ne manque jamais aucun de ses matches ;

- Les Golden Crows peuvent compter sur un Trois-Quart extrêmement compétent... à sa manière ;

- Tout le domaine du Clos-Fourtet est absolument ravi que Sire Mesmin soit en permanence très loin : Sire Bertrand son frère et Damoiselle Eléonore sont plus qu'heureux d'administrer les terres familiales sans lui ni sa mère (tous les gens du domaine s'accordent d'ailleurs à dire qu'ils sont d'excellents dirigeants) et on dit même qu'ils ont tout spécialement fait construire une chapelle dédié à Nuffle, le dieu du Blood Bowl, dans laquelle tout le monde demande chaque semaine à celui-ci (avec force d'offrandes) de protéger Sire Mesmin afin que ce dernier ait la plus longue carrière possible

- De façon tout à fait inattendue, un fan-club conséquent composé d'une très forte majorité de gobelins s'est constitué autour de Sire Mesmin : ces fans semblent absolument ravis de voir qu'un humain soit si proche de leurs coutumes par ses propos et son comportement. Comme le dit si bien Skigrit latangeant', le président du fan-club : "C'pas grav' si cé un zhumin ala peau roz' : on sé tous kil a l'âme et le coeur d'un gobelin ! Si on l'encouraj' bokou, il se transform'ra en  vrai chef gobelin !"






LES LANCEURS DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE




SIRE ISEMBERT DE TROPLONG-MONDOT (MAILLOT N°9)




Sire Isembert de Troplong-Mondot n'a de cesse de surprendre lorsqu'à la question traditionnelle des journalistes et des fans "comment êtes vous venu au Blood Bowl ?" il répond invariablement et le plus sérieusement du monde "A cause des tomates pourries et du théâtre"...

Si le Blood Bowl est un univers où l'histoire personnelle de tout un chacun peut être radicalement différente mais néanmoins pittoresque, celle de Sire Isembert est tout de même bien singulière.

Sire Isembert est le troisième fils du Seigneur Damien de Troplong-Mondot, richissime domaine d'Aquitanie célèbre pour la qualité de ses vignes et de son vin qui orne bon nombre de tables du royaume de Bretonnie. Sa naissance ne lui laissait aucune chance de succéder un jour à son père mais il n'en concevait aucune amertume : en effet, sa famille était tellement riche que, fait suffisamment extraordinaire pour être souligné, il n'y avait aucune rivalité dans la fratrie : le train de de vie de la famille était plus que confortable. Le frère aîné, Sire Adalbert, avait déjà été présenté aux voisins et cela faisait deux ans qu'il était associé aux affaires du domaine ; le frère puiné, Sire Robert, allait bientôt accomplir sa présentation aux voisins et il s'investissait pleinement dans son futur rôle de conseiller de Sire Adalbert... Quant à Sire Isembert, encore damoiseau, il se contentait de vivre avec insouciance sa vie dorée de jeune noble bretonnien, se satisfaisant pleinement de cette oisiveté qui était le revers fort agréable d'un destin qui ne serait jamais lié à l'avenir du domaine familial.

Il passait son temps à deux choses : la chasse et le théâtre. La première par passion, surtout dans le lancer de javelot où il excellait tout particulièrement ; la seconde, pour faire plaisir à sa mère, Dame Gisèle.

Cette dernière, en bonne épouse bretonnienne, voulait faire du domaine de Troplong-Mondot un haut lieu de la culture et du bon goût. A cette fin, elle dépensait des sommes folles pour faire venir troubadours, poètes, philosophes et autres gens de lettres mais elle entretenait un intérêt particulier pour le théâtre. Quasiment toutes les troupes itinérantes pouvaient espérer profiter de ses largesses lorsqu'elles venaient à se produire en Aquitanie.

Puisque ses deux premiers fils devaient assurer l'honneur et la grandeur de la famille, Dame Gisèle comptait bien faire de son troisième fils celui qui devait en assurer le rayonnement intellectuel. Ceci n'était pas vraiment du goût de Sire Isembert car s'il appréciait beaucoup d'écouter les chansons de gestes des grands héros du passé contées par les trouvères le soir devant la cheminée de la grande salle, il ne trouvait que peu d'intérêt dans les discussions philosophiques interminables, les constructions compliquées poétiques... Et les représentations théâtrales en général avaient le don de l'endormir.





Très vite, Sire Isembert avait su apporter sa touche personnelle dans les représentations théâtrales organisées par sa mère. Il s'était fait fort de populariser dans le château familial une coutume roturière qui promettait beaucoup d'animation : le lancer de tomates et autres végétaux comestibles plus ou moins gâtés sur les comédiens en cas de prestation peu convaincantes.

Sire Isembert avait réussi à convaincre sa mère que non seulement c'était pour encourager les comédiens à donner le meilleur d'eux même lorsqu'ils jouaient au domaine de Troplong-Mondot mais aussi pour éviter que les augustes invités ne s'ennuient (et cela lui permettait "de ne pas perdre la main au lancer" comme il se plaisait à ajouter). Ainsi, il avait pris l'habitude de faire livrer avant chaque représentation des caisses de tomates avariées à profusion "juste pour le cas où". Il faut avouer que l'initiative "toute personnelle" de Sire Isembert contribua effectivement à améliorer considérablement le jeu des comédiens en visite (les nouvelles vont vite parmi les artistes et les roturiers toujours à la recherche d'espèces sonnantes et trébuchantes, sans parler d'un bon gîte et d'un bon couvert) et à accroître la renommé du cercle intellectuel de la famille (les nouvelles vont vite parmi la noblesse blasée qui se lasse très vite de tout). Tout invité au domaine de Troplong-Mondot les soirs de théâtre était assuré d'un spectacle qui valait le détour : que ce soit une représentation de qualité comme d'une occasion distrayante de ridiculiser à peu de frais ses semblables.

Il n'y avait guère que les "mauvais comédiens" et les domestiques chargés du nettoyage qui ne goutaient que très peu la coutume du lancer de tomates... Mais pour leur propre bien-être (et dans un souci immédiat de ne pas finir branchés au premier arbre venu), ils n'en disaient mot.

La vie insouciante de Sire Isembert aurait pu continuer de s'écouler tranquillement ainsi mais le destin allait en décider tout autrement. Un jour qu'il était parti avec ses gens et ses amis à la chasse, un messager du château familial arriva en hâte : la famille de Damoiselle Berthe de Lancre, la future épouse de son frère, Sire Adalbert, était arrivée un jour plus tôt que prévu pour officialiser les fiançailles et il devait rentrer immédiatement. Le messager lui apprit également qu'une représentation théâtrale se tiendrait ce soir pour fêter l'événement. Sire Isembert, peu concerné par cet événement familial mais suffisamment intelligent pour savoir que sa présence était indispensable, donna immédiatement ses instructions : le messager devait repartir sans tarder pour annoncer son arrivée... Et faire préparer une quantité de tomates gâtées supérieure à la moyenne en raison d'invités présents en plus grand nombre. Une fois le messager parti accomplir sa mission, Sire Isembert se prépara avec sa suite pour le retour.

Bien que conscient de ses obligations protocolaires, il prit cependant son temps pour rentrer... De sorte qu'il arriva en retard au château familial : les festivités étaient déjà bien entamées et la représentation théâtrale en était au deuxième acte quand il pénétra dans la grande salle... archi-comble pour l'occasion. Il se glissa le plus discrètement qu'il put à sa place réservée (chose difficile dans la mesure où il était au premier rang) et tenta de rattraper le fil de la pièce qui se jouait. Il nota cependant avec une pointe d'étonnement que l'abondante provision de tomates gâtées demandée... Se réduisait à une petite cagette placée sous son siège... Peut être qu'en raison du banquet impromptu de ce soir, les cuisiniers n'avaient pas pu satisfaire pleinement ses exigences... Qu'importe.

Apparemment, la pièce qui se jouait devait être une tragédie. "Apparemment" car en raison du niveau particulièrement mauvais des comédiens de ce soir là, il fallut un bon moment à Sire Isembert pour s'apercevoir que les gesticulations bouffones et les éclats de voix criards de la comédienne principale ("une espèce de laideron certainement le fruit d'amours consanguins" pensait Sire Isembert) qui lui donnait de plus en plus envie de rire...Etaient en fait une interprétation toute personnelle de la célèbre Geste du Chevalier Tristan et de Dame Ysolde. L'assistance semblait également goûter fort peu les "talents" des comédiens. La pièce en était arrivée à l'une des scènes les plus dramatiques où Dame Ysolde sombre dans le désespoir et se lamente sur l'amour perdu du Chevalier Tristan... Mais la médiocrité de la comédienne était telle que Sire Isembert, n'y tenant plus, partit d'un grand éclat de rire et, comme à son habitude, s'empara de sa cagette de tomates et commença à les jeter sur la scène en hurlant à tue-tête sa célèbre phrase "Des tomates gâtées pour ceux qui font de la soupe !!"

La maîtrise de Sire Isembert au lancer n'avait jamais été usurpée et il se fit fort de "récompenser" les talents de "Dame Ysolde" en lui expédiant en pleine face trois grosses tomates particulièrement mûres, faisant ainsi chuter cette dernière sur son fondement, rajoutant à son hilarité. Mais alors que d'ordinaire, les lancers de tomates de Sire Isembert entrainaient joyeusement l'assistance à faire de même dans les explosions de rire... Un silence pesant lui répondit, uniquement troublé par "Dame Ysolde" qui avait fondu en larmes au milieu des tomates écrasées sur scène.





Sire Isembert nota tout de suite que quelque chose n'allait pas. Pour commencer, il se rendit compte qu'il avait été le seul à jeter des tomates sur la scène ; ensuite, il remarqua que les expressions des visages dans l'assistance étaient un mélange de stupeur, d'horreur... et plus étonnant encore, de colère. Alors qu'il se tournait vers sa mère pour demander quelque explication, ce fut son père, le Seigneur Damien, qui la lui donna, sous la forme d'une gifle particulièrement musclée qui l'envoya à terre.

"Mais ? Père ?! Pourquoi vous..." balbutia Sire Isembert mais il ne put finir sa phrase.

"Il suffit jeune insolent !! As-tu bien pris la mesure de tes actes ?!" hurla le Seigneur Damien.

"Mais, Père..." répondit Sire Isembert en se relevant péniblement "je ne comprends pas votre colère, vous avez pu voir comme moi que cette troupe de ribauds est aussi talentueuse qu'un groupe d'ivrognes tentant de chanter un Te Deum à la Chapelle de la Dame du Lac et d'habitude..." Une seconde gifle de la part du Seigneur Damien, encore plus violente que la première le renvoya au sol... elle fut aussi plus douloureuse car la chevalière de son père lui avait ouvert la lèvre.

"Cette troupe de ribauds ?! Hé bien sache, pauvre imbécile, que tu es fort mal renseigné et que cette troupe de ribauds, comme tu le dis, est formée de Damoiselle Berthe de Lancre et de ses cousins !! Damoiselle Berthe de Lancre qui, je te le rappelle, est promise à ton frère ainé ; Damoiselle Berthe de Lancre qui est en ce moment même sur la scène et qui nous faisait l'honneur, jusqu'à il y a très récemment, de jouer le rôle de Dame Ysolde pour rendre hommage à la passion de ta mère pour le théâtre !! Tu aurais dû le savoir si tu ne passais pas ton temps à fôlatrer à longueur de journées !! Te rends-tu compte que tu viens de couvrir de honte notre famille ?!" hurla le Seigneur Damien.

"Pardon ? Ai-je bien entendu ? Cette maraude qui massacre le théâtre sur scène c'est Damoiselle Berthe de Lancre ?? Mais..." ne put s'empêcher de répondre sire Isembert, au comble de la confusion... Alors même qu'il était encore au sol, la lèvre saignante, Sire Isembert fut brutalement remis sur ses pieds par son père et le tira vivement par le bras pour aller l'enfermer dans sa chambre comme un vulgaire jouvençau sous les huées et invectives de l'assistance qui à présent se déchaînait avec colère contre l'outrecuidance de Sire Isembert. Plusieurs provocations en duel furent lancées et les gens d'armes de Troplong-Mondot eurent fort à faire pour ramener le calme : non seulement la famille de Lancre exigeait de la famille de Troplong-Mondot réparation sur-le-champ des outrages commis par Sire Isembert envers Damoiselle Berthe et plusieurs membres des deux partis avaient commencé à se battre ; mais certains membres de la famille de Troplong-Mondot, partisans de Sire Isembert et détracteurs étaient eux aussi en train d'en venir aux mains en voulant défendre ou dénoncer les excès ou les fantaisies de ce dernier selon les points de vue. Bref en fait de banquet ce soir là, ce fut le chaos total au Château de Troplong-Mondot.

L'affaire ne se calma pas du tout et Sire Isembert ne dût son salut qu'à Dame Gisèle, sa mère, qui en larmes, avec l'aide de serviteurs fidèles, le réveilla en pleine nuit, lui jeta un sac rempli de quelques effets et provisions, le conduisit par un passage secret hors du château et lui ordonna de s'enfuir pendant qu'il était encore temps : après une discussion particulièrement orageuse, le Seigneur François de Lancre, père de Damoiselle Berthe, avait exigé du Seigneur Damien de Troplong-Mondot il y avait 30 minutes que Sire Isembert lui soit remis immédiatement pour le punir de son inconduite... Sinon le projet d'alliance entre les deux Maisons étaient rompu sur l'heure. Entre les intérêts et l'avenir de la Famille de Troplong-Mondot et le tabassage en règle d'un troisième fils particulièrement turbulent au comportement indéfendable, le Seigneur Damien n'avait pas longuement hésité.





C'est ainsi qu'un beau matin, Sire Isembert, fuyant l'ire de la famille de Lancre aussi bien que de la sienne, échoua dans le bureau du Baron Maurice de la Hune. Le coach des Golden Crows ne mit pas longtemps à s'apercevoir que nonobstant son caractère turbulent, Sire Isembert était un lanceur fantastique capable d'envoyer le ballon absolument où il le souhaitait sur le terrain et quelle que soit la situation.

Actuellement, Sire Isembert est l'un des meilleurs lanceurs que les Golden Crows aient jamais eus. Plus d'une fois son lancer a fait merveille et avec le Baron Maurice de la Hune, il a contribué à la création d'une attraction fort populaire que tous les fans attendent toujours avec impatience. Avant chaque match, les fans des Golden Crows peuvent acheter (en plus du ticket d'entrée bien entendu) un jeton spécial avec un numéro ; en cas de victoire des Golden Crows et si Sire Isembert a joué, un numéro est tiré au sort par Damoiselle Aliénor sous le contrôle du Baron Maurice. Le spectacle (et la formidable publicité qui en découle) consiste alors à admirer la parfaite maîtrise de Sire Isembert qui lance le ballon depusi le terrain directement dans les mains du gagnant du tirage au sort où qu'il se trouve dans les gradins. Jusqu'à présent il n'a jamais raté son coup. En revanche, sa réussite signe quasi-invariablement l'arrêt de mort du gagnant qui n'a pas le temps de profiter de son lot, victime du lynchage qui s'ensuit où les voisins tentent par tous les moyens de s'emparer du fameux ballon pour le garder en souvenir ou le revendre sur le "Quai de la Baie du Coin"...

Pour la petite histoire, les Maisons de Lancre et de Troplong-Mondot ont tout de même réussi à s'unir mais on rapporte que les tomates sont strictement interdites dans ces domaines... Tout comme la présence de Sire Isembert...






SIRE EUSTACHE DE CHEVAL-BLANC (MAILLOT N°5)




Sire Eustache de Cheval-Blanc aurait pu passer pour un noble tout à fait ordinaire s'il était né dans l'Empire... Malheureusement pour lui, il est né dans le Royaume de Bretonnie, dans lequel le code de la Chevalerie s'applique (en principe) avec toute sa force et sa vigueur.

Le nom de la famille, Cheval-Blanc, provient d'un lointain ancêtre roturier que les archives familiales connaissent sous le nom de "Pogne", alors simple palefrenier qui s'était distingué jadis lors d'une grande bataille contre les morts-vivants où, dans une situation désespérée et dans l'attente de renforts qui ne venaient pas, Pognes avait obéi aux dernières injonctions de son Seigneur agonisant dans ses bras : prendre son destrier d'un blanc de neige et parcourir coûte que coûte les 30 lieues qui séparait le champ de bataille de la garnison où le Roy en personne était stationné.

La légende raconte que Pogne parvint à la garnison royale en l'espace de 6 heures seulement après avoir chevauché à bride abattue. Le jeune palefrenier aurait adressé une prière à la Dame du Lac, lui promettant de lui construire un monument votif de ses mains s'il elle lui accordait la faveur de parvenir à temps pour délivrer son message. Que la prière ait été entendue ou non, Pogne pu délivrer son message à temps au Roy avant de tomber d'épuisement. 

Quand il revint à lui, il apprit que le Roy avait pris les dispositions nécessaires en envoyant tous les chevaliers pégase à sa disposition avant d'envoyer les deux tiers de son armée affronter les morts vivants en voyageant à marche forcée. Le Roy avait alors remporter une bataille décisive et débarrassé pour longtemps la Bretonnie de la menace des morts sans repos.

En récompense pour son courage et son dévouement, Pogne fut adoubé chevalier par le Roy en personne qui lui octroya le titre de Baron de Cheval-Blanc en mémoire de sa monture et lui octroya des terres. Depuis lors la baronnie de Cheval-Blanc est connue pour avoir donné de nombreux hérauts et messagers officiels au royaume de Bretonnie. Le monument votif promis fut édifié sur les terres nouvellement acquises et c'est désormais une chapelle magnifiquement entretenue qui abritent régulièrement les événements les plus importants de la Baronnie de Cheval-Blanc.





Si Sire Eustache de Cheval-Blanc, est lui aussi renommé, ce n'est certes pas pour avoir marché dans les pas de son illustre ancêtre. Il semble être pareillement doué de célérité, que ce soit à cheval ou à la course, mais c'est davantage pour fuir les maris trompés et autres prétendants jaloux. En effet, Sire Eustache de Cheval-Blanc passe pour être un coureur de jupons invétérés, que lesdits jupons soient jeunes ou "moins" jeunes, qu'ils soient déjà engagés par les liens du mariage ou non.

Plus d'une fois son père fut mis dans une position bien délicate après que son fils soit pris en flagrant délit dans une (ou plusieurs !) positions plus délicates encore ! Lorsque la partie lésée était un roturier, l'incident pouvait trouver une issue plus ou moins arrangeante (suivant que l'on se trouvait en présence d'un simple paysan ou d'un riche négociant en vin local) avec une bourse remplie d'écus, une commande d'ouvrage ou de marchandise plus conséquente que de coutume et une visite auprès de la sage-femme pour l'achat d'herbes abortives suffisait... Mais l'affaire était autrement plus difficile lorsque la partie outragée était noble : les frasques de Sire Eustache ont parfois obligé le Seigneur de Cheval-Blanc à conclure des pactes d'alliance ou d'octrois de privilèges dont il se serait bien passés !

Tant que Sire Eustache n'était qu'un damoiseau, l'excuse de la jeunesse "vigoureuse" était tenable et le code de l'honneur chevaleresque ne s'applique qu'aux majeurs ayant prêté leur serment d'hommage... Mais le passage à l'âge adulte ne réduisit en rien son appétit pour le beau sexe. Ni les prières, ni les menaces du Baron de Cheval-Blanc ne purent freiner ses ardeurs. Bien au contraire, désormais adulte, Sire Eustache partait du principe que la roture ne pourrait plus s'opposer à lui de par son rang... Quand aux autres nobles... Hé bien certains gibiers représentaient de véritables défis à relever pour son plus grand plaisir personnel... Et égoïste.

Le point de non retour fut franchi lorsque la Maison de Cheval-Blanc fut invité au mariage des Maisons de Saint-Estèphe (suzerain de la Baronnie de Cheval-Blanc) et de Cadet-Bon. Ce jour là le mariage devait être heureux et placé sous les meilleurs auspices, des Damoiselles du Graal avaient été spécialement conviées pour bénir l'union et une auguste assemblée se préparait aux réjouissances... Quand on trouva Sire Eustache de Cheval-Blanc en train d'honorer non pas une ribaude, non pas une demoiselle d'honneur... Mais bien la future promise !! L'affaire était des plus graves et la situation fut explosive : afin d'éviter que la Maison Cheval-Blanc ne se voit séance tenante déclarer la guerre par les maisons de Saint-Estèphe et Cadet-Bon, le Baron de Cheval-Blanc renia publiquement son fils et fut obligé de lui donner la chasse en compagnie de tous les chevaliers présents, en ce compris ceux des familles offensées.

Sire Eustache parvint miraculeusement à échapper à cheval à ses poursuivants. Il ressentit peut être ce qu'avait éprouvé son lointain ancêtre en cavalant pour sauver sa vie... Toujours est-il que désormais sans titre, sans foyer, sans argent, il était à la merci de tous ceux qu'il avait offensés par le passé et par tous les gibiers de potence qui ne refuseraient pas de s'approprier un destrier noble et les habits qui vont avec... Pendant un mois il se cacha comme il put, protégé par certaines de ses anciennes conquêtes qui ne l'avaient pas forcément oublié, dormant à la belle étoile... Jusqu'à ce qu'il entende parler des offres de recrutement permanent des Golden Crows d'Aquitanie et qu'il décide de tenter sa chance...





Pourquoi Sire Eustache de Cheval-Blanc occupe la position de lanceur et non de receveur, poste pour lequel il semble tout naturellement destiné ? C'est la question que les experts du Blood Bowl se posent fréquemment et il ne manque jamais d'y répondre avec un grand sourire : 

"Je sais courir très vite mais je lance mieux encore : cela vient de mon entrainement à viser juste la bonne fenêtre quand j'envoyais un petit caillou pour annoncer à ma future conquête que j'étais là : il ne fallait surtout pas que je manque mon coup et ne lance ma pierre contre la fenêtre du père, du frère ou du mari de ma belle d'alors. Dans de rares cas il m'est arrivé de rater mon coup et d'être découvert, mais dans l'ensemble, c'était surtout après que j'aie fait "ma petite affaire" et là, je peux vous assurer que je gardais toujours de l'énergie en réserve pour courir comme le vent ! Sinon je suis toujours disponible pour celles qui veulent un souvenir plus inoubliable qu'un simple autographe"... 

La prime offerte pour la tête de Sire Eustache augmente proportionnellement à sa cote auprès des bookmakers et le courrier qu'il reçoit de la part de ses admiratrices est au moins égale à toutes les menaces de mort envoyées par toutes les familles des dames ou demoiselles, nobles ou roturières, que Sire Eustache a honoré de ses faveurs. Il se murmure actuellement qu'Orcidas l'aurait approché pour sortir une paire de chaussures de course tout spécialement dédiées à sa capacité ahurissante à pouvoir "jouer les filles de l'air" tant au propre qu'au figuré : des "Nique Air"...






LES RECEVEURS DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE




SIRE CARIBERT D'AUSONE (MAILLOT N°3)




Touchdowns : 5


Sire Caribert d'Ausone est l'un des meilleurs receveurs des Golden Crows, si ce n'est le plus rapide, et ce, dès son intégration il y a quelques années. Un athlète hors-pair ? Un acharné à l'entrainement ? Des talents innés ? Le Baron Maurice de la Hune vous répondra "à la fois oui et non, littéralement". En effet, Sire Caribert d'Ausone est avant tout un joueur invétéré et l'un des pire mauvais payeurs que le royaume de Bretonnie ait porté.

Troisième enfant du très riche seigneur Enguerrand d'Ausone, Sire Caribert a bénéficié d'une enfance relativement oisive, se satisfaisant parfaitement du fait qu'il n'aurait jamais la charge du domaine familial pourvu qu'il s'amuse comme il l'entend. S'il a parfaitement compris qu'un minimum d'éducation était nécessaire tant pour bien paraître en public que pour éviter d'être harcelé par des précepteurs un peu trop motivé, c'est le jeu qui a toujours eu les faveurs de sire Caribert. Le jeu sous toutes ses formes et surtout quand il y a de l'argent à gagner.

C'est pourquoi, très tôt, dès qu'il le pouvait, Sire Caribert courrait toutes les tavernes, tripots et maisons de jeu du domaine familial pour s'adonner à sa passion, que ce soit aux cartes, aux dés, au sloubi, aux combats de chiens, de coqs, aux courses de lévriers... Lui-même a déclaré qu'il avait également assisté à des combats de poissons multicolores dans le lointain royaume de Siam, s'était passionné pour les combats d'insectes quand il a voyagé en Cathay, était devenu frénétique pour les courses de chameaux en Arabie...

Mais Sire Caribert d'Ausone a de sérieux problèmes : pour commencer, ce n'est pas un bon joueur : il a tendance à jouer/parier n'importe comment, sans réfléchir ; ensuite, il n'a absolument aucune notion de la valeur de l'argent. Tant qu'il peut jouer et miser, le reste importe peu.

Si dans les premiers temps, il se contentait d'utiliser le contenu de la bourse que lui remettait chaque semaine l'Intendant du domaine d'Ausone pour ses menues dépenses, son inconstance l'obligea très vite à solliciter une bourse plus garnie. Le seigneur Enguerrand, indulgent, admit les fantaisies de Sire Caribert, allant parfois jusqu'à éponger régulièrement ses dettes lorsque les créanciers venaient réclamer (mais pas trop fort non plus) leur dû... Mais très souvent, le seigneur faisait valoir son droit de primauté nobiliaire sur la créance roturière (la créance était jugée comme irrecevable et contraire aux bonnes mœurs, par conséquent elle était purement et simplement annulée). Malgré les mises en garde et les leçons de morale, Sire Caribert ne s'améliora pas vraiment en grandissant.

Sa réputation de joueur était déjà connue dans tout le domaine d'Ausone et tous les acteurs du monde du jeu (aubergistes, joueurs professionnels, filles de joie, organisateurs de combats "pas très organisés" entre autres...) savaient pertinemment que la parole de Sire Caribert était aussi solide et fiable qu'un château de sable affrontant une tempête maritime. Tant qu'il avait sur lui de quoi payer le prix de sa malchance au jeu, tout se passait bien. Les choses commençaient généralement à se gâter quand il n'en avait pas assez voire plus du tout : cela finissait toujours par une course poursuite effrénée à travers tout le domaine d'Ausone jusqu'à la sécurité du château familial.

Cette légèreté de comportement devait cesser un jour ou l'autre et lorsque les seigneurs de domaines frontaliers à celui d'Ausone commencèrent à se plaindre auprès du seigneur Enguerrand que son fils, Sire Caribert, causait de nombreux désordres sur leurs terres en raison de son incurie (le fait de se voir interdit de séjour dans la plupart des tavernes et autres maisons de jeu n'avait pas eu l'effet escompté), il se mit vraiment en colère et convoqua sur-le-champ son fils.





La discussion fut particulièrement orageuse : le père et le fils faillirent même en venir aux mains et cela aurait été le cas sans la présence (et la prévenance) du reste de la famille d'Ausone et de l’intendant du domaine. Alors que Sire Caribert s'entêtait à ne pas vouloir abandonner ses jeux d'argent, le seigneur d'Ausone lui mit un marché terrible dans les mains :

"Dans 7 jours, tu auras dix-huit ans et tu seras donc en âge d'être associé aux affaires du domaine. Ce jour là, tu recevras un destrier, une armure complète et un trousseau complet d'homme adulte ainsi qu'une cassette d'un montant de 5 000 pièces d'or (les yeux de Sire Caribert brillèrent d'un seul coup). C'est bien assez pour un noble pour assurer ses dépenses pendant 6 mois. 

Je t'ordonne de partir ce jour du château et de ne pas revenir avant 1 an. Tu seras l'ambassadeur itinérant du fief d'Ausone et tu iras présenter tes respects ainsi que ceux de la famille dans tout le royaume de Bretonnie. Le sceau de tes hôtes sera la preuve de tes efforts. Si d'aventure tu revenais à Ausone avant 1 an où si j'apprenais que tu a démérité, alors sache tous que je n'ai jamais eu de troisième fils et tu seras traité comme un usurpateur".

Une telle sentence aurait ramené à la raison n'importe quel damoiseau mais Sire Caribert, bravache, quitta la pièce en hurlant qu'il allait immédiatement préparer ses affaires.

Le jour dit arriva et la cérémonie de passage à l'âge adulte fut des plus brèves et des plus glaciales alors que la journée était radieuse. Sire Enguerrand d'Ausone fit deux proclamations ce jour là : à dater de ce jour, Sire Caribert d'Ausone était l'ambassadeur itinérant de la famille et il parlait en son nom. Quiconque l'apercevait sur les terres d'Ausone avant un an avait ordre de l'abattre sans sommation.

Sans manifester un quelconque remord, nonobstant les pleurs de sa mère, Sire Caribert partit sans se retourner.





Chassez le naturel, il revient au galop... La première semaine Sire Caribert perdit le tiers du contenu de sa cassette aux dés. La semaine suivante, il perdit la moitié de ce qu'il restait aux cartes. La semaine d'après, il avait épuisé tout le contenu de celle-ci à la suite de paris dans des combats de chiens. Un mois plus tard, Sire Caribert allait à pied, ayant perdu son cheval à la suite d'une partie de sloubi particulièrement malchanceuse pour lui. Le mois suivant, il n'avait plus que les habits qu'il avait sur le dos et son épée pour se défendre : tout le reste de son équipage avait fini, selon les cas, chez différents prêteurs sur gages pour en tirer quelques écus à parier mais plus sûrement abandonné précipitamment lorsque ses partenaires de jeu se rendaient compte qu'il n'avait pas de quoi honorer ses dettes.

Alors que n'importe quel homme sain d'esprit se serait fait une raison, Sire Caribert commis une dernière erreur, celle qui allait le mener droit chez les Golden Crows : dans une taverne nommée le tambour crevé, il défia Gurdil "Tête de Brique", le chef d'une compagnie mercenaire de nains, dans un concours de beuverie où chaque chope de bière bue rapporterait 20 pièces d'or. Le perdant étant celui qui s'effondrerait ou abandonnerait en premier... Inutile de dire que Sire Caribert fut loin d'être déclaré vainqueur : Gurdil finissait sa cinquième chope de bière quand lui même n'avait pas fini la première ; Puis Gurdil se montra un brin soupçonneux après sa dixième chope de bière quand il remarqua que son adversaire lorgnait vers la porte de sortie ; il fut carrément méfiant quand, après sa quinzième chope, Sire Caribert buvait à petites gorgées sa troisième ; le doute ne fut plus permis, après qu'il eut éclusé sa vingt-et-unième chope, quand Gurdil vit Sire Caribert bondir de sa chaise pour se jeter à travers la fenêtre de la grande salle et s'enfuir dans la nuit.

Si Sire Caribert pensait une fois de plus avoir semé ses poursuivants et réfléchissait à sa prochaine façon de gagner de l'argent, il devait, dans les jours suivants, découvrir qu'être le débiteur d'un créancier nain est une situation radicalement différente de celle d'être débiteur d'un humain. Pour commencer, un nain, même s'il est incapable de courir vite, est particulièrement endurant. Ensuite, les nains, surtout les mercenaires, disposent d'un réseau de communication très élaboré reposant sur les pigeons voyageurs, les corbeaux voire des grands aigles en pleine montagne. De plus, les nains constituent des familles TRES nombreuses, sans parler des pactes d'alliance et d'amitié qui les lient plus fortement encore. Enfin, la spécificité des créances naines est qu'elles génèrent immédiatement des intérêts dès qu'elles sont dues et le taux d'intérêt varie selon des facteurs très nombreux. Dans le cas d'une créance impayée pour refus avec délit de fuite avéré, le taux était de 50% par jour de retard. Si on ajoute à cela qu'un nain peut vivre plusieurs centaines d'années sans problème et qu'il n'oublie jamais un bienfait mais surtout un tort, Sire Caribert était condamné à très court terme.

C'est ainsi qu'en l'espace de 2 semaines, toute la population naine dans un rayon de deux cent kilomètres était au courant qu'un jeune noble bretonnien répondant au nom de Sire Caribert d'Ausone, aussi discret qu'un orque noir dans une échoppe de cristallerie elfique, va-nu-pied était débiteur envers Gurdil "Tête de Brique" Olafsson (Compagnie mercenaire naine à bas coût, satisfaction du travail bien fait garantie) d'une somme avoisinant les 3428,59 pièces d'or (prenant en compte les coefficients multiplicateurs des reliefs géographiques empruntés par le débiteur dans sa fuite : un nain suivra son débiteur plus facilement sur une route bien entretenue qu'à travers un marécage (+17%) ou une forêt (+23%) plus ou moins dangereuse (+7% en cas d'infestation de peaux vertes, +11% si ce sont des hommes-bêtes, +33% si ce sont des elfes) et qu'une prime exceptionnelle de 15% de la créance due était offerte à tous ceux qui l'attraperait pour le remettre à son créancier (20% si le débiteur était appréhendé vivant et en bonne santé).





Le Baron Maurice de la Hune fut fort étonné de voir débouler en milieu de journée un jeune noble enfiévré, hurlant qu'il voulait s'engager immédiatement dans les Golden Crows... Poursuivi par une trentaine de nains en furie. Contre toute attente, les nains ne procédèrent pas à l'arrestation de sire Caribert (il faut dire que l'équipe des Golden Crows au grand complet examinait les nouvelles recrues du jours : après une course-poursuite échevelée, c'était une chose de donner la chasse à un jeune freluquet humain aux abois, c’en était une autre de se colleter une équipe de Blood Bowl visiblement peut impressionnée par trente nains (ce qui n'est pas peu dire !) et Gurdil "Tête de Brique" s'entretint très longuement avec le Baron Maurice de la Hune avant qu'une solide poignée de main ne scelle la discussion.

Voyant le Baron Maurice se diriger vers lui, Sire Caribert pensait que cette fois sa dernière heure était venue et qu'il allait le livrer aux nains, vraisemblablement contre une récompense... Mais la conversation qui suivi l'étonna fort :

- "Alors, Sire Caribert d'Ausone, puisque c'est ainsi que vous vous nommez, vous désirez toujours passer les épreuves de sélection pour faire partie des Golden Crows ?

- Oui !!! Par pitié, Baron, ne me livrez pas aux nains !! Je vous en supplie !!

- Maître Gurdil vient de m'offrir 50 pièces d'or là et...

- Je peux vous en offrir le double !! Jouons ça aux dés vous allez voir je...

- Je disais donc (quand je parle j'apprécie de ne pas être interrompu merci) que Maître Gurdil Olafsson m'avait offert 50 pièces d'or pour me demander de vous faire passer les épreuves de sélection en vue de vous faire admettre au sein des Golden Crows. J'ai accédé à sa requête.

- Non !! Ne faites pas ça je suis innocent et je... hein ? Quoi ?

- Mets cette tenue de Trois-Quart, petit. Tu as 2 minutes pour te présenter sur le terrain d'entrainement ou je te livre vraiment à Gurdil.

- Tout de suite !! Vous allez voir, je peux être extrêmement rapide !! 

- C'est bien ce qu'il m'avait semblé...

Alors que Gurdil "Tête de Brique" & Compagnie prenaient place dans les gradins, les épreuves de sélection débutèrent. Ce jour là, 27 prétendants étaient en lice pour une place au sein des Golden Crows. Mis à part les 2 morts, les 17 abandons, les 3 KO, les 2 fractures ouvertes, 1 coma et 1 épaule déboitée, il ne restait débout que Sire Caribert qui n'avait perdu "que" deux dents.

- Félicitations Sire Caribert !! Vous voilà admis dans l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie et pour un poste non dénué d'intérêt : Receveur !! Voici votre contrat, signez en bas, dès à présent vous êtes des nôtres. Nous allons vous expliquez un peu comment cela se passe chez nous et...

- Merci !!! Merci, Baron, merci merci merci du fond du cœur !! Voilà !! Le contrat est signé !! A présent je suis sauvé et je n'aurai plus rien avoir affaire avec ces nains !! La peste soit de cette engeance uniquement motivé par l'argent !! Hé !! Gurdil !! Oui vous là-bas !! Vous ne pouvez plus rien contre moi !! Foutez le camp si vous ne voulez pas avoir d'ennuis !!

Gurdil étonnamment calme au milieu de ses hommes, descendit tranquillement des gradins sans cesser de fumer la pipe et se dirigea vers le Baron Maurice et Sire Caribert.




- Euh... Vous savez, ce n'est pas vraiment une façon de s'adresser à son agent, Sire Caribert... dit le Baron Maurice de la Hune.

- Enfin débarrassé de ces avortons !! Je vous dois une fière chandelle, coach et même que... Hein ? Pardon ? Qu'est ce que vous venez de dire ?!

- Hé bien je vous faisais remarquer que vous aviez une façon bien impolie de vous adresser à votre agent là. Oui parce que Maître Gurdil ici présent m'a certes donné 50 pièces d'or pour vous faire passer les épreuves de sélection (que vous avez très brillamment réussies je dois bien l'avouer) et se présentant comme votre agent en cas de succès, nous avons mis rapidement au point les formalités juridiques concernant la gestion de votre avenir de joueur. Je dois dire que j'apprécie de traiter avec les nains : avec eux, il n'y a jamais d’ambiguïté et leurs contrats sont toujours limpides. Vous avez beaucoup de chance : vous êtes entre de bonnes mains.

- Mais ? Attendez une minute !! Gurdil n'est pas mon agent !! 

- Ah ? C'est pourtant ce qui est clairement stipulé dans le contrat d'engagement que vous venez de signer (un peu précipitamment m'est avis mais bon) : 

Article 7 : Gurdil "Tête de Brique" Olafsson est par le présent acte l'agent officiel et exlusif de Sire Caribert d'Ausone. Il s'engage à encaisser et gérer tous les gains du joueur dont il a la responsabilité durant les 15 prochaines années à compter de la signature du présent acte moyennant un pourcentage calculé selon le barême officiel de la NFL, des dettes éventuelles que le joueur aurait contracté avant, pendant voire après les matches. Ceci, sans préjudice des éventuels contrats de sponsors et autres partenariats signés avec le joueur sus-nommé.

Vous voyez ? Ah, Maître Gurdil, voici une copie du contrat de Sire Caribert, le comptable me dit qu'il a contresigné sans opposition la dette que votre joueur a contracté à votre égard. Toutes ses primes transiteront donc par vous et je compte sur l'exactitude et la rectitude proverbiales des nains concernant les questions d'argent pour verser à votre partenaire les sommes qui lui reviennent.

- Aussi vrai que l'or brille et que les elfes sont des traîtres, cher Baron Maurice, soyez tranquille sur ce point. Alors gamin, nous voilà comme qui dirait "associés" s'pas ? Un humain qui court aussi vite et bien que toi, ce serait dommage de lui casser une ou deux jambes non ? Dit Gurdil tout sourire.

- Hé mais attendez là !! Je ne suis pas du tout d'accord avec ça !! Je suis noble et je proteste car...

- Sire Caribert, quand je vous disais que nous allions vous expliquer un peu comment cela se passait chez nous, cela commence notamment par le fait que les titres de noblesse ne valent absolument rien pour les Golden Crows. Il faut voir ça comme une fraternité sportive en somme. Si cependant vous entendez démissionner, aucun problème : la probité m'oblige à vous informer que Maître Gurdil ici présent m'a également offert 150 pièces d'or de plus pour que je vous remette entre ses mains. Dois-je procéder immédiatement ? 

-...

- Bien. On va te montrer ou tu dormiras petit. Il vaudrait mieux te coucher tôt : l'entrainement commence dès l'aube chez les Golden Crows...

Contre toute attente, Sire Caribert d'Ausone a pris son parti de cette situation pour le moins... "particulière" et depuis lors il a fait la preuve de son talent de receveur vedette au sein des Golden Crows. Sa cote augmente régulièrement auprès des parieurs et le public apprécie de le voir déployer une énergie insoupçonnée quand il s'agit d'esquiver des adversaires plutôt costauds comme des ogres ou des minotaures... Pour le plus grand plaisir de son agent qui, à côté de son entreprise de mercenariat, gère d'une main de maître les revenus de son poulain.

Sire Caribert semble cependant ne pas avoir beaucoup appris de cette histoire puisqu'il continue de jouer la moindre pièce d'or que lui remet Gurdil... Souvent en pure perte.






SIRE DACIEN DU BEAUSEJOUR-BECOT (MAILLOT N°4)



Touchdowns : 1

Sire Dacien du Beuséjour-Bécot, comme bon nombre d'autres joueurs de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie, a eu un passé... "tumultueux". Mais à la très grande différence de ses co-équipiers qui en ont souvent été victimes, lui en a été le principal artisan.

Sire Dacien était le cinquième fils et le cadet du Comte Sébastien du Beauséjour-Bécot. Il y avait l'aîné, Sire Aurélien puis dans l'ordre Sire Damien, puis Sire Arnaud et enfin Sire Arnolphe. Si la bonne fortune familiale du Comte Sébastien avait été louée par tous (5 enfants et uniquement des garçons en bonne santé, un véritable miracle de la Dame du Lac !), Sire Dacien savait sans l'ombre d'un doute qu'à moins d'un malheur particulièrement grave, jamais il ne pourrait espérer prendre un jour la tête du domaine familial.

Hélas.

Hélas pour le fief du Beauséjour-Bécot, Sire Dacien avait beaucoup d'ambition et beaucoup de patience... Et si une lignée successorale nombreuse ne favorise pas forcément une naissance lointaine, il faut savoir "provoquer" des changements inattendus plus favorables...

De tous temps, les grandes familles riches et nobles ont connu leur lots d'héritiers plus ou moins éloignés avide de mettre la main sur leur héritage avant l'heure et surtout avant le(s) successeur(s) légitime(s). En cela, le Royaume de Bretonnie n'a pas fait exception et les annales familiales "officieuses" regorgent d'histoires plus ou moins mystérieuses mais bien souvent tragiques où des domaines ont changé de mains plus souvent que de raison.

Sire Dacien entreprit donc de faire le nécessaire pour progresser dans la lignée successorale. Il s'appuya en cela sur la bibliothèque familiale abondamment pourvue et sur l'excellence des pédagogues que le Comte Sébastien avait engagé pour faire l'éducation de ses fils. Ne voulant absolument pas attirer l'attention, il entreprit de s'occuper des "échelons les plus bas" avant de s'élever.





Ainsi, lorsque Sire Arnolphe fut retrouvé à l'âge de 12 ans noyé dans un vieux puits utilisé par les bergers dans la forêt jouxtant le château familial, tout le monde vit là un affreux caprice du destin... Ayant échappé à la surveillance de la nourrice avec son jeune frère de 11 ans, il était parti jouer dans la forêt et alors qu'un orage terrible avait balayé toute la région, il n'avait pas vu le puits dans lequel il était tombé et avait essayé en vain de se sortir. Sire Dacien avait été retrouvé au matin par les gens d'armes du Comte Sébastien, grelottant de froid et en larmes à deux lieues de là... Un malheureux caprice du destin...

Lorsque Sire Arnaud mourut d'une intoxication alimentaire à l'âge de 16 ans après l'ingestion d'un repas à base de poisson, tout le monde en fut fort affligé et rendit grâce à la Dame du Lac que le jeune Sire Dacien, 13 ans, également intoxiqué, s'en sortit de justesse. Tout le monde fut d'avis que le poisson n'avait pas été de la première fraîcheur et que si les adultes n'en avaient pas été incommodés, les plus jeunes en avaient souffert... Un regrettable accident...

Lorsque Sire Damien fut retrouvé mort à l'âge de 22 ans dans la forêt, tout le monde pleura longtemps un si bon seigneur plein d'avenir que son amour pour la chasse avait finalement emporté à la suite d'une mauvaise chute. En effet, Sire Damien éprouvait une passion sans borne pour la chasse. Depuis quelques années, il avait pris pour habitude de partir seul sans escorte quelques jours et de toujours revenir avec un trophée conséquent (le plus spectaculaire fut un gros sanglier tué avec une seule flèche ! Un fait d'arme qui entretint les conversations durant les deux semaines suivantes !). Si le Comte Sébastien ne voyait pas cette passion dévorante d'un bon œil (aller à la chasse pourquoi pas, mais accompagné d'une suite au cas où...), il avait préféré laisser faire son fils qui avait clairement démontré son habileté à l'arc et à l'épée... Et était parfaitement conscient de sa position dans la conduite des affaires du domaine familial. Du reste, le domaine du Beauséjour-Bécot était relativement sûr et les déprédations des bandes de coupe-jarrets étaient quasiment inexistantes.

Sire Dacien avait entrepris de suivre discrètement Sire Damien (lui aussi partait seul mais il s'assurait de ne pas demeurer absent trop longtemps : le temps d'une longue promenade tout au plus) et avec le temps, il s'était rendu compte que ce dernier suivait toujours le même chemin. En effet, Sire Damien chevauchait prestement plein nord jusqu'aux confins du domaine familial puis faisait halte à la "Pointe du Bécot" : un petit promontoire de roche naturel haut d'une vingtaine de mètres qui offrait un joli point de vue sur la campagne environnante. Une petite terrasse avait été aménagée au sommet il y a fort longtemps et servait régulièrement de campement aux voyageurs et aux chasseurs. On disait même que certains sorciers de l'Ordre Céleste en faisaient leur observatoire temporaire pour leurs affaires. Une petite niche avait été creusée dans la roche pour accueillir une petite statue de la Dame du Lac et chacun pouvait y déposer une offrande pour solliciter protection et bonne fortune.

Sire Dacien avait remarqué (d'après les traces laissées) que son frère ne demeurait qu'une seule nuit à la Pointe du Bécot avant de s'enfoncer dans les forêts du domaine pour chasser durant quatre ou cinq jours. Son plan était parfaitement simple et a priori d'une facilité quasi-enfantine : faire semblant de rencontrer inopinément Sire Damien (ce dernier, malgré ses demandes répétées, n'avait jamais voulu emmener son jeune frère à la chasse avec lui, préférant chasser seul) puis, dès que l'occasion s'en présenterait, le pousser du haut de la terrasse pour le faire chuter vingt mètres plus bas sur les pierres. Au mieux Sire Damien aurait fait "une malheureuse chute"... Au pire, s'il survivait, l'éloignement et l'isolement de la Pointe du Bécot par rapport au château familial ferait que Sire Damien aurait connu "une lente agonie après une malheureuse chute"... Et Sire Dacien se rapprochait un peu plus de son objectif.

Sire Dacien attendit les premières fraîcheurs de l'Automne, le moment où les bonnes gens, ayant rentré les récoltes et fait abondantes provisions de bois, préfèrent rester au logis plutôt que de sortir le soir. C'est aussi la période de l'année où le gibier se fait moins présent du fait des températures froides et du manque de nourriture. Un temps parfait pour s'assurer que quelqu'un victime d'une mauvaise chute passe de vie à trépas en raison de la gravité... Ou des rigueurs du climat dans un environnement isolé.





Sire Damien partit un beau matin pour la chasse comme à son habitude. Sire Dacien lui laissa une confortable avance, sachant pertinemment où il se rendait (et pour éviter de se faire repérer trop tôt, les sons portant plus facilement dans le silence de l'automne que durant un été où les oiseaux chantent). Prétextant à son tour une envie de longue promenade, Sire Dacien quitta le château familial à son tour, indiquant qu'il serait rapidement de retour. Personne ne s'en étonnât, il y avait consciencieusement veillé.

Sire Dacien n'eut aucune peine à retrouver son frère à la Pointe du Bécot, pas plus qu'il ne lui fut difficile de feindre une rencontre fortuite. Sire Dacien inventa le prétexte d'être venu à la Pointe du Bécot pour jouir du paysage un moment avant de rentrer pour apprécier un bon feu de cheminée au son des chansons des troubadours. Sire Damien s'affairait autour de son feu de camp et s'apprétait pour prendre un repas plus frugal que celui de son frère. Le laissant faire durant plusieurs minutes, Sire Dacien n'eut aucun mal à attirer son frère au bord de la terrasse, feignant de lui montrer "quelque chose qui avait bougé un peu plus loin en contrebas, peut être un cerf venu chercher quelque nourriture". Lorsque Sire Damien s'approcha à son tour, Sire Dacien passa dans son dos sans qu'il ne se doute de rien... Puis tout alla très vite : Sire Damien sentit une vigoureuse poussée dans son dos qui le projeta dans le vide et s'abima violemment sur les rochers en contrebas après une chute vertigineuse.

Sire Dacien attendit un long moment, le temps d'apprécier une généreuse rasade de vin - un peu trop froide en raison du temps - à sa gourde puis descendit à son tour de la Pointe du Bécot en menant par la bride son cheval après s'être soigneusement assuré que celui de son frère était bien attaché. Lorsqu'il se rendit à l'endroit où son frère avait chuté, il constata - avec un certain dépit - que ce dernier était toujours vivant ; mais il nota - avec une certaine satisfaction - que ce dernier ne pourrait aller bien loin ni n'en aurait plus pour longtemps avant de rendre l'âme... A en juger par les deux fractures ouvertes aux cuisses laissant apparaître de bonnes longueurs d'os, de multiples fractures aux bras et le crânes visiblement fracassé. Le plan de Sire Dacien avait parfaitement fonctionné : avec le crépuscule qui s'avançait et le froid qui se faisait lentement mais sûrement plus mordant, l'état de Sire Damien était tel qu'il ne passerait même pas la nuit. Et avant que le château familial ne s'inquiète de sa disparition, il serait mort depuis longtemps.

"Mon frère... je... suis... tombé. Je... souffre..." dit Sire Damien d'une voix faible, crachant au passage un abondant filet de sang.

"Oui, il semblerait. Les pierres de la terrasse de la Pointe du Bécot sont souvent glissantes en cette saison... Tu as fait une bien mauvaise chute mon frère. Quel regrettable accident en vérité..." répondit Sire Dacien sans bouger, tout en regardant son frère.

"Aide moi je... J'ai très mal... dépêche toi... mon cheval... ramené... château... Père..." dit dans un souffle Sire Damien.

"Hum... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de te déplacer dans ton état mon frère. Tu risquerais bien pire encore... De toute façon je ne suis pas suffisamment fort pour cela... Et du reste, je pense que tu n'en as vraiment plus pour longtemps. Le froid descend de plus en plus... Tu ferais mieux de te laisser aller... Du reste, je ne vais pas m'attarder non plus, je préfère regagner la chaleur du château"...

"Aide moi... mal... important... Père... fils" dit Sire Damien qui commençait à présent à claquer des dents en raison de la nuit froide qui s'installait.

"Que je t'aide ? En fait... Non, c'est plutôt moi que j'aide, mon frère. Vois-tu, j'ai de l'ambition dans la vie et j'ai décidé depuis longtemps que je ne pouvais pas me satisfaire de n'être que le cinquième fils du Seigneur de Beauséjour-Bécot, celui qui serait promis à n'être qu'au mieux l'intendant du château ou le plan de secours pour accroître la puissance familiale avec un mariage avec une famille issue de petite noblesse. J'ai préféré m'élever dans l'arbre généalogique familial... Et c'est pour cela que tu te retrouves à cette place présentement... Et que je suis à la mienne. Inutile de lutter mon frère : ta fin est inexorable. Même si un guérisseur survenait par miracle à cet instant, te déplacer ne ferait que hâter ton trépas. Si tu te rappelles bien les leçons d'anatomie dispensées par notre précepteur Averoës l'Arabien, tu sais que j'ai raison".

"Père... Mère... fils..."

"Oui oui, ne t'en fais pas, je ne manquerai pas d'être aux côtés de Père et de Mère pour les soutenir dans cette terrible épreuve du destin qui fait qu'une fois encore, un fils leur a été ravi. Quel dommage en plus : leur second fils, celui qui était déjà associé aux affaires du domaine pour seconder fidèlement Aurélien notre aîné... Tiens, à ce propos, il va falloir que je m'occupe de lui sans trainer à présent : la semaine dernière, j'ai entendu Père discuter avec Mère d'une proposition de mariage le concernant qui avait été transmise de la part de la Famille de Chaumont... Bon je vais devoir te laisser, mon frère, le froid me gèle les os et la faim commence à me tenailler. Je voudrais juste que tu saches une chose cependant : il n'y a rien de personnel dans tout ceci, je n'ai pas spécialement d'animosité ou de haine envers toi... C'est juste que tu représentais un obstacle à mon ascension. Je reconnais que tu as fait du très bon travail pour la famille et je respecterai cela en m'efforçant de faire aussi bien sinon mieux. Suis mon conseil : ne lutte pas et laisse toi aller dans les bras de Morr, tu souffriras moins. Adieu mon frère..." et Sire Dacien parti sans se retourner, le sourire aux lèvres et le coeur satisfait. Quand il rentra au château, il se fit gourmander par la vieille nourrice pour être rentré si tard par ce froid... Mais hors ce cas, rien ne vint troubler la vie routinière du domaine.





Trosi jours plus tard, un tumulte agita tout le château. Une rumeur courait partout selon laquelle un messager était venu apporter une terrible nouvelle : Sire Damien avait trouvé la mort en pleine partie de chasse. Sire Dacien, déjà habillé pour se rendre au village pour ses affaires quand cette nouvelle lui parvint, ne fut que peu étonné. "Déjà ? Hum... hé bien, mon frère a été retrouvé un peu plus tôt que prévu... Mais qu'importe. Allons voir un peu dans la grande salle du château qui est ce messager et comment il va conter l'histoire de l'horrible destin de mon frère... Tâchons de bien feindre l'étonnement et la douleur de l'abattement..." pensa t'il.

Effectivement la grande salle du château familial était noire de monde et le Seigneur et la Dame du Beauséjour-Bécot, à leurs trônes, écoutaient le messager délivrer son terrible message. Sire Dacien, peinant à se frayer un chemin dans la foule compacte des gens du château, abandonna et se contenta de s'appuyer contre un mur pour se contenter d'écouter... Tout en prenant bien soin de se composer un visage fermé pour donner le change en cas de besoin.

Le messager était une messagère pour commencer. Du peu que Sire Dacien avai aperçu de loin, on aurait dit une jeune paysanne. Elle portait un enfant dans ses bras et ses vêtements sales et déchirés étaient entièrement crottés. Soit. En sortant de sa chaumière pour aller ramasser un peu de bois de chauffage, elle avait dû trouver son frère. Elle avait dû courir à perdre haleine jusqu'au château pour porter la nouvelle... Et quémander quelque nourriture pour sa peine. A cette heure, la nouvelle devait se répandre dans tout le domaine plus vite qu'un trait d'archer. Parfait.

La paysanne, car ç'en était bien une, fit son récit dans un silence absolu, tout juste troublé par les sanglots de quelques dames dont la Châtelaine du Beauséjour-Bécot. Pendant que son père était allé au village pour vendre les paniers qu'il avait tressés durant tout l'été, elle était partit chercher un peu de bois pour le feu et voir si elle pouvait mettre la main sur quelques châtaignes afin d'améliorer l'ordinaire. Ses pas l'avaient progressivement conduit jusqu'à la Pointe du Bécot où elle avait trouvé le corps abîmé de Sire Damien. A en juger par son état, ce dernier semblait avoir fait une mauvaise chute depuis la terrasse. Pour appuyer ses dires, elle avait rapporté le gant droit de Sire Damien que tout le monde reconnut.

"Excellent" pensa Sire Dacien qui prit soin de se composer une expression encore plus fermée lorsque plusieurs gens se retournèrent vers lui pour leur exprimer leur douleur et leur soutien.

A cette nouvelle, l'assistance en fut fort affligée. Les dames et plusieurs hommes pleurèrent ouvertement car la famille du Beauséjour-Bécot était fort appréciée par tout le monde et Sire Damien en particulier était connu pour être juste et charitable. Le Comte Sébastien encaissa la nouvelle avec dignité pendant que sa Dame, effondrée par le chagrin, était prise en charge par ses dames de compagnie qui n'étaient pas en meilleure posture.

Mais la paysanne n'avait pas fini son récit.

Elle présenta par avance ses excuses au Comte car elle devait lui révéler un secret. Le Comte Sébastien lui commanda de parler sans crainte et si c'était pour lui avouer que la paysanne avait gardé quelque argent de la bourse de Sire Damien, il n'en tiendrait aucune rigueur. La remerciant d'être venu en hâte lui apporter une bien triste nouvelle.

Ce n'était pas de l'argent dont il était question.





La paysanne raconta que si Sire Damien avait l'habitude de se rendre à la Pointe du Bécot pour aller chasser, c'était pour retrouver quelqu'un. Depuis deux ans maintenant, il avait fait la connaissance d'une roturière, fille de bûcheron à l'occasion d'une partie de chasse en solitaire. Ils étaient immédiatement tombés amoureux l'un de l'autre et se voyaient en cachette. Seul le père de la jeune fille était au courant et en plusieurs occasions, c'est lui qui avait fourni les "fruits de la chasse" de Sire Damien. Pour conserver le secret le plus absolu, les amoureux, conscients de leur passion impossible, avait convenu que chaque fois que Sire Damien viendrait, il se rendrait d'abord à la Pointe du Bécot. Là, il laisserait une petite pierre blanche derrière la petite statue de la Dame du Lac sur la terrasse. La paysanne, venant tous les jours, savait qu'en trouvant le signal convenu, elle pourrait retrouver son amour dans une ancienne bergerie en ruine située un peu plus loin dans une ancienne pâture qui n'était plus utilisée du fait de la pauvreté du sol.

"Ainsi donc, voilà pourquoi mon frère était autant passionné par la chasse" pensa Sire Dacien en réprimant tout juste un sourire. "Il semble que c'est un tout autre gibier qu'il chassait... C'est donc sa ribaude qui l'a trouvé"...

Mais l'histoire n'était pas finie : de ces amours secrètes, voilà qu'un enfant, un fils, était né il y a quelques mois. Dès lors, Sire Damien avait tout fait pour que son fils et sa mère ne manquent de rien. Il avait même décidé de révéler cette affaire au Comte au premier jour de Décembre. La paysanne, en larmes, indiqua alors que c'était elle la femme que Sire Damien retrouvait régulièrement et que son enfant était son fils bâtard. Pour preuve, elle montra alors les langes dans lesquels le nourrisson était enveloppé : il s'agissait de celles de Sire Damien lui-même qui les lui avait donné. Le doute n'était pas permis puisque ses initiales et le blason du Beauséjour-Bécot y étaient brodés... Et s'il fallait encore une preuve, la Comtesse poussa un hurlement de désespoir en reconnaissant ces langes... Avant d'être reconduite dans ses appartements par ses dames de compagnie.

Toute l'assemblée bruissa de rumeurs mais le Comte imposa immédiatement le silence. Son visage était terrible : apprendre le même jour la mort de son fils, sa liaison avec une ribaude et sa condition de grand-père illégitime alors que Sire Aurélien, l'héritier, n'était même pas encore l'objet de pourparlers de mariage, cela faisait beaucoup d'un seul coup.

Sire Dacien, pour sa part, était étonné par la nouvelle de la récente paternité de son frère mais cela n'importait que peu. Désormais, c'était lui le second fils, lui qui serait amené à seconder Sire Aurélien... Avant que ce dernier ne rencontre son destin plus tôt que prévu. Un bâtard de paysanne, ça ne pesait pas bien lourd en l'abence de son frère... Et si par extraordinaire, il lui faudrait y porter son attention, il lui serait facile de l'éloigner définitivement : si une bourse remplie d'or n'y suffisait pas, un autre "malheureux coup du sort" y pourvoierait... "C'est cela qu'il voulait dire quand il ne cessait de parler de Père, Mère et fils ?" Il parlait de son bâtard et de sa pouliche... Ca peut se comprendre"...

Mais la paysanne n'avait toujours pas fini son récit. D'une voix blanche, le Comte Sébastien lui ordonna d'aller jusqu'au bout. Toute la grande salle était suspendue à ses lèvres. Elle raconta alors la dernière partie de l'histoire. La plus terrible. Elle dit alors que lorsqu'elle trouva Sire Dacien, celui-ci était encore vivant ! Par la grâce d'un miracle de la Dame du Lac, Sire Damien avait passé la nuit dans des souffrances terribles, apparemment maintenue en vie par une forte volonté et son désir de revoir une dernière fois son aimée. Mais avec ses dernière forces, il révéla qu'il n'était pas tombé accidentellement de la Pointe du Bécot. C'était son frère, Sire Dacien, qui l'y avait rejoint et qui l'avait poussé pour avancer dans l'ordre de succession. La paysanne révéla qu'il avait été clair pour Sire Damien que Sire Dacien avait assassiné ses deux autres frères, Sire Arnolphe et Sire Arnaud et que ce n'était qu'une question de temps avant que Sire Aurélien ne soit victime à son tour des appétits de pouvoir de Sire Dacien. Sire Damien était mort juste après avoir parlé. La paysanne avait alors pris le cheval de Sire Damien pour chevaucher jusqu'au château avec son enfant à bride abattue.





La grande salle explosa de toutes parts sous les cris, les protestations, les hurlements et les appels à la justice... Mais lorsque le Comte Sébastien exigea que Sire Dacien se présenta sur-le-champ devant lui, on eut beau chercher, il fut introuvable.

En effet, dès que la paysanne avait indiqué que Sire Damien était toujours en vie lorsqu'elle l'avait trouvé, il sut qu'il avait fait une terrible erreur : au lieu de s'en retourner après l'avoir poussé de la Pointe du Bécot, il aurait dû s'assurer au préalable de sa mort. Mais, trop sûr de lui, il avait négligé ce détail. En un instant, une petite paysanne, une fille de rien et son bâtard avaient fait voler en éclats son plan élaboré avec patience depuis des années ! Son père et Sire Aurélien n'étaient pas stupides et commenceraient à lever petit à petit le voile sur le passé... Et de toute manière, la rumeur populaire se répandrait partout, instillant le doute, la suspicion... Et surtout la vérité mais dans le cas présent, il était le seul à le savoir.

En une seconde, Sire Dacien avait dû faire un choix. LE choix le plus important de sa vie : partir ou mourir. Alors qu'il entendait le tumulte dans la grande salle, il avait déjà couru détacher son cheval pour s'enfuir... Les Dieux seuls savaient où...

Quelques semaines plus tard, les Golden Crows annoncèrent la recrue de leur nouveau receveur. Si depuis lors Sire Dacien du Beauséjour-Bécot a fait la preuve de ses talents (sept semaines de traque impitoyable dans la peau du gibier, cela forge un homme !), sa position au sein de l'équipe est plutôt "délicate". Le Baron Maurice de la Hune a été extrêmement clair sur les conséquences de la mort "suspecte" d'un autre joueur et les rumeurs qui l'entourent rendent ses coéquipiers... "prudents". D'autant plus que Sire Dacien détient un record que bien peu voire personne d'autre au sein de l'équipe ne lui envie : celui d'avoir échappé au plsu grand nombre de tentatives d'assassinat. 

Si les joueurs de Blood Bowl en général et les Golden Crows en particulier font régulièrement l'objet de menaces de mort et de tentatives d'assassinat aussi bien sur le terrain qu'en dehors, cela reste malgré tout marginal. Sire Oricle de Lafleur-Cardinale a survécu à 27 tentatives à ce jour (quasiment toutes de la part de sa famille) mais Sire Dacien, lui, a survécu à 93 tentatives. La dernière en date fut celle où il échappa au tir de 18 traits d'arbalètes simultanés un soir à la sortie d'une auberge...

Sire Dacien se rend petit à petit compte qu'il n'est pas aussi aisé que cela de vouloir être maître de son destin...






SIRE FULBERT DE PAVIE-MACQUIN (MAILLOT N°6)




Sire Fulbert de Pavie-Macquin est l'un des receveurs les plus en vue des Golden Crows d'Aquitanie... Et son talent tient davantage à sa nature "particulière" qu'à son entrainement quotidien... Pour le public, il ne fait aucun doute qu'il est l'un des plus rapides receveurs et qu'il n'a pas son pareil pour attrapper le ballon quelle que soit la situation pour foncer ensuite vers l'en-but adverse... Au sein de l'équipe des Golden Crows, tout le monde sait qu'il vaut mieux éloigner le plus possible Sire Fulbert du tumulte des matches sur le terrain au risque de le voir être victime de ce qu'ils appellent pudiquement "une petite crise".

En effetil est arrivé à plusieurs reprises qu'en état de stress et/ou d'excitation intense (ce qui, dans un match de Blood Bowl, survient quasiment à chaque fois), Sire Fulbert perd tout contrôle et semble être pareil à un chat sauvage complètement enragé, ne faisant quasiment plus la distinction entre ses co-équipiers et ses adversaires. Si les supporters (de tous bords) sont toujours au comble de la joie en de tels moments, le Baron Maurice de la Hune apprécie peu d'enregistrer des pertes au sein de son équipe en raison de ses propres membres. Si Sire Fulbert dispose de très nombreuses qualités hors-pairs pour faire un excellent receveur (son agilité et sa vitesse prodigieuse notamment), il lui a fallu prendre plusieurs "précautions".

Si l'arrivée de Sire Fulbert de Pavie-Macquin au sein des Golden Crows remonte à deux ans environ et a été très médiatiquement salué par les fans (il a marqué son premier touchdown lors de son premier match à peine 5 minutes après le coup d'envoi !), ses origines sont beaucoup plus confidentielles et il ne s'étend que rarement dessus avec ses co-équipiers et jamais en public... De là à dire qu'elles seraient la cause de son comportement "particulier", il n'y a qu'un pas que les bookmakers ont franchis en dansant la gigue et à plusieurs reprises !!





Parmi le fatras de mensonges, de demi-vérités et d'affabulations en tous genres, il semble bien que la maison actuelle de Pavie-Macquin soit le résultat d'une très très vieille alliance noble entre la famille de Pavie, ayant son domaine à l'extrême nord du Grand Duché d'Aquitanie et de la famille de Macquin, qui se serait établie au sud du Moussillon. Comme chacun sait, l'Aquitanie et le Moussillon sont des voisins immédiats. Comme chacun sait aussi, il se dit et se passe "beaucoup de choses" à propos du Moussillon : terres maudites, habitants aux moeurs étranges voire déviantes qui n'ont rien à envier aux classes regnantes sur cette contrée, monstruosités tapies dans les bois, etc etc etc... Bref, le Moussillon réunit un folklore à lui tout seul et n'en finit pas d'alimenter les causeries de toutes les bonnes tavernes qui se respectent et veillées au coin du feu.

Ce que l'on sait moins en revanche, et seul un très petit nombre de personnes est au courant, c'est que la famille de Macquin aurait modifié son nom pour des raisons très obscures. En effet, il semble que le nom originel de cette famille aurait été Malkin et aurait émigré en Bretonnie, s'installant au Moussillon, depuis la Perfide Albion il y aurait plusieurs siècles de cela. De très vieilles légendes racontent que cette famille noble aurait été maudite pour une raison qui s'est perdue dans la nuit des temps. Cette malédiction prendrait plusieurs formes mais il semble qu'un comportement violent proche de l'instinct animal aurait été le plus notable. Principalement en référence aux félins.

Ce qui explique sans doute le nom : rappelons que "Malkin" signifie chat sauvage en albionnais (authentique). Dès lors, il semble qu'au fil des générations, la malédiction ait été plus ou moins résurgente suivant les membres. Il se murmure parmi la sombre Confrérie des Chasseurs de Sorcières que certains membres soient nés avec des yeux de chats, que d'autres avaient une dentition qui n'était pas sans rappeler les félins, que certains (surtout parmi les femmes) étaient doté de la capacité de rétracter ou sortir leurs ongles qui étaient particulièrement effilés, que d'autre encore étaient capables de se transformer en une créture mi-homme mi-chat un peu comme les loups-garous... etc etc etc...

Il semblerait qu'à plusieurs reprises, la purge totale et définitive de la maison Malkin ait été exigée mais à chaque fois, l'autorité royale en personne s'y est opposée. Si en présence de preuves irréfutable, le bûcher était souvent la solution la plus rapide et expéditive autorisée, l'absence de corruption complète avérée de cette famille noble n'a jamais pu être établie.

Ainsi, pour tenter de s'acheter une bonne conduite et paraître moins suspecte, la maison de Malkin a tout d'abord entrepris de changer son nom en Macquin et à ensuite convenu de s'allier à d'autres maisons nobles, non seulement pour se garantir des soutiens en cas de problèmes... Et peut être de diluer la malédiction qui courait dans le sang de ses membres.

C'est ainsi que le domaine de Pavie-Macquin vit le jour il y a environ 200 ans si l'on s'en réfère au Grand Livre des Maisons Bretonniennes de la Grande Bibliothèque de Couronne. Dame Radegonde de Macquin fut prise en épousailles par Sire Alain de Pavie et il semble que depuis lors la mélédiction des Macquin ait cessé de faire parler d'elle...





Certes il y eu bien quelques rumeurs selon lesquelles, il y a 120 ans, Aymeric de Pavie-Macquin aimait à organiser des chasses à l'homme nocturnes sur ses terres... Mais les archives officielles font état de condamnés à mort uniquement. De même, le comportement de Dame Clarinde de Pavie-Macquin qui passait pour posséder la plus grande collection de chats de tout le Vieux Monde il y a 70 ans n'était rien de plus qu'une excentricité de noble et il n'a jamais été prouvé qu'elle entretenait des relations contre-nature avec eux. L'affaire du "ratier à la tête arrachée" a fait beaucoup jaser il y a une quarantaine d'années mais Sire Berthold de Pavie-Macquin, le Seigneur d'alors, a personnellement rapporté la preuve que ce ratier avait été victime d'une bande de malandrins errants : il était au mauvais endroit (après tout, le domaine de Pavie-Macquin est réputé pour être particulièrement épargné par les déprédations des rats et autres rongeurs) au mauvais moment (une nuit sans lune n'est pas apropriée pour chasser les rats). Enfin, le fait que Dame Maryse de Pavie-Macquin ait fait donner 80 coups de fouet à un charlatan impérial en place publique il y a une trentaine d'années, celui-là même qui lui avait vendu un estomac séché de chat en guise de relique (le sein gauche) de Sainte Jehanne de Brionne n'est qu'une leçon, certes un peu sévère, selon laquelle nul maraud ne doit chercher à abuser d'un noble bretonnien. A la question de savoir comment elle s'était rendue compte de la supercherie, Dame Maryse avait répondu au prévôt qu'elle avait toujours eu "du flair" pour ces choses là...

Il est de notoriété publique que l'expression "pas de quoi fouetter un chat" est particulièrement inopportune en présence d'un membre de la maison de Pavie-Macquin.





Concernant Sire Fulbert de Pavie-Macquin, son entrée au sein des Golden Crows semble coincider, (de façon très troublante aux dires de certains) avec la fin d'une période particulièrement  sanglante d'attaques de villageois et voyageurs isolés (bergers, bûcherons, colporteurs...) qui a affecté le domaine de Pavie-Macquin durant près de deux ans. Nombre de battues ont été effectuées, nombre de chevaliers errants et pèlerins du Graal sont venus pour débusquer "la bête" qui semblait être à l'origine de ces massacres... Mais à part des loups, des sangliers et quelques pillards occis, la créature responsable ne fut jamais attrappée... Et pourtant les tueries cessèrent du jour au lendemain et ce, de manière définitive.

Sire Fulbert se présenta un matin devant le Baron Maurice de la Hune et demanda à passer les épreuves de qualifications... Qu'il réussit avec beaucoup de brio : il semble capable de retomber sur ses pieds quelque soit la situation aussi bien au sens propre qu'au sens figuré, il peut se saisir du ballon alors qu'il est encerclé par des adversaires et il est plus rapide à la course que sire Eustache de Cheval-Blanc (ce qui n'est pas peu dire !). Pourtant, le Baron Maurice de la Hune dut prendre quelques dispositions après "l'incident du stade de Brionne" il y a 1 an environ. Les Golden Crows affrontaient les Imperial Stars et ces derniers menaient 3 à 2. Sire Fulbert était parvenu à s'emparer du ballon et fonçait vers l'en-but des Imperial Stars pour tenter d'égaliser dans les toutes dernières secondes du match. Les Imperial Stars envoyèrent 3 membres de leur équipe (deux blitzers et leur ogre) pour le plaquer - sans doute "définitivement" - et s'assurer ainsi une victoire "écrasante" mais la suite fut des plus inattendues :

Alors que les deux blitzers des Imperial Stars avaient rabattu Sire Fulbert tout contre leur joueur ogre, il semble que Sire Fulbert soit rentré dans une rage berserk incontrôlable. Les enregistrements de la Cabalvision ne sont pas très nets car un gros nuage de poussière s'éleva de cette mêlée mais toujours est il que Sire Fulbert émergea du nuage directement dans l'en-but adverse dans un état absolument épouvantable : complètement couvert de sang, il apparaitrait que Sire Fulbert aurait caché des griffes dans ses gants dont les extrémités étaient toutes crevées de l'intérieur (mais lorsque les arbitres les examinèrent un peu plus tard, ils déclarèrent qu'il avait été impossible de cacher quoique ce soit dedans) et qu'il aurait mordu jusqu'au sang ses adversaires (on le voit d'ailleurs sur la séquence recracher violemment ce qui semble être une joue droite avec l'oreille d'un des blitzers des Imperial Stars). 

Les Golden Crows avaient égalisé à toute dernière seconde et lorsque ses co-équipiers vinrent le féliciter, Sire Fulbert, toujours sous l'emprise de sa rage, s'en prit à eux : Il fallut que l'ogre Mor'Essin de Nis l'assome et l'évacue du terrain sous les cris des supporters totalement déchainés par le spectacle. Le bilan de Sire Fulbert fut terrible : les Igors du stade de Brionne furent formels : jusqu'à ce jour, jamais ils n'avaient vu une agression aussi violente lors d'un match de Blood Bowl et pourtant, cela faisait 50 ans qu'ils officiaient : 

- un des blitzers des Imperial Stars n'avait plus de visage, on aurait dit qu'il lui avait été arraché à coups de couteau ;

- l'autre blitzer n'avait plus de gorge mais un trou béant à la place... 

- L'ogre, pour sa part, avait été proprement éventré et ses boyaux allaient de son corps... Jusqu'aux pieds de Sire Fulbert avant qu'il ne marque le touchdown d'égalité.

Du côté des Golden Crows, les résultats étaient tout aussi terrifiants parmi ceux qui étaient venus féliciter Sire Fulbert pour son égalisation de dernière minute :

- un trois-quart avait été mordu à la cuisse droite, l'artère avait été touchée et il n'avait pas survécu ;

- un autre trois-quart n'avait lui aussi plus de gorge ;

- un blitzer avait manqué de se faire arracher tout le cuir chevelu.

Si la cote de Sire Fulbert auprès des fans (et des bookmakers) explosa ce jour là, le Baron Maurice de la Hune fit appliquer des consignes très strictes :

- à chaque match, Sire Fulbert devrait, par tous les moyens possible sauf mettre en danger ses co-équipiers, rejoindre la zone d'en-but adverse et y attendre le ballon. Il avait toute latitude ensuite pour se défendre contre toute agression adverse.

- à chaque match, Sire Fulbert devrait, sauf circonstance exceptionnelle, porter un heaume intégral.





Il parait que dans les premiers temps, les journalistes raillèrent le Baron Maurice de la Hune, se moquant du fait qu'il avait littéralement mis une "muselière" à Sire Fulbert... Ce à quoi il répondit que c'était tout à fait le cas. On dit aussi que parmi les équipes skavens, il est surnommé "le Fléau" en raison du taux de mortalité bien supérieur à sa moyenne habituelle qu'il inflige à leurs membres... En effet les skavens détestent un humain qui passe pour être aussi rapide qu'eux et qui prend un malin plaisir à les démembrer...

Les spéculations les plus folle courent de nouveau sur Sire Fulbert de Pavie-Macquin depuis que ce dernier a refusé cette année un des plus gros contrats de publicité jamais proposé à un joueur de seconde ligue de Blood Bowl : en effet, la marque bretonnienne de bain moussant "Chat'mouss !!" lui avait proposé de devenir son égérie durant la prochaine saison... Mais malgré un contrat à six chiffres, Sire Fulbert a refusé tout net en disant "J'aime pas les bains, a fortiori le bain moussant. Je fais toujours une toilette pratique et sommaire... Une toilette de chat en somme"...






SIRE GISCARD DE LA MONDOTTE (MAILLOT N°7)




Tous les bookmakers et les journalistes sportifs sont (pour une fois) totalement d'accord : Sire Giscard de la Mondotte était déjà l'un des meilleurs receveurs du circuit bretonnien en dépit des moyens relativement modestes d'une équipe comme les Golden Crows d'Aquitanie... mais actuellement il laisse tout son talent s'exprimer lors des matches avec des équipes du circuit extérieur. En une occasion absolument sensationnelle l'année dernière, il est parvenu à distancer durant dix secondes Olwynn Finbouleau, le receveur des Loren Leafs' Tempest (Elfes Sylvains). 

Si tous les acteurs du monde du Blood Bowl louent les qualités sportives exceptionnelles de Sire Giscard (et plusieurs sponsors, dont le légendaire Orcidas semblent s'intéresser très sérieusement à son parcours actuel), beaucoup ont du mal à le croire lorsque, durant ses interviews, il se contente d'indiquer que son secret réside uniquement dans des séances quotidiennes (même durant ses vacances !) de footing intensives de plusieurs dizaines de kilomètres.

Ils ont à la fois tort et raison. Si Sire Giscard dit pourtant la vérité, il ne la dit pas entièrement...





Le fief de la Mondotte a toujours donné au royaume de Bretonnie des hommes de valeur dotés d'une très grande fierté. D'une trop grande fierté diraient certains. Quand aucun membre de la lignée des Mondotte n'est dans les parages. Si la bravoure, la vaillance et l'habileté martiale de cette famille n'a jamais été remise en question d'aussi loin que les chroniques royales s'en souviennent (certains membres ont été distingués par le Roy de Bretonnie en personne), la fierté extrême qui semble les animer a souvent abouti à des violentes querelles nécessitant d'être lavées dans le sang sur-le-champ pour des prétextes communément admis comme futiles ou sans conséquence.

Certains se souviennent de Sire Godefroi de la Mondotte qui, il y a deux siècles, est entré en guerre ouverte contre son voisin, la famille de la Tremblade, uniquement parce que le jeune Seigneur Gilles de la Tremblade ne s'était pas incliné plus bas que lui. Étant d'un rang social supérieur, le Seigneur Gilles avait observé l'étiquette mais Sire Godefroi étant plus âgé que lui de cinq ans, ce dernier entendait qu'on respectât l'âge avant le titre. Après deux ans de conflit, ayant ravagé les deux domaines et de guerre lasse (au sens littéral du terme), Le Seigneur Gilles préféra reconnaître la justesse de la position de son fier voisin plutôt que de risquer de perdre la face en raison d'une intervention royale... Ou une annihilation totale.

Ainsi sont faits les membres de la famille de la Mondotte.





Sire Giscard, troisième fils du Seigneur Clothaire de la Mondotte (après Sire Claudomir et Sire Claude), a toujours été pleinement conscient de son rang de naissance qui, sauf caprice particulièrement tragique du destin, ne le porterait jamais à la tête du domaine familial. En revanche, il a hérité du caractère particulièrement bouillonnant qui fait la réputation de sa famille. En conséquence, il a décidé très tôt de quitter le château familial pour la vie aventureuse de chevalier errant, espérant gagner par sa valeur ce que sa naissance lui interdisait.

L'histoire de Sire Giscard de la Mondotte, chevalier errant, aurait pu être semblable à celles de nombreux autres jeunes nobles de sa trempe : de hauts faits, une bravoure chantée par les troubadours... Ou plus sûrement une mort solitaire des mains d'une des monstruosités hantant les plus profondes forêts du royaume... Ou d'une bande de pillards...

Mais il semble que le Dieu Nuffle lui-même avait d'autres projets pour lui.

Un jour, alors que Sire Giscard chevauchait à bride abattue pour aller au-devant de ce que sa destinée lui réservait, il manqua de renverser au détour d'un chemin une vieille paysanne qui ployait sous le fardeau d'un gros fagot de bois. La vieille s'effondra dans le fossé et Sire Giscard eut toutes les peines du monde à calmer son destrier qui ne cessait de se cabrer. 

Pris de colère, il s'adressa, du haut de son cheval, à la paysanne :

"Hé bien la vieille !? Ne peux-tu donc pas faire place lorsqu'un chevalier va son chemin ?! Par ta faute, j'ai failli t'estourbir et j'ai manqué de chuter ! Vois comment j'ai grand peine à calmer ma monture ! Tu mériterais que je te châtie pour cela !"

"Pardonnez-moi, gentil Seigneur" répondit affolée la vieille paysanne qui, toujours allongée dans le fossé, ne parvenait pas à en sortir ; "je suis vieille, mes forces sont bien maigres face à ce lourd fagot et mes jambes ne sont plus aussi lestes qu'auparavant : j'ai bien entendu le bruit de votre cavalcade mais j'ai manqué de temps pour vous laisser le passage... Auriez-vous l'amabilité de m'aider à me relever, gentil Seigneur ?"

"Et quoi encore, la Vieille ?" Se contenta de répondre Sire Giscard sans même descendre de cheval. "Je suis le chevalier Giscard de la Mondotte, tâche de t'en souvenir car j'ai décidé d'aller chercher fortune et gloire afin de faire honneur à ma famille !! Ce n'est pas en passant mon temps à remettre sur leurs pieds tous les roturiers qui ne s'écartent pas prestement sur mon passage que je vais y parvenir !! Tiens, voilà un quignon de pain et un morceau de lard pour agrémenter ta pitance car il ne sera pas dit que Sire Giscard de la Mondotte ait laissé une paysanne malhabile dans le besoin. Remets toi debout et que cette histoire te serve de leçon !! Tu as de la chance que je me montre clément : chez moi, mon Père a fait donner le fouet pour moins que ça !! Adieu !!"

Et après lui avoir jeté un morceau de pain et une tranche de lard qu'il gardait dans un linge à sa ceinture, Sire Giscard tourna bride, éperonna son destrier et sans fut au galop dans un nuage de poussière et sans un regard en arrière.





Après avoir chevauché toute la journée et sans avoir rencontré personne d'autre (et sans avoir rencontré une situation favorable à lui rapporter fortune et gloire), il trouva un endroit favorable pour se sustenter et passer la nuit. Deux arbres tordus procuraient, par leur feuillage, un couvert contre l'humidité de la nuit et un petit cours d'eau promettait rafraichissement et détente. Alors qu'il venait d'ôter la selle de son cheval, Sire Giscard fut soudain pris d'un mal étrange : ses jambes se mirent en marche toutes seules et le voilà qui partit d'un bon pas laissant derrière lui son destrier et son bagage, quelques soient ses efforts.

Incapable de se contrôler, ses jambes le portèrent loin, longtemps et à travers différents reliefs du paysage. En plein milieu de la nuit, dans une contrée totalement inconnue, le mal étrange libéra ses jambes et il ne put que s'effondrer là, dans son armure, totalement ivre de fatigue. 

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, la journée était passablement entamée et le soleil était déjà très haut dans le ciel. Complètement seul et perdu, Sire Giscard ne put trouver d’explication à ce qui lui était arrivé. Pris de faim et de soif, il vida d'un trait la gourde qui pendait à sa ceinture et mangea quelques biscuits écrasés qu'il avait dans une sacoche... Le reste de ses provisions étant demeurées avec son cheval. Tâchant de repérer les traces qu'il avait laissées en venant ici, il entreprit de refaire le chemin en sens inverse pour tenter de récupérer ses biens.

La journée ne fut pas des plus réjouissantes : le soleil était chaud et il était obligé de garder une grande partie de son armure, n'ayant pas son cheval pour le soulager. Si par chance il avait conservé son épée dans son baudrier, elle ne lui fut pas d'une grande aide pour chasser car son arc était resté attaché à la selle de son cheval. Sire Giscard résolut donc de faire son repas de quelques baies et racines trouvées en chemin. quelques heures de marche fatigante plus tard, il entreprit de faire une halte auprès d'un petit cours d'eau pour remplir sa gourde et se reposer un moment.

L'épuisement de la journée, combinée à celui de la veille, fit qu'il s'endormit rapidement, ne se réveillant qu'au crépuscule en raison de la faim qui lui tenaillait le ventre. Voyant qu'il ne pourrait pas aller plus loin aujourd'hui, il se résigna à chercher quelque nourriture dans les environs. Alors qu'il se préparait à manger un repas un peu plus amélioré que celui du matin (il avait eu la chance de trouver quelques touffes de cresson en bordure du cours d'eau), voilà que le même phénomène se produisit !!





Ses jambes s'animèrent toutes seules et Sire Giscard repartit (par chance dans la direction qu'il estimait être celle où il retrouverait son cheval et son bagage) sans qu'il puisse rien n'y faire. Si la marche forcée en armure de la veille avait déjà passablement endolori son corps, celle-ci fut un véritable enfer : ne pouvant retenir des larmes tant de rage que de douleur, il eut l'impression qu'on le rouait de coups sans pouvoir y changer quoique ce soit. 

Il se réveilla le lendemain dans des fourrés sans même avoir eu le souvenir de s'être arrêté là. Le soleil était de nouveau haut dans le ciel et il avait déjà l'impression de cuire dans son armure. Chaque mouvement lui causa une douleur intolérable. En jetant un coup d’œil aux alentours, il se rendit compte qu'il était, par chance, revenu près de l'endroit où il avait escompté passer la nuit avec son cheval... il y a deux jours... Deux jours qui lui semblaient une éternité de souffrance.

Se trainant péniblement jusqu'au petit cours d'eau, il y plongea la tête avec délice et but longtemps. Enfin désaltéré, il prit enfin un peu de temps pour examiner son environnement. Son cheval était invisible. Soit il s'était enfui, soit il avait été "récupéré" par quelqu'un. Sa selle était toujours à l'endroit où il l'avait laissée, de même que la couverture dont il se servait pour la nuit... Mais visiblement, les animaux sauvages avaient abondamment profité de ses provisions : les sacs étaient éventrés et ce qui restait de leur contenu était désormais maculé de terre... 

C'est alors qu'il se rendit compte qu'il n'était pas seul.





Une femme était assise sur une pierre à quelques mètres de lui et le regardait fixement. En  regardant plus attentivement, il fut surpris de constater que c'était la vieille au fagot qu'il avait manqué de renverser deux jours auparavant !! Quand celle-ci nota sa surprise, elle prit la parole :

"Hé bien ? Comment donc va le fier et fringuant chevalier Giscard de la Mondotte, parti chercher fortune et gloire afin de faire honneur à sa famille ?" Interrogea t'elle en singeant ses propres mots. "Le voilà dans un équipage tel que sans nul doute possible les troubadours et ménestrels chanteront bien haut ce haut fait d'armes : un chevalier sans cheval dormant dans la poussière, affamé et cuit par le soleil... Les damoiselles s'en souviendront longtemps pour sûr..." continua t'elle d'une voix moqueuse.

"Mais... je..." tenta de répondre Sire Giscard.

"Tais-toi !" le coupa la vieille femme d'une voix étonnamment forte et claire pour son âge. "Tu n'as que trop parlé jusqu'à présent et le temps est venu pour toi d'écouter... Et d'apprendre. Sache, chevalier Giscard de la Mondotte, que tu t'es bien mal conduit envers moi. Tu ne vois pour le moment qu'une vieille femme en haillons peinant sous le fardeau de son fagot de bois... Mais à présent, que vois-tu ?"

Abasourdi, Sire Giscard vit qu'en lieu et place de la vieille femme, se tenait à présent une grande et belle dame très richement vêtue qui ne devait pas avoir plus d'une trentaine d'années et au regard perçant.

"Ainsi donc, chevalier Giscard de la Mondotte, au nom de la recherche de la fortune et de la gloire, tu t'autorises à prendre des libertés avec les règles les plus élémentaires du Code de la Chevalerie ? Depuis quand un chevalier pense t'il prétendre à l'idéal chevaleresque en ne prenant même pas la peine de secourir une pauvre vieille femme accablée par l'âge et l'ouvrage ? Ne daignant même pas descendre de cheval pour l'aider mais au contraire, de la menacer du fouet pour la hâter ? Crois tu donc que les Damoiselles du Graal t'attendent, prêtes à se pâmer devant tant de vertu et de piété ?" interrogeait implacablement la Grande Dame. Elle semblait parler d'une voix égale mais chaque mot sonnait comme des cris aux oreille de Sire Giscard.

Incapable de répondre, Sire Giscard fixa la Dame qui poursuivit :

"Tu as gravement fauté envers le Code de la Chevalerie et la Dame du Lac, chevalier Giscard de la Mondotte et tu vas apprendre une très grande leçon : celle de l'humilité. Tu n'as pas voulu descendre de cheval pour aider une vieille femme en détresse sur le bord de la route ? Hé bien à compter de ce jour, je te condamne à marcher pour deux jusqu'à ce que tu aies pris la mesure de ton mauvais comportement"

La dame émit un sifflement et Sire Giscard vit alors avec une stupeur mêlé d'émerveillement une licorne d'une blancheur éclatante  sortir de derrière les arbres et se tenir aux côtés de la Dame. Celle-ci la monta prestement et sans effort et le regarda de haut :

"Va, chevalier Giscard de la Mondotte. Continue ton chemin et tâche d'apprendre. Oh, on dirait que tu as faim... Tiens, prend". Elle tira de sa ceinture un petit paquet de tissus qu'elle lui jeta. Voilà le quignon de pain et le morceau de lard que tu m'as jetés si négligemment naguère... Voilà une pitance que tu réservais à la roture qui te semblera un véritable festin comparé à ces deux derniers jours...  Car il ne sera pas dit qu'une Damoiselle du Lac aura laissé le chevalier Giscard de la Mondotte dans le besoin..." et avant que ce dernier ne puisse répliquer, la Damoiselle se détourna et parti sans un regard en arrière... Laissant Sire Giscard face à lui-même.





Depuis lors, Sire Giscard a poursuivi son chemin, au sens propre comme au sens figuré. Il s'est aperçu avec le temps que s'il marchait de lui-même très tôt dès le matin et d'une distance suffisante, l'enchantement lancé par la Damoiselle du Lac le laissait en paix pour le reste de la journée... Et il avait l'assurance de se réveiller à l'endroit qu'il avait choisi pour dormir. C'est à la suite de ses pérégrinations forcées qu'il poussa un jour les portes des locaux des Golden Crows d'Aquitanie.

Le Baron Maurice de la Hune, mis au courant de l'histoire toute particulière de Sire Giscard, nota immédiatement le gros potentiel qu'il y avait à tirer d'un joueur qui présentait toute les qualités pour être l'un des meilleurs receveurs qu'il ait jamais vu... Et la formidable possibilité d'attirer l'attention de la Dame du Lac, ce qui est toujours bon à prendre.

Sire Giscard a fait de sérieux efforts pour améliorer son comportement, ainsi que de considérables donations numéraires aux œuvres des Damoiselles du Lac... Mais jusqu'à présent, il n'en a pas encore vu les fruits. Il faut dire aussi qu'il n'a toujours pas compris que l'aboutissement à l'idéal chevaleresque doit s’effectuer dans le désintérêt le plus total et non pour la recherche d'un quelconque bénéfice personnel... Toutefois, depuis quelques mois, Sire Giscard a remarqué que parmi les fans des Golden Crows, un groupe de Damoiselles du Lac suivait assidûment les matches durant lesquels il jouait... Et qu'à plusieurs reprises, il a échappé "par miracle" à une mort certaine ou un mauvais coup...






LES BLITZERS DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE





SIRE ORICLE DE LA FLEUR CARDINALE (MAILLOT N°12)




Sire Oricle de La Fleur Cardinale avait a priori tout pour devenir un jour un Seigneur bretonnien traditionnel... Mais le brillant avenir auquel il était promu lui a été retiré - littéralement - du jour au lendemain.

Le paradoxe vient du fait que cette déchéance n'est même pas de son propre fait.

A la différence de bon nombre de membres des Golden Crows, Sire Oricle était l'aîné du fief de La Fleur Cardinale, celui que le destin avait choisi pour succéder un jour à son père pour perpétuer la glorieuse histoire familiale (certains de ses ancêtres ont été hommes-liges du Roy en personne). Fier, fort, respectueux du code de l'honneur chevaleresque, il était devenu un chevalier bretonnien accompli et s'il n'est pas devenu un Chevalier de la Quête du Graal (et tout le monde s'accordait pour dire que la Dame du Lac l'aurait béni sans l'ombre d'un doute) c'est qu'il avait eu le courage de renoncer à cet aboutissement personnel ultime pour prendre les rênes des terres familiales le moment venu.

Aimé de ses parents comme des gens partout dans le domaine de La Fleur Cardinale, respecté et apprécié des Seigneurs frontaliers, il espérait remplir son devoir aidé de son frère Tristan, son cadet d'une année tout juste, du mieux qu'il pouvait.

Hélas, Sire Oricle devait apprendre une dure leçon du destin.

Alors qu'il était en visite dans les terres des voisins de La Fleur Cardinale peu avant son dix-huitième anniversaire, une coutume dans sa famille voulait que les successeurs du Seigneur devait aller officiellement se présenter aux voisins avant d'être valablement reconnu et associé à la conduite des affaires, une troupe de gens d'armes de La Fleur Cardinale vint en hâte vers lui et lui délivra deux messages :

- Le premier était que Gaston de la Fleur Cardinale, son Seigneur et père, avait trouvé la mort par empoisonnement deux jours auparavant.

- Le deuxième est qu'il était dès cet instant mis aux arrêts sur ordre de son frère Tristan et sommé de rentrer son bonne garde au Château de La Fleur Cardinale pour répondre du chef d'accusation de crime aggravé de parricide.





Dans le plus grand émoi, Sire Oricle obéit à l'injonction, persuadé de pouvoir faire toute la lumière sur ce funeste événement et la troupe repartit sur-le-champ. En rentrant sur les terres familiales, il s’aperçut que tout le monde lui jetait des regards hostiles, rentrait précipitamment chez lui en claquant la porte, quelques-uns le traitèrent de fils indigne, de traitre et de parricide et quelques manants crachèrent sur son ombre avec un dégoût sans équivoque. Alors que tels comportements auraient valu à leurs auteurs un châtiment exemplaire immédiat, son escorte ne fit aucun geste et leur action se borna à écarter la populace qui se montrait un peu trop entreprenante.

Sire Oricle passa les portes du château familial dans la confusion la plus totale. A l'intérieur, l'ambiance était tout aussi morose et l'hostilité à son encontre était plus que palpable. Il ne fut pas autorisé à regagner ses appartements pas plus qu'il ne fut autorisé à voir la dépouille de son père : son frère avait ordonné qu'il soit placé en cellule "pour éviter toute fuite".

Dès le lendemain, Sire Oricle fut conduit devant un tribunal extraordinaire, présidé par son frère Tristan et tous les dignitaires du domaine : le Prévôt, le Notaire, le Médecin, le Chef des Serfs... Et tout le monde fut réuni dans la grande salle du château. L'assemblée était nombreuse, agitée et très menaçante.

Le Notaire fit lecture des faits et le Prévôt rappela que le tribunal exceptionnel était réuni pour juger Sire Oricle, accusé du crime aggravé de parricide et du crime d'assassinat par empoisonnement sur la personne d'un noble, Sire Gaston, Seigneur du Domaine de La Fleur Cardinale.

Les preuves du forfait furent accablantes : il fut produit la timbale dans laquelle son père avait bu et qui empestait l'arôme doux-amer d'amande, révélant la présence incontestable de l'arsenic ; la bouteille de vin dont le Seigneur Gaston s'était servi : elle lui avait été offerte quelques jours plus tôt par Sire Oricle, présentée comme un cadeau offert par un voisin frontalier après qu'il ait été s'y présenter avant sa majorité ; une correspondance abondante retrouvée dans les quartiers de Sire Oricle dans laquelle il révélait sans ambiguïté à un certain Albus Oldswarth, apparemment un riche marchand impérial, son impatience à devenir le seul Seigneur et Maître de La Fleur Cardinale et son intention de "hâter" la passation de pouvoir. Une réponse du marchand Oldswarth était elle aussi sans équivoque possible : elle informait Sire Oricle que, selon ses consignes, la mixture jointe à la missive ferait son office rapidement et qu'il n'avait qu'à la mélanger à du vin pour en dissimuler le parfum.

Quand Sire Tristan hurla à Sire Oricle de répondre de ses actes, ce dernier plaida fermement l'innocence et dénonça un complot monté de toute pièces. 

Le tollé qui s'en suivit fut tel qu'une partie de l'assistance fut évacuée (dont Dame Lisanne, veuve du Seigneur Gaston et mère de Sire Oricle et Sire Tristan, évanouie à la lecture des faits) pour éviter une émeute séance tenante de la foule qui réclamait à cors et à cris la mise à mort de Sire Oricle. De multiples témoignages furent produits :

- celui du Scribe en Chef qui identifia formellement l'écriture et la signature de Sire Oricle ;

- celui du chef de son escorte qui attestait que la bouteille de vin incriminée avait bien été offerte au Seigneur Gaston par Sire Oricle quelques jours auparavant et que celle-ci n'avait pas quitté ses quartiers avant ça ;

- ceux, nombreux, de divers roturiers qui juraient avoir vu plusieurs fois les mois précédents, Sire Oricle s'entretenir avec un étranger richement habillé et ayant l'accent rugueux impérial : qui au détour d'un chemin, qui s'en revenant du travail des champs à la nuit tombée, qui en sortant d'une taverne... etc etc etc...

Lorsque Sire Oricle opposa qu'il ne connaissait aucun marchand nommé Albus Oldswarth et exigea qu'on l'amène sur-le-champ, Sire Tristan lui rétorqua que c'était inutile : le nommé Albus Oldswarth avait été arrêté la veille au matin à la frontière de La Fleur Cardinale alors qu'il tentait de fuir. Il avait été soumis à la Question et avait tout avoué : il avait signé sa déposition enregistrée par le Prévôt avant d'être condamné à mort par pendaison.





Sire Oricle demanda alors de bénéficier de l'ordalie par les armes et que le tribunal extraordinaire désigne le champion qu'il affronterait en duel... Mais ce dernier recours, en général accordé à un noble, lui fut impitoyablement refusé : "Pour l'amour de notre Mère et pour éviter que le déshonneur de notre famille ne s'accroît davantage, les preuves sont suffisamment accablantes comme cela et il est inutile de prolonger plus longtemps ton existence de criminel. Tu es condamné à la mort par décapitation et la sentence sera exécutée demain dès potron-minet ! Ce tribunal te déchoit dès à présent de ton droit d'aînesse et de toutes prétentions sur le nom de La Fleur Cardinale. A compter de cet instant, je suis le Seigneur de La Fleur Cardinale. La justice a été rendue" lui répondit Sire Tristan.

Sire Oricle fut reconduit sans ménagement dans sa cellule sous les insultes et les crachats de l'assemblée et les gens d'armes eurent fort à faire pour éviter qu'il ne soit lynché dans la grande salle du château.

Inutile de dire que la dernière nuit de Sire Oricle fut cauchemardesque : les gardes se relayaient pour l'insulter et l'empêcher de dormir, il sombra dans le désespoir en se demandant comment sa situation en était arrivé là... Il ne voulait surtout pas écouter une petite voix intérieur qui avait semé le doute en lui, doute qui grandissait davantage à chaque instant : se pouvait-il, en repensant à l'enchainement des événements, par le plus odieux des hasards, que son propre frère, Sire Tristan, ait œuvré dans le but de prendre sa place, n'hésitant pas une seconde à faire assassiner son propre père et bientôt lui-même son propre frère ?

Alors qu'il s'était allé à sombrer dans un sommeil enfiévré ne lui procurant aucun repos, il fut tiré de sa prison aux premières heures de l'aube afin d'être conduit dans la chapelle du domaine, un peu à l'écart du Château : tout condamné à mort, sur les terres de La Fleur Cardinale, avait le droit de recommander ce qu'il restait de son âme à la Dame du Lac avant d'être exécuté et si le tribunal extraordinaire lui avait dénié le droit de recourir à l'ordalie par les armes, il n'avait pas osé lui refuser ce dernier moment d'intimité.





Alors qu'il était en plein recueillement le serviteur chargé de lui faire revêtir la robe du condamné lui glissa rapidement à l'oreille :

"Levez-vous vite, vous n'avez pas beaucoup de temps. Certains savent que vous êtes innocent mais votre frère veut prendre la tête de la Seigneurie de La Fleur Cardinale. Il a déjà eu celle de feu votre père et si vous ne vous hâtez pas, il aura très bientôt la vôtre !"

"Mais ? Qui êtes vous ? Je ne peux pas m'enfuir en laissant ma mère comme ça !"

"Vous ne pourrez rien faire de plus pour elle en attendant ici de vous faire décapiter !! De toute façon, votre mère ne représente absolument aucun danger pour votre frère car il lui a fait croire à votre complète culpabilité. Laissez là à son chagrin, ceux qui lui sont fidèle l'aideront du mieux possible.  Un cheval vous attend dehors avec des vêtements et quelques provisions, les gardes sont dans la confidence et regarderont ailleurs. Nous ferons croire à votre évasion. Pour l'amour de votre mère partez sur le champ et ne revenez que lorsque vosu le pourrez ou pas du tout !!"

Lorsque Sire Oricle regarda prudemment au dehors de la chapelle, il vit qu'effectivement un cheval avec quelques sacoches à la selle... Et les gardes semblaient être très absorbés par le paysage sans surveiller un seul instant la porte. Sire Oricle ne se posa plus de question : il couru au cheval, l'enfourcha et piqua des deux pour le lancer au triple galop. Les gardes n'avaient absolument pas réagi. Ce ne fut qu'une fois passé la première colline qu'il entendit au loin des clameurs et l'aboiement des limiers lancés à ses trousses...





Trois semaines plus tard, les Golden Crows d'Aquitanie faisaient rentrer sur le terrain leur tout nouveau blitzer : un certain Oricle de La Fleur Cardinale, pour la plus grande joie des fans : cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas vu un joueur à ce poste aussi violent et déterminé à stopper toute initiative de l'équipe adverse ! Il a même été surnommé, en rapport double avec son nom, "le fleuriste" car d'une part,il semble savoir mieux que personne comment "faire fleurir la tête de ses adversaires" d'après les journalistes du BBBB et d'autre part, il est connu pour aller fleurir la tombe des joueurs qu'il a personnellement occis bien qu'il n'ait jamais souhaité révéler le motif de cette habitude.

Ce sont désormais les feux de la vengeance qui consument entièrement Sire Oricle de La Fleur Cardinale : on lui a volé sa vie et il escompte bien la reprendre. 

Pour les autres membres des Golden Crows qui sont peu ou prou au courant de son histoire, c'est aussi une leçon constamment rappelée qu'en Bretonnie, même les aînés qui semblent destinés à un avenir en or peuvent être victimes d'un mauvais tour du destin.

Le Seigneur Tristan de La Fleur Cardinale a fait publier un communiqué officiel dans le BBBB : le joueur au maillot N°12 qui se fait abusivement appeler Oricle de La Fleur Cardinale n'est qu'un vulgaire criminel, parricide par dessus le marché, qui ne mérite que la mort. Il offre une récompense de 1 000 écus d'or à quiconque lui rapportera sa tête. Vu que les bookmakers ne cessent d'augmenter la cote de ce dernier pour les paris en raison de ses coups d'éclats, cette annonce est restée confidentielle.






SIRE RAGINARD DE FONPLEGADE (MAILLOT N°13)




Sire Raginard de Fonplegade, depuis son intégration au sein de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie au poste prestigieux de Blitzer il y a environ un an et demi, a su faire la preuve de son incontestable talent à tenir cette position. Il a réalisé un très beau début de saison, à tel point qu'il se murmure parmi les bookmakers que des sponsors comme la célèbre marque de soda Orca-Cola ou le fabricant d'armes nain Massetard & Fortdubras l'auraient approché pour lui faire signer de gros contrats. 

Il est vrai que réussir à associer Sire Raginard "Ragi par dessus la 3e corde à linge" de Fonplegade à une campagne de publicité rapporterait à l'annonceur de sérieuses retombées financières. Son surnom "Par dessus la 3e corde à linge" provient du fait qu'à l'occasion d'un match contre les "Kanter Minions" impériaux, Sire Raginard réussit un plaquage à la suite d'un blitz particulièrement spectaculaire et musclé : alors que l'ogre de l'équipe, Mor'Essin de Nis venant lui même d'applatir un malheureux Trois-Quart des Kanter Minions, se relevait, Sire Raginard fonça sur lui, pris appui sur le genou de l'ogre, puis son dos et sauta directement sur le capitaine adverse, le tuant sur le coup par la même occasion. Les commentateurs hurlèrent alors que Sire Raginard avait réussi à réaliser l'un des plaquages les plus hauts jamais enregistrés jusqu'à alors : plus haut que la 3e corde à linge habituellement utilisée par les lavandières. Le surnom de Sire Raginard était tout trouvé et sa renommée immédiatement assurée. Depuis lors, les fans trépignent d'impatience dans l'attente de le voir réitérer sa fameuse technique lors de chaque match.

Malheureusement, toutes les offres de sponsors essuient en général un refus poli mais ferme de la part de Sire Raginard pour la simple et bonne raison qu'il ne quitte jamais son heaume (ce qui est tout de même très problématique pour les affiches publicitaires) pour entretenir un certain mystère autour de sa personne, comme toute vedette du Blood Bowl qui se respecte. Même les autres joueurs ne connaissent que peu voire pas du tout son visage et la rumeur circule que même le coach, le Baron Maurice de la Hune, ignorerait à quoi il ressemble... Mais un tel racontar est hautement improbable.





La raison officielle à cette petite fantaisie personnelle est que Sire Raginard souhaite masquer aux yeux du public une malformation faciale de naissance (et les spéculations vont bon train sur la nature de celle-ci : maladie de peau ? Bec de lièvre ? Mutation ? Rien ? Les paris sont ouverts depuis longtemps, les cotes s'envolent comme jamais mais tant que Sire Raginard n'aura pas daigné retirer son heaume, le mystère reste entier). Bien entendu, un fan-club féminin s'est immédiatement constitué pour inonder le siège des Golden Crows de lettres d'admiratrices enflammées lui promettant le mariage, que les sentiments priment sur l'apparence etc etc etc... Mais là aussi, Sire Raginard a repoussé toutes les demandes en ce sens.

La raison officieuse à cette petite fantaisie personnelle est que Sire Raginard... N'est pas Sire Raginard. C'est en fait un roturier, Lucien Dangle, initialement apprenti-boucher de son état (il était destiné à reprendre l'activité de son père) dans un hameau perdu au fin fond de l'Aquitanie, mais en fuite pour crime de braconnage sur les terres de son seigneur (un sanglier). S'il n'a jamais été rattrappé par les hommes de son seigneur (il a tué à mains nues plusieurs de ses molosses lancés à ses trousses ainsi que deux ou trois gardes par la même occasion) pour subir son châtiment (le "branchage" ou pendaison), Lucien savait pertinement qu'il ne pourrait plus jamais revenir chez lui.





Il a survécu en vivant caché le jour dans la forêt, se déplaçant la nuit au gré de ses envies, braconnant et pratiquant occasionnellement la rapine dans les fermes reculées... Il aurait pu devenir un coupe-jarret de plus et au terme d'une carrière de quelques mois, la potence aurait mis un arrêt définitif à son existence... Mais le destin (ironique, comme Lucien s'en rendrait compte plus tard) en décida autrement. Un soir, alors qu'il s'apprétait à reprendre son errance, Lucien entendit des clameurs non loin de son refuge de fortune. Pensant qu'il avait été enfin découvert par les hommes de son ancien Seigneur, il s'enfuit à l'opposé... Jusqu'à ce qu'il se rende compte que les clameurs se poursuivaient mais ne le suivaient pas. Intrigué, il retourna sur ses pas et se dirigea dans la direction du bruit.

Il fut fort étonné du spectacle qu'il vit : un chevalier était pris à parti par six mânants armés de bric et de broc. Le chevalier avait été très sérieusement blessé par une flèche fichée au côté droit, son bouclier gisait par terre, son bras gauche pendant le long du corps, manifestement brisé et son destrier couché sur le flanc avec trois flèches dépassant de son cou et de son poitrail, ne se relèverait plus. Le noble n'en avait plus pour très longtemps et les marauds feraient un joli bénéfice en récupérant les effets de bonne facture du chevalier (et un bon festin à base de viande de cheval). Les temps étaient toujours durs pour la roture et un noble isolé et sûrement loin de ses terres allait très certainement se rendre compte que sa particule nobiliaire ne le protègerait que peu face à des ventres vides, l'envie et la haine de ceux qui ne sont pas bien nés.

Contre toute attente et tout bon sens, Lucien se lança dans le combat et vint prêter main forte au chevalier (espérant qu'en cas de victoire, ce dernier le prendrait peut être à son service, mettant fin à ses errances) : pris de surprise, trois des assaillants périrent sous les coups de hachoir, seul outil en métal de taille respectable que Lucien avait conservé depuis le début de sa fuite. Les deux suivants eurent fort à faire car Lucien n'était pas seulement un très bon apprenti-boucher : la fuite perpétuelle et la survie en pleine nature hostile couplée à une absence totale d'hygiène depuis des mois l'avait transformé en bête sauvage. Ce soudain renfort favorable au chevalier à la tombée de la nuit poussa ses deux adversaires à prendre la fuite... Mais pas suffisamment rapidement pour être rattrappés et proprement équarris. Le dernier des agresseurs avait été occis par le chevalier lui-même profitant du fait que son attention avait été détournée par la soudaine arrivée de Lucien.

Le Chevalier, qui se présenta sous le nom de Sire Raginard de Fonplejade, cru que Lucien n'était qu'un assaillant de plus qui convoitait ses possessions (en un sens, ce n'était pas très éloigné de la réalité) et se prépara à défendre le peu qui lui restait de vie... Mais Lucien, restant prudemment en retrait et bien au-delà de l'allonge de l'épée du noble, lui indiqua qu'il n'était pas venu pour le voler mais lui demander de le prendre à son service comme valet.

Surpris par le caractère incongru de cette demande après de terribles affrontements dont la mort avait été la grande gagnante, Sire Raginard laissa tomber son épée, s'effondra finalement là où il était, n'ayant plus la force de se mouvoir avec son armure et incapable de se tenir debout plus longtemps. Il retira son heaume à grand peine et demanda à Lucien de lui apporter l'outre de vin pendue à la selle de son cheval. L'ardeur des combats l'avait assoiffé.

Lucien rangea son hachoir et apporta au noble l'outre de vin. Après de longues gorgées, ce dernier tendit l'outre à Lucien et lui offrit du vin en remerciement pour l'avoir aidé. Après des mois d'errances incessantes, ce liquide fut un véritable nectar divin pour le palais de Lucien. Puis, sans plus de cérémonie, il repris son hachoir, se dirigea vers le destrier mort et entreprit de découper promptement plusieurs grosses pièces de viande sur la carcasse : avant peu, les bêtes sauvages viendraient en quête du véritable festin que promettait ces trois cent kilos de bonne chair fraîche et sa vie aventureuse lui avait enseigné à la dure qu'il ne fallait jamais passer à côté de l'occasion de faire un bon repas et, si possible, avoir de quoi s'assurer du suivant.

Sire Raginard le regarda faire sans rien dire : de toute façon il savait que la blessure causée par la flèche à son côté était mortelle (chaque respiration devenait plus difficile que la précédente et les filets de sang qui s'échappaient par intermittence de sa bouche devenaient plus abondants) et qu'il n'en aurait plus pour longtemps avant de rendre l'âme. Il était donc inutile d'endurer davantage de souffrances en tentant de la retirer. De toute manière, il aurait été bien incapable de chasser ne serait-ce que les quelques mouches qui commençaient à lui tourner autour.

Lucien, son travail de boucherie terminé, revint vers Sire Raginard et commença à allumer un feu : non seulement il mangerait une excellente viande de cheval rôtie aujourd'hui mais il fumerait le reste pour s'assurer une meilleure conservation de ses provisions. Une fois le repas prêt, il savoura le goût de cette pitance qui n'avait rien à voir avec le gibier qu'il avait consommé jusqu'à présent. Il en donna également à Sire Raginard (il y en avait bien assez pour deux) et ils mangèrent en silence pendant un long moment.





A la fin de ce repas improvisé, Sire Raginard commença à raconter son histoire sans préambule à Lucien qui se contenta de le regarder. Les mots venaient parfois difficilement car le souffle manquait de plus en plus à Sire Raginard et il faisait fréquemment des pauses pour cracher le sang qui lui coulait à présent continuellement de la bouche.

Sire Raginard raconta alors qu'il était le dernier-né d'une famille de quatre enfants au domaine de Fonplegade. Sa mère, Dame Eleonore, était morte juste après lui avoir donné naissance et il avait grandi avec ses deux frères ainés et sa sœur sous la férule du Seigneur Méalde de Fonplegade, baron colérique et extrêmement belliqueux qui s'était mis tous ses voisins à dos lorsqu'il avait décidé d'étendre ses possessions territoriales depuis quelques années. Il avait tenté de marier de force sa fille, Damoiselle Ysandre, à l'un de ses voisins pour s'assurer un allié puissant mais cette dernière s'était enfuie et avait préféré se faire Damoiselle du Graal pour lui échapper. Sa fille hors d'atteinte (aucun bretonnien, noble de surcroît, n'aurait été assez fou pour violenter une Damoiselle du Graal sans encourir sur-le-champ la fureur de la Dame du Lac), le Seigneur Méalde de Fonplegade devint encore plus colérique et décida d'entrer en guerre ouverte contre la famille avec qui il aurait dû conclure le mariage arrangé de sa fille.

Sire Raginard narra alors à Lucien que son père n'avait envisagé aucun autre plan de bataille que de lancer un assaut frontal contre la place-forte voisine. Comme cela était prévisible, le Seigneur voisin fit replier ses gens dans sa forteresse et fit grand usage de flèches, trébuchets et autres armes à distance qui décimèrent l'armée de Fonplegade avant d'envoyer la cavalerie sur les rares survivants. Sire Raginard raconta alors avoir vu son frère le plus âgé être jeté à bas de son destrier par le Seigneur ennemi alors que son fils, celui qui aurait dû être son futur beau-frère, fit vider les étriers à son deuxième frère. Face à toute cette folie, Sire Raginard décida de prendre la fuite et de quitter à jamais les terres qui l'avaient vu naître pour aller chercher meilleure fortune au sein de l'équipe de Blood Bowl des Golden Crows dont on disait que le coach embauchait n'importe quel noble sans poser de question pourvu que le prétendant puisse tenir son poste.

Juste avant de quitter le champ de bataille, Sire Raginard vit son père le prendre en chasse avec son destrier, lui hurlant toute sa malédiction pour son manque de courage... Avant de le voir périr d'une flèche perdue qui lui traversa le heaume, lui offrant une mort sans gloire pour toutes les folies dans lesquelles il avait précipité sa famille. A l'heure actuelle Sire Raginard ne se faisait aucune illusion : le château familial devait très certainement être aux mains de l'ennemi et aucun autre voisin ne trouverait à redire, trop heureux de voir les velléités expansionnistes de la famille de Fonplégade définitivement enterrées avec tous ses membres.

Sachant qu'il ne lui restait que quelques minutes encore à vivre, Sire Raginard fit promettre à Lucien de l'enterrer dignement afin d'épargner à sa dépouille les déprédations des bêtes sauvages et de tout faire pour remettre son armure et son épée à sa sœur, Dame Ysandre, désormais Damoiselle du Graal. Pour sa peine, Sire Raginard offrit à Lucien tout ce qui l'intéresserait dans ses effets personnels : vêtements, armes, argent et bijoux compris ainsi qu'une lettre de recommandation dans laquelle il attestait que Lucien était le futur valet de Damoiselle Ysandre. Après avoir rédigé très difficilement la lettre, Sire Raginard de Fonplegade expira. 

Lucien fut fidèle à sa parole en ce qu'il enterra du mieux qu'il put Sire Raginard (après tout, il avait, grâce à lui, constitué grande quantité de belles et bonnes provisions et les effets de ce dernier lui assureraient une meilleure protection contre les intempéries.

En revanche, il n'était pas particulièrement pressé de se mettre en quête de Damoiselle Ysandre : d'une part, les affaires des nobles ne regardaient que les nobles et bien souvent les roturiers qui s'en mêlaient connaissaient un sort des moins enviables (pour éviter une déconfiture publique, mieux valait faire disparaitre les preuves... Et les témoins.) et d'autre part, l'épée et l'armure de Sire Raginard n'étaient pas de mauvaise facture. Elles pourraient fournir une protection supplémentaires fort commode à sa sécurité. Enfin, si ce que lui avait dit Sire Raginard était exact, il ne se trouvait pas loin de Bordeleau, siège de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie. Par ici, nul ne devait connaître le visage de Sire Raginard, surtout s'il gardait son visage masqué... Et depuis le temps qu'il vivait en bête sauvage, il avait développer d'excellentes compétences pour se défendre. Autant continuer en ce sens mais sous les vivats de la foule et en étant grassement payé pour le faire n'est ce pas ?

Désormais, Lucien se retrouve dans une position encore moins enviable que durant sa vie de fugitif : il pensait qu'il pourrait "jouer au noble" au sein d'une équipe de Blood Bowl mais il apprit très vite que les Golden Crows n'attachent aucune valeur aux titres une fois intégré en son sein. A sa place nulle part, il joue le rôle de ce qu'il n'est pas pour être celui qu'il a toujours été : un noble ayant choisi de se débarrasser du fardeau des traditions nobles pour vivre la vie qu'il veut. Aucun de ses coéquipiers n'est au courant de sa vraie nature, le coach a bien froncé les sourcils lorsqu'il a maladroitement signé son engagement (il s'était entrainé à contrefaire la signature de Sire Raginard mais peut être pas suffisamment) mais rien n'a été dit. qui sait ce qui se passera lorsque la vérité éclatera ? Depuis lors, dans l'attente de trouver une solution, "Sire Raginard" n'a pas d'autre choix que de laisser sa frustration éclater sur le terrain de Blood Bowl... Et celle-ci s'exprime très violemment pour la plus grande joie des supporters.

Mais "Sire Raginard se demande s'il n'est pas en train de sombrer petit à petit dans la folie... Surtout depuis quelques temps... Depuis qu'il a commencé à entendre des voix... Plutôt une voix... Celle du vrai Sire Raginard de Fonplegade... Lui demandant d'aller trouver Dame Ysandre et d'honorer sa promesse...






SIRE THEODEMAR DU CANON-LA GAFFELIERE (MAILLOT N°15)




Joueurs tués : 1
Joueurs blessés : 1
Joueurs K.O. : 2


Sire Théodémar du Canon-La Gaffelière, nonobstant un très fort sens de l'honneur, apprécie un peu trop la castagne pour un noble chevalier de Bretonnie. 

Né dans les terres fameuses du fief du Canon-La Gaffelière, domaine viticole fort réputé en Aquitanie et donc dans toute la Bretonnie, il aurait pu, en temps que fils puîné, laisser s'exprimer son caractère bouillant dans l'ombre de son frère aîné en tant que chevalier errant ou, plus anecdotique, en temps que pèlerin du Graal.

Si Sire Théodémar a toujours su quelle était sa place dans l'ordre familial successoral, sans manifester de désir de promotion particulière, à la grande satisfaction de sa famille, il n'a en revanche jamais fait mystère de son tempérament belliqueux, au grand dam de sa famille. Là où sa position le destinait à endosser le rôle de premier conseiller de son frère aîné, Sire Guillaume, dans la conduite des affaires du fief, Sire Théodémar préférait davantage dispenser la justice domaniale en personne à l'encontre des coupe-jarrets et autres fesse-mathieux irrespectueux de la Loi. Lorsque la paix régnait sur le fief (ce qui était très souvent le cas en raison de son tempérament de feu), il prenait part à tous les tournois, qu'ils soient organisés dans le voisinage ou à l'autre bout du royaume.

L'insouciance de Sire Théodémar prit brutalement fin lorsque le Seigneur du domaine du Canon-La Gaffelière informa sa famille qu'à la suite d'une très mauvaise année (un hiver particulièrement rigoureux et des pluies constantes avaient anéanti la récolte de raisin, compromettant définitivement tout espoir d'en tirer du bon vin) et de la signature d'un contrat de partenariat avec la société Cacastel-Vins aux nombreux caractère minuscules qu'il aurait été préférable de lire plus d'attention, le fief familial était au bord de la banqueroute.





La première réaction de Sire Théodémar fut d'aller trouver les  responsables de Cacastel-Vins pour dénoncer de façon "musclée" ce contrat rempli de clauses abusives... Mais son père et son frère le retinrent : si l'honneur de la famille était déjà bien mis à mal, ce comportement signerait à coup sûr le déshonneur total aux yeux du royaume.

Alors que sa famille tentait par tous les moyens de trouver une solution pour se débarrasser du poids des créances à payer, la société Cacastel-Vins, un consortium viticole impérial, manœuvra de telle façon que le domaine du Canon-La Gaffelière se retrouva sous le coup d'une hypothèque avec un délai de remboursement d'une année seulement sous peine d'expulsion (le domaine représentait un véritable Eldorado pour Cacastel-Vins : il serait une vitrine commerciale formidable... pour une bouchée de pain... ou un verre de vin). Jamais, dans toute l'histoire de la Bretonnie, une famille noble n'avait été placée dans une situation si délicate par des roturiers !

Avec la mauvaise année de récolte que venait de subir le domaine, il était objectivement impossible de rembourser toutes les dettes contractées en l'espace d'un an tout juste. Toutes les parties le savaient pertinemment. Au comble du désespoir, Sire Guillaume, l'héritier du fief du Canon-La Gaffelière, se donna la mort en se jetant dans le vide du haut du donjon du château familial.

Il semblait que l'avenir de la famille du Canon-La Gaffelière était irrévocablement scellé... Jusqu'à ce que Sire Théodémar promette à son père en proie au chagrin qu'il s'engageait à solder toutes les dettes de la famille pour le terme arrêté, soit une année. Il partit sans se retourner juste après les funérailles de Sire Guillaume.





Deux semaines plus tard, Les Golden Crows d'Aquitanie publiaient un communiqué de presse dans lequel il informait que son nouveau Blitzer, Sire Théodémar du Canon-La Gaffelière, allait jouer au prochain match.

Le public ne fut absolument pas déçu. En effet, Sire Théodémar semble avoir convaincu le Baron Maurice de la Hune de la spécificité de son jeu : il ne joue pas le ballon. Jamais. En revanche, il joue les joueurs adverses tout autour. Violemment. Trop violemment pour un noble chevalier de Bretonnie... Mais pas pour un joueur de Blood Bowl.

Il avait compris que le Blood Bowl pouvait devenir une source de revenus importants à très court terme et que la cote des joueurs montait beaucoup plus vite lorsque ceux-ci en donnaient aux fans pour leur argent voire davantage. C'est pourquoi, très vite, Sire Théodémar, par ses coups d'éclats aussi bien dans les stades qu'en dehors, jeta le public dans une frénésie totale et affola complètement les bookmakers qui n'arrivaient pas à suivre les évolutions de sa cote tant celle-ci évoluait quasiment chaque jour.

Avec un savant mélange de primes de match, d'interviews exclusives vendues au plus offrant et de paris sur lui-même, sire Théodémar parvint en l'espace de quelques mois à se constituer un très joli magot qui aurait valu à n'importe quel joueur de Blood Bowl une retraite dorée anticipée... Mais d'après ses calculs, il était encore loin de pouvoir solder toutes les dettes de sa famille.

Le Dieu Nuffle semble avoir été sensible à son engagement car à peine deux mois avant le terme fixé pour solder les comptes, Sire Théodémar apprit que la société Cacastel-Vins organisait un petit tournoi de Blood Bowl sponsorisé hors-circuit traditionnel. Des rumeurs circulent comme quoi il serait allé droit au bureau du Baron Maurice de la Hune et lui aurait dit que si ce dernier inscrivait les Golden Crows à ce tournoi, il jouerait gratuitement non seulement lors de ce tournoi mais également les dix prochains matches. Le Baron Maurice de la Hune, qui hésitait en raison du caractère hors-circuit du tournoi, savait tout de même repérer une excellente affaire quand elle se présentait : Sire Théodémar était LE joueur des Golden Crows le plus en vue à ce moment là et visiblement il sentait que l'équipe était sur "un gros coup". Le soir même, l'équipe était inscrite.

Il est dit que Sire Théodémar alla chercher l'intégralité de son argent (on parle de plusieurs centaines de milliers de pièces d'or) et le misa sur lui-même. C'est une situation qui arrive très souvent quand certains joueurs de Blood Bowl sur le déclin tentaient le tout pour le tout avant de prendre leur retraite de gré ou de force. Dans le cas de Sire Théodémar, c'était beaucoup plus rare voire même du jamais vu : il était déjà reconnu dans le monde du Blood Bowl et sa situation financière était plus que confortable. C'était littéralement un pari extrêmement risqué à plus d'un titre.

Il est dit aussi que les Golden Crows parvinrent en finale du tournoi de Cacastel-Vins au terme d'une série de matches proprement ahurissantes : Les Godlen Crows n'étaient déjà pas vraiment réputés pour faire dans la dentelle dans un sport qui n'y invite que peu, mais là, ils s'illustrèrent brillamment et Sire Théodemar en fut le fer de lance. Comme à son habitude, il n'a jamais touché le ballon... En revanche de nombreux joueurs adverses touchèrent du doigt (ou des dents, ou du pied, ou de ce qu'il restait...) la fin de leur carrière de joueur et souvent elle coïncidait avec leur vie. La finale qui opposa l'équipe orc des Green Lanterns aux Golden Crows mit le feu dans les gradins lorsque Sire Théodémar massacra à lui seul 6 joueurs (dont le troll !) pendant que son équipe inscrivit sans forcer 4 touchdowns à 0.

Inutile de dire que si les Golden Crows virent leur popularité bondir de façon fantastique, la remise des récompenses se fit dans une ambiance très crispée : les officiels de Cacastel-Vins savaient très bien qu'en remettant aux Golden Crows leurs primes, ils voyaient du même coup s'envoler leurs espoirs de succès commercial basés sur le domaine du Canon-La Gaffelière : on dit que la somme totale remportée par Sire Théodémar à la suite des paris qu'il avait effectués sur lui même était tellement importante, que le coffre renforçé qui la contenait nécessitait deux ogres pour le porter. Quoiqu'il en soit, il contenait suffisamment d'argent  pour solder définitivement les dettes familiales.

Sire Théodémar avait donc honoré son engagement.

Pourtant, il n'a jamais voulu se retirer du Blood Bowl pour reprendre la succession du fief du Canon-La Gaffelière, au grand dam de sa famille. Quand les journalistes lui en demandent le motif, il répond toujours la même chose : "J'ai promis à mon père de payer les dettes du domaine familial, pas d'en devenir le prochain seigneur. Il n'a qu'à le donner en dot à ma sœur Ghislaine".

Car Sire Théodémar du Canon-La Gaffelière, nonobstant un très fort sens de l'honneur, apprécie un peu trop la castagne pour un noble chevalier de Bretonnie.






SIRE SEBASTE DE BELAIRE-MONANGE (MAILLOT N°14 - CAPITAINE)




Sire Sébaste de Bélaire-Monange est le capitaine de l'équipe des Golden Crows d'Aquitanie depuis sept ans et est également l'un de ses membres les plus anciens.

La famille Bélaire-Monange est l'une des plus anciennes et des plus renommées de toute l'Aquitanie si bien que l'on peut se demander pour quelle raison Sire Sébaste a lui aussi choisi de pousser un beau jour les portes du siège des Golden Crows... La raison en est toute simple : Sire Sébaste n'est "que" le deuxième fils du Seigneur Aldebert de Bélaire-Monange, petit frère de Sire Alfred de Bélaire-Monange.

En tant que membre d'une des plus grandes familles nobles d'Aquitanie, Sire Sébaste a connu l'enfer des traditions bretonniennes et plus encore : quelque soit le domaine, Sire Alfred passait en premier et quel que soit le sujet, un Bélaire-Monange devait être le meilleur... Et si le Seigneur Aldebert de Bélaire-Monange a tout fait pour que l'intégralité de sa maison se conforme aux traditions, Sire Alfred a tout fait pour que Sire Sébaste ne l'oublie jamais. Ainsi, dès que ce dernier montrait des prédispositions, comme dans l'archerie par exemple, Sire Alfred s'entrainait dur pour le surpasser et se faire reconnaitre comme le meilleur aux yeux de Sire Aldebert. Si Sire Sébaste tentait de se réfugier dans la musique, aussitôt Sire Alfred se mettait en devoir de composer une partition très compliquée à la vielle à roue et convoquait toute la maisonnée pour faire la démonstration de ses talents en général et la fierté de son père en particulier.

Il semblait que Sire Sebaste n'aurait jamais un domaine où briller seul tant que son frère ainé serait là. Années après années, la frustration de Sire Sébaste grandit... A tel point qu'un jour où son père et son frère étaient partis à la chasse pour plusieurs jours, il décida de quitter le château pour aller se rendre au siège des Golden Crows d'Aquitanie. Si le Blood Bowl était la grande passion de Sire Sébaste, c'était aussi le seul et unique domaine que Sire Alfred dédaignait puisqu'étant "une activité bassement roturière". Sire Sébaste avait donc eu le secret espoir de devenir joueur de Blood Bowl, quel que soit son poste, afin d'échapper au véritable étau des traditions familiales qu'il endurait depuis toujours. 

Ce jour-là, ce furent peut être la grande frustration et les grandes vélléités d'indépendance de Sire Sébaste qui s'exprimèrent... Toujours est-il qu'à la fin des épreuves de sélections, fait suffisamment exceptionnel pour le souligner, Sire Sébaste était le seul debout et apparemment indemne. Le Baron Maurice de la Hune fut tellement impressionné par sa prestation qu'il lui proposa d'intégrer les Golden Crows directement au poste de Blitzer. Cette promotion ne survient en général qu'après plusieurs séances d'entrainement particulièrement intensives et quelques matches d'essai... Mais le Baron Maurice de la Hune sentait qu'il tenait une perle en la personne de Sire Sébaste.





Quand Sire Aldebert et Sire Alfred rentrèrent de la chasse, ils trouvèrent Sire Sébaste sur le départ, son cheval sellé et ses bagages apprêtés. Il leur indiqua qu'il quittait le domaine familial dès aujourd'hui pour entamer sa carrière de joueur de Blood Bowl chez les Golden Crows au poste de Blitzer.

Il est dit que la scène qui suivit fut particulièrement violente et que la garde dû retenir le Seigneur et ses fils pour éviter qu'ils n'en viennent aux mains voire au sang : le Seigneur Aldebert refusait catégoriquement de voir partir son second fils qu'il destinait à une vie de conseiller de son frère ainé ; Sire Alfred s'opposait au fait que son frère fasse carrière dans le Blood Bowl "univers de mânant dans lequel tu jetteras l'opprobre sur le nom de notre famille" ; Sire Sébaste était prêt à renoncer sur-le-champ à son nom et à ses privilèges, quitte à aller s'engager dans la première équipe de Blood Bowl venu si on ne le laissait pas aller chez les Golden Crows...

Finalement, le père parvint à trouver un accord extrêmement fragile avec ses fils : Sire Sébaste pourrait jouer chez les Golden Crows si et seulement si Sire Alfred jouait également dans la même équipe pour défendre l'honneur familial en sa qualité d'aîné et qu'il ne lui arrive rien durant une saison, au terme de laquelle, il rentrerait au château familial. Le Seigneur Aldebert escomptait que Sire Alfred empêche Sire Sébaste de compromettre le nom Bélaire-Monange en public et qu'avant un mois, Sire Sébaste abandonne ses folles prétentions périlleuses (après tout, un second fils doit être à même d'assurer la succession si pour une raison où pour une autre, l'aîné venait à manquer) en étant obligé de protéger son frère à chaque match.

Afin de s'assurer de la chose, le Seigneur Aldebert versa cent mille couronnes d'or au Baron Maurice de la Hune pour qu'il accepte son fils aîné dans l'équipe sans passer par les épreuves de sélection. Allant totalement à l'encontre de sa politique habituelle, le Baron Maurice accepta : à cette époque, les Golden Crows étaient dans une très mauvaise passe financière et malgré les fonds provenant des sponsors, il était difficile de joindre les deux bouts. L'argent du Seigneur de Bélair-Monange était une véritable bouffée d'air frais pour couvrir les dépenses immédiates de l'équipe et s'accompagnait d'un joueur potentiellement valable (la réputation d'excellence de Sire Alfred n'était en rien usurpée). L'affaire fut donc entendue.

Sire Sébaste fit de son mieux pour honorer son engagement mais Sire Alfred fit tout pour lui rendre la tâche difficile : noblesse oblige et étant l'ainé de la famille, Sire Alfred n'aurait jamais fait exprès de faire perdre les Golden Crows... Néanmoins, il prenait suffisamment de risques pour forcer son jeune frère à le protéger en toutes circonstances sous peine de retour immédiat et définitif au bercail : faire semblant de se faire presque rattrapper par les blitzers adverses pour le forcer à venir le couvrir (et en subir les conséquences), provoquer la foule des spectateurs pour ensuite laisser Sire Sébaste encaisser les divers projectiles envoyés en retour, marquer seul plusieurs trois-quarts adverses... etc etc etc...

Sire Sébaste ne dit rien et serra les dents : il lui fallait tenir juste une seule saison et malgré ls mises en garde du Baron Maurice qui lui conseillait d'arrêter ce petit jeu sans quoi il allait finir dans la tombe, il tint bon.

Pas suffisamment cependant.





Lors d'un match opposant les Golden Crows aux Knights of Light, Sire Alfred, comme à son habitude, mit une pression inutile sur Sire Sébaste en provoquant le capitaine (et blitzer) adverse, mais cette fois il glissa et tomba en tentant de s'esquiver. Si les membres nobles des équipes bretonniennes mettent un point d'honneur à ne pas commettre d'agression, il n'en va pas de même pour les membres roturiers qui ne sont que trop heureux de le faire... Surtout que cela faisait deux manches que Sire Alfred leur tapait sur les nerfs. Alors qu'il semblait bien que ce dernier allait bénéficier d'un tabassage en règle, il ne dut son salut qu'à son frère qui s'interposa au tout dernier moment... Mais les conséquences furent terribles.

Excités par la foule et les bravades précédentes de Sire Alfred, les joueurs roturiers des Knights of Light ne retinrent absolument pas leurs coups et alors qu'un coup de pied particulièrement vicieux arracha le casque de la tête de Sire Sébaste, un coup de poing serré dans un gantelet à pointes lui emporta tout le côté droit du visage, l'oeil y compris. Il fut immédiatement évacué du terrain et conduit à l'infirmerie sous les hurlements de joie des spectateurs en délire.

Durant les trois jours suivants, Sire Sébaste fut entre la vie et la mort. L'apothicaire Golden Crows fit tout son possible pour le soigner mais il indiqua clairement au Baron Maurice de la Hune que ses chances de survie étaient minces et qu'en tout état de cause il serait borgne pour le restant de ses jours. Sa carrière de joueur de Blood Bowl semblait d'être arrêtée.

Trois jours plus tard, il reprit connaissance dans des souffrances épouvantables. Rapidement mis au courant de sa situation par le Baron Maurice lui-même, Sire Sébaste se contenta de demander si les Golden Crows l'avaient emporté sur les Knights of Light.

"Nous avons gagné 2-1 mon garçon et je ne te cache pas que le match a explosé les records d'audience sur le réseau Face-Ball après ta sortie du terrain, nous apportant de très profitables retombées financières... Mais tu devrais te préoccuper davantage de ta situation, gamin : tu as perdu un oeil ainsi que la plus grande partie de ton visage... Et il se peut, d'après l'apothicaire, que tu perdes aussi la vie. Sans mauvais jeu de mots, il faut que tu vois la réalité en face : ta carrière dans le Blood Bowl est terminée. Si tu te rétablis, je veillerai à ce que le comptable te paie ce qu'on te doit (moins les dépenses de santé bien entendu) avant de rentrer chez toi. Si jamais tu ne t'en sors pas, alors tes frais d'obsèques seront déduits et soit assuré que je remettrai la somme qu'il reste à ton frère après que tu auras bu la coupe de ton quatrième voyage"...

Le Baron Maurice allait se lever quand Sire Sébaste lui demanda de faire venir son frère.

Sire Alfred entra peu après.

"Hé bien mon frère, te voilà bien amoché. L'apothicaire n'est guère optimiste sur tes chances de rétablissement. Je t'avais pourtant dit que le Blood Bowl n'était qu'une activité de roturiers sans honneur. Heureusement, grâce à toi, l'arbitre a sifflé l'expulsion des quatre joueurs adverses qui t'ont malmené. Nous avons ainsi pu gagner le match puisque j'ai inscrit le touchdown de la victoire. Le nom de Bélaire-Monange a été repris partout grâce à moi" dit Sire Alfred sans manifester la moindre compassion.

Sire Sébaste garda le silence, se contentant de fixer de son oeil unique Sire Alfred.

"Tu ne dis rien ?" Reprit Sire Alfred. "Remarque, il n'y a pas spécialement grand chose à dire. De toute façon je vais faire prévenir notre père de ta mésaventure. Je dois avouer que cette très courte expérience dans le Blood Bowl a tout de même été très... Excitante. Néanmoins il n'est pas honorable que nous continuyons à nous donner ainsi en spectacle : je pense que je vais annoncer au Baron Maurice que nous allons nous retirer de l'équipe et rentrer au château familial. Je dois à présent penser à m'investir pleinement dans mes obligations de futur seigneur des terres de Bélaire-Monange. J'espère que tu sauras tenir ta place de conseiller qui t'attend... Je ne voudrais pas décevoir notre mère en étant obligé de te mettre à l'écart des affaires du domaine et de te consigner dans tes appartements comme un vieux parent atteint par la dégénérescence de l'âge... Allons ! Ma carrière dans le Blood Bowl est terminée... Comme la tienne de toute façon mais j'espère que tu survivras : je n'ai pas envie de briser le coeur de notre mère en lui apprenant ta mort".

"Tu te trompes" répondit Sire Sébaste dans un souffle.

"Pardon ? Qu'as tu dis ? En quoi je me trompe s'il te plait ?" dit en retour Sire Alfred.

"Ma carrière de joueur de Blood Bowl n'est pas terminée. Elle commence tout juste".

"Hum... Je vais aller dire à l'apothicaire de moins forcer sur les tranquillisants. Ses herbes te font dire des sornettes. Tâche de te rétablir : je voudrais être parti avant la fin de la semaine" ajouta Sire Alfred avant de sortir sans un regard en arrière.





Le lendemain, quand le Baron Maurice revint voir Sire Sébaste pour mettre au point les formalités de fin de contrat et les éventuelles modalités de ses obsèques, ce dernier lui tint une conversation qu'il n'oublierait jamais :

"Je veux continuer de jouer au Blood Bowl" dit Sire Sébaste d'un ton ton sans réplique.

"Voyons, mon garçon, c'est la douleur qui te fait délirer ? Tu as trop mal ? Je peux appeler l'apothicaire si tu le veux : il saura te..."

"Je veux continuer de jouer au Blood Bowl" répéta Sire Sébaste.

"Et comment comptes tu y arriver ? L'apothicaire m'a dit ce matin qu'il y a de fortes chances pour que tu repartes chez toi dans un costume de quatre planches avant la fin de la semaine. Quand bien même tu parviendrais à t'en remettre, tu ne retrouveras jamais ton plein potentiel puisque tu as perdu un oeil et aucun joueur de 3e division, quel que soit son talent, n'a jamais survécu au match suivant après une blessure comme la tienne ! Crois moi sur parole, gamin, je parle par expérience et tu sais que je ne suis pas de ceux qui raconte des bobards" répondit vivement le Baron Maurice.

"Si je me remets, acceptez vous de continuer à me faire jouer ?" continua Sire Sébaste d'une voix égale.

"Mais ? Est ce que tu comprends seulement ce que je suis en train de te dire, gamin ?!" s'exclama le Baron Maurice. "Si par miracle tu n'es pas mort avant la fin de la semaine, tu seras mort lors de ton prochain match... Pour autant que tu puisses mettre un pied sur le terrain !!"

"Alors voyez cela comme ma dernière volonté s'il vous plait. A combien se montent les sommes que vous me devez, Baron ?"

"Euh..." Subitement pris de court par cette question, le Baron Maurice de la Hune fut décontenancé. "Si j'enlève tes dépenses de santé, qui ne sont pas données, et si j'en crois les chiffres du comptable, on doit être aux alentours de cinquante mille couronnes d'or. Environ hein".

"Je vous propose un avenant à mon contrat : vous me signez en tant que Blitzer pour les 5 prochains matches qui restent avant la fin de la saison. Vous gardez les sommes que vous me devez : vous avez largement de quoi vous payer un joueur professionnel avec ça. Je ne demande aucun paiement pour les 5 derniers matches de la saison à l'exception des frais courants. En cas de décès, je lègue tous mes biens de valeur aux Golden Crows (armes/bagages et monture). Et je veux qu'on joue contre une équipe impériale" énonça Sire Sébaste.

"Et pourquoi veux tu jouer contre une équipe impériale s'il te plait ?" interrogea le Baron Maurice.

"Parce qu'il est temps que mon frère se frotte aux joueurs de Blood Bowl qui ne sont pas bretonniens" répondit Sire Sébaste.

"Ma foi, ta proposition est certes très intéressante et la récente notoriété de l'équipe en raison de sa victoire contre les Knights of Light - et ta sortie spectaculaire - et j'ai déjà quelques demandes de matches avec des équipes du circuit extérieur sur le bureau... J'espère que tu te rends bien compte que dans cette histoire, tu as tout à perdre (surtout la vie) et que les Golden Crows ont tout à gagner. En plus de ça, ton père va vouloir exercer un droit de regard sur ton contrat" indiqua le Baron Maurice qui réfléchissait à toute vitesse sur les conséquences de cette conversation.

"Il ne le fera pas : selon les lois bretonniennes, il ne peut exercer un droit de regard que sur les affaires qui engagent l'avenir du domaine. Je ne suis que le second fils et désormais je suis estropié. Dès lors, je ne vaux plus rien à la guerre, à peine mieux pour le mariage et je ne me fais pas spécialement d'illusions sur mon avenir en tant que conseiller de mon frère. Je ne doute pas que peu après la mort de mes parents, je sois écarté d'une manière ou d'une autre du domaine familial. Je pense que vous vous êtes rendu compte que mon frère n'est pas spécialement préoccupé par mon état de santé actuel. Cependant je suis en âge de conclure les contrats qu'il me plait et c'est précisément ce que je souhaite faire ici et maintenant. Sommes-nous d'accord ?"

"Si c'est vraiment ce que tu veux... Je vais faire appeler le comptable pour rédiger un nouveau contrat".





Contre toute attente, Sire Sébaste passa la fin de semaine et même les jours suivants. Sire Alfred ne cacha d'ailleurs pas son dépit de ne pas pouvoir rentrer au bercail : il était toujours lié à l'engagement commun qu'il avait avec son père et son frère. A peine remis sur pied et la tête toujours ceinte par les bandages, Sire Sébaste reprit le chemin de l'entrainement. De l'avis général, il était devenu complètement fou. 

Quand les media eurent vent de la situation, le monde du Blood Bowl bretonnien entra en ébullition : alors que la cote de Sire Sébaste était en chute libre (qui serait prêt à parier sur le retour d'un estropié, surtout borgne, au Blood Bowl ? Autant parier sur un joueur mort-vivant c'était plus sûr et lui au moins avaient davantage de chances de revenir), sa renommée grimpa en flèche : tout le monde voulait voir le joueur le plus barjo du circuit local. Le bureau du Baron Maurice croula sous les demandes de transfert de Sire Sébaste de la part des coaches mort-vivants (ils escomptaient un transfert plutôt mort que vif d'ailleurs, car la transaction étant moins chère) et les demandes d'interview se succédèrent.

Le match contre les Knights of Light était intervenu juste avant la période de vacances sportives d'hiver de quatre mois, durant lesquelles les joueurs bretonniens nobles se retirent sur leurs terres afin d'organiser leurs affaires pour passer l'hiver (faire le compte des récoltes, rentrer le bétail, faire provisions de bois... etc etc etc...). Sire Sébaste en profita pour se remettre du mieux qu'il put si bien que lorsque l'hiver prit fin, c'était un autre homme qui fit son entrée sur le terrain lors du match suivant des Golden Crows qui les opposait aux Imperial Hammers, une équipe humaine impériale de 3e division.

Avec sa longue balafre et son oeil crevé, Sire Sébaste ressemblait davantage à un vétéran des combats de rue qu'à un joueur de Blood Bowl. Si pour certains, les deux ne font aucune différence, en Bretonnie, le détail était d'importance : un noble dans la situation de Sire Sébaste aurait du se retirer pour pouvoir rentrer sur ses terres et passer le reste de ses jours à administrer les affaires familiales plutôt que de chercher bêtement la mort dans un match. Ses relations avec son frère, Sire Alfred, qui n'étaient déjà pas excellentes, tournèrent au vinaigre et ce dernier ne cessait de l'accuser publiquement de salir le nom de leur famille. En résumé, les media comme le public étaient survoltés par ce noble bretonnien qui semblait courir droit vers un destin funeste sans même faire mine de tenter de s'en écarter.





Le coup d'envoi fut donné et les Imperial Hammers n'avaient pas l'intention de faire de cadeaux : non seulement ils voulaient la victoire mais si en plus ils pouvaient s'assurer un joli coup de publicité en mettant un terme définitif à la formidable renommée de ce jeune noble bretonnien dont on leur rebattait les oreilles depuis qu'ils étaient entrés en Bretonnie, cela ferait d'une pierre deux coups. Le match fut très rude : il y eu de nombreuses sorties et plusieurs morts de part et d'autre sur le terrain. Dans les tribunes, il y eu pas moins de 4 émeutes tandis que fans bretonniens et impériaux défendaient au sens propre l'honneur de leur équipe respective.

Sire Alfred, après quelques manches, s'aperçu que son frère avait du mal à le suivre et à le protéger convenablement comme il s'y était engagé envers leur père. Voyant là l'occasion de rabrouer une dernière fois son frère avant de pouvoir rentrer et se faire bien voir une fois de plus auprès de leur père, recommença à prendre inconsidérément des risques pour pousser Sire Sébaste dans ses derniers retranchements. 

"Tu ne deviendras jamais un joueur de Blood Bowl !! Tu ne retrouveras plus ton niveau !! Accepte ton échec et rentrons au château après le match !! Tu n'es plus capable d'honorer ton engagement : tu aurais du te retirer avant et au lieu de ça, tu te couvres de déshonneur !! Je saurai l'indiquer à notre père !! Il est temps que tu saches quelle est ta vraie place !! J'ai le ballon, je vais marquer le touchdown de la victoire et après ça tu rentres avec moi !!" se moqua Sire Alfred.

"Et toi, il est temps que tu saches ce que signifie vraiment le fait de jouer au Blood Bowl... Tu devrais regarder derrière toi..." répondit tranquillement Sire Sébaste.

"Quoi ? Comment oses-tu me..." mais Sire Alfred ne termina pas sa phrase. Il fut violemment plaqué au sol par derrière par un blitzer adverse.  "Huh !! Attaquer... par derrière... c'est proprement scandaleux... et... deshonorant..." haleta Sire Alfred. "Sébaste... tu... as manqué... à ta... parole... tu... ne m'as.... pas... protégé... tu..." Sire Alfred n'alla pas plus loin : l'ogre des Imperial Hammers avait fait un plongeon et s'était écrasé en plein sur lui. L'arbitre gobelin siffla une expulsion immédiate pour agression illégale mais l'ogre, sous les hurlements de la foule en délire, explosa d'un coup de poing le peau-verte, ramassa le ballon et tenta de se relever...

C'est précisément à ce moment-là que Sire Sébaste se précipita, porta un coup de son gantelet renforcé avec des lames en plein dans le cou de l'ogre. La jugulaire fut sectionnée nette et l'ogre mourru en quelques secondes, agité de soubressauts sanglants. La foule devint extatique. Couvert de sang d'ogre, Sire Sébaste s'empara du ballon et fonça directement dans la zone d'en-but des Imperial Hammers et marqua le touchdown de la victoire (4-3) avant que le gong de fin ne retentisse.

La foule devint résolument frénétique et les membres du service d'ordre eurent fort à faire pour empêcher le saccage en règle du stade. Pour autant, ce jour-là fut une véritable renaissance pour Sire Sébaste qui montra à tous ce dont il était capable.

Après la fin du match, il se rendit à l'infirmerie où sire Alfred avait été conduit - après qu'on l'eut retiré de sous le cadavre de l'ogre - et l'apothicaire était justement en train de lire au Baron Maurice la liste des blessures (qui tenait sur deux parchemins recto/verso) dont il souffrait. 

"...vous savez Baron, les quarante-sept fractures que je viens de vous énumérer ne sont rien en comparaison du fait qu'il a la colonne vertébrale brisée en trois endroits différents : il ne marchera plus jamais et seuls sa tête et son bras droit seront en état de fonctionner à peu près. Tout le reste du corps est définitivement paralysé. Sa carrière de joueur est terminée" dit l'apothicaire avant de prendre congé.

"Baron ? Pourriez vous me laisser seul un moment avec mon frère s'il vous plait ?" demander Sire Sébaste.

"Bien sûr gamin. Après il faudra que je te parle de ton avenir au sein des Golden Crows... Le capitaine est malheureusement décédé des suites de ses blessures durant le match et il se pourrait que j'ai un poste à te proposer..." répondit le Baron Maurice avec un grand sourire avant de sortir à son tour.

Sire Sébaste s'approcha de son frère étendu sur la table de l'infirmerie. Contre toute attente Sire Alfred était conscient et le fixait avec un regard rempli de haine pure.

"Comment... as... tu... pu... laisser... faire... ça... Tu... devais... me... protéger... engagé... par.... l'honneur... Envers... Père..." articula péniblement Sire Alfred.

Sire Sébaste retira doucement son casque et le posa sur une étagère. Il contempla longuement son frère.

"Hé bien mon frère, te voilà bien amoché. L'apothicaire n'est guère optimiste sur tes chances de rétablissement. Tu avais raison : le Blood Bowl n'est qu'une activité de roturiers sans honneur" dit lentement Sire Sébaste sans quitter des yeux son frère. "Tu aurais donc dû savoir que seuls les bretonniens jouent pour l'honneur tandis que tout le reste du monde joue pour la victoire uniquement... Je suis absolument ravi de voir que tu es toujours vivant : ainsi, le domaine de Bélaire-Monange aura son héritier légitime pour conduire ses affaires. Tu as toujours voulu être le meilleur aux yeux de notre père... Réjouis toi car c'est le cas : ainsi que tu l'as dit pendant le match, je te laisse entièrement le loisir de rentrer et de lui raconter combien tu as brillament joué au Blood Bowl pour l'honneur de notre famille".

Sire Alfred ouvrit de grand yeux.

"D'ailleurs, je ne doute pas de la fierté qui sera la tienne d'être à la tête du château familial : le Seigneur Alfred de Bélaire-Monange, plein de majestée... Dans son fauteuil roulant et/ou sa chaise percée avec son valet ou qu'il aille (pas très loin visiblement)... Je pense que tu feras forte impression sur ta future promise et tout spécialement quand viendra le temps de procurer à notre maison ses futurs héritiers... Mais vu que l'apothicaire a dit que seuls ta tête et ton bras droit seraient peut être en état de fonctionner, je doute que tu puisses remplir valablement ton futur devoir conjugal... Dommage..." Pousuivit Sire Sébaste.

"Chien... sans... honneur... Père... te... déshéritera... mérité" dit Sire Alfred dans un souffle en crachant ensuite un filet de sang.

"Regarde bien mon visage mon frère : tu y verras la leçon que tu m'a enseignée sur les vertus de l'honneur bretonnien et tu comprendras peut être pourquoi je me suis affranchi de mon engagement. Oh, pendant que j'y pense, tu sais à quel point notre Père est très"traditionnaliste" : quand il te verra rentrer avec un tel appareil (n'aie crainte : je veillerai personnellement à ce que l'apothicaire te prodigues ses meilleurs soins et te procure la meilleure litière du comté), je doute fort qu'il songe à me déshériter : je suis peut être devenu borgne grâce à toi mais je suis toujours debout et... en âge d'assurer valablement la pérénité de notre maison... Mais plus tard : car notre père va devoir apprendre à m'accorder toute la place qui me revient dans notre famille en commençant par me laisser conduire mes propres affaires... Qu'en dis tu mon frère ?"

"..."

"Tu ne dis rien ? Hum... Comme tu me l'as dit il n'y a pas si longtemps, remarque, il n'y a pas spécialement grand chose à dire. De toute façon je vais faire prévenir notre père de ta mésaventure. Tu dois à présent penser à t'investir pleinement (dans la mesure de tes moyens bien entendu) dans tes obligations de futur seigneur des terres de Bélaire-Monange. J'espère que tu sauras tenir la place qui t'attend... Je ne voudrais pas décevoir notre Mère en étant obligé, si notre Père me rappelle, de te mettre à l'écart des affaires du domaine et de te consigner dans tes appartements comme un vieux parent atteint par la dégénérescence de l'âge... mais j'espère que tu survivras : je n'ai pas envie de briser le coeur de notre mère en lui apprenant ta mort. Tu dis avoir porté bien haut le nom des Bélaire-Monange, je vais te faire la faveur de m'en charger pour le porter beaucoup plus loin désormais"... dit Sire Sébaste en quittant l'infirmerie sans se retourner.

Pour toute réponse, Sire Alfred de Bélaire-Monange fit entendre une longue plainte déchirante qui n'avait aucun rapport avec ses nombreuses blessures...



Depuis ce jour, Sire Sébaste de Bélair-Monange est devenu le capitaine des Golden Crows d'Aquitanie et sous son égide, il a contribué à faire monter l'équipe en 2e division. Il rêve de pouvoir porter ses co-équipiers jusqu'aux portes légendaires de la 1ère division... Mais dans cette attente, il a à coeur de montrer à tous jusqu'à quel point les Golden Crows d'Aquitanie est la pire équipe de Blood Bowl de Bretonnie...






DAMOISELLE ALIÉNOR, LA POM-POM GIRL DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE




Si la vie de certains membres des Golden Crows est très médiatiques, celles de certains autres brillent par leur caractère mystérieux très savamment entretenu (ou pas) par les concernés eux-même ou par leur coach, le Baron Maurice de la Hune qui doit très certainement connaître le fin mot des histoires personnelles, mais qui s'est toujours attaché à respecter l'intimité de ses éléments. C'est le cas par exemple de Damoiselle Aliénor, qui dirige actuellement les pom-pom girls de l'équipe.

A part son prénom, Aliénor donc, on ne sait quasiment de son passé. On sait déjà au minimum que c'est une noble bretonnienne sans quoi le coach ne l'aurait jamais admise, même en tant que meneuse d'hommes.... Mais pour le reste, autant enquêter sur la première victime officielle de Varag Ghoul-Chewer car il y aurait davantage de chance de parvenir à un résultat plutôt que de connaître le pedigree de Damoiselle Aliénor.

Ce n'est certainement pas cette dernière qui se chargera de faire la lumière sur son passé car si son travail en tant que pom-pom girl est absolument irréprochable et qu'elle intervient régulièrement dans l'émission de Cabal-Vision de Dame Valériane d'Amidot "Blood Bowl D&CO" où elle donne ses trucs et astuce sur la dernière mode des tenues de Blood Bowl Bretonniennes, elle se contente de sourire et met immédiatement fin aux interviews dès qu'une question sur son passé surgit.

Le public s'accorde à peu près sur le fait qu'il y a environ cinq ans,  les Golden Crows ont officiellement présenté la nouvelle leader de leurs pom-pom girls : "une sculpturale blonde aux yeux aussi clairs qu'un matin de printemps" (dixit les troubadours bretonniens) répondant au doux nom d'Aliénor. Depuis lor,s force est de constater qu'elle a su être à l'origine d'un regain supplémentaire d'intérêt pour les Golden Crows lors des périodes d'avant-match et des mi-temps !!

Ce mystère sur son passé a bien entendu engendré son lot de rumeurs les plus folles aussi bien chez les officiels que les journalistes et les fans. En vrac voici quelques unes de celles qui sont les plus tenaces :

- Damoiselle Aliénor serait en fait la propre fille du Coach le Baron Maurice de la Hune. C'est pour cela qu'elle a intégré le staff de l'équipe sans problème et qu'elle est devenue leader des Pom-Pom Girls... Mais qui est la mère ?

- Damoiselle Aliénor serait la compagne du Coach le Baron Maurice de la Hune. C'est pour cela qu'elle a intégré le staff de l'équipe sans problème et qu'elle est devenue leader des Pom-Pom Girls...Mais pourquoi accepter d'aller avec "un vieux" comme le Baron ? Pour l'argent ?

- Damoiselle Aliénor aurait intégré le staff des Golden Crows à la suite d'une déception amoureuse : le chevalier qu'elle aimait a été obligé de se marier avec une autre... Mais qui est ce chevalier ?

- Damoiselle Aliénor aurait intégré le staff des Golden Crows pour suivre l'amour de sa vie... Mais qui est-ce ? Non, ça ne peut pas être Sire Eustache de Cheval-Blanc !!

- Damoiselle Aliénor est une ancienne Damoiselle du Graal qui a intégré le staff des Golden Crows pour offrir une cachette parfaite au Vrai Graal car personne ne penserait qu'il est aux mains de la pire équipe de Blood Bowl de Bretonnie... Mais ou est il alors ?

- Damoiselle Aliénor serait en fait la fille ainée du Grand Duc d'Aquitanie qui se serait enfuie il y a 5 ans environs quand son père voulait la marier à un prince de la lointaine Albion en vue de concurrencer la puissance du Roy en personne. Vous savez bien : celle qui est toujours "partie en voyage d'études à l'étranger" chaque fois qu'on lui demande ou elle est...

- Damoiselle Aliénor ne serait pas noble mais une simple roturière : elle est détentrice d'un secret tellement explosif que le coach le Baron Maurice de la Hune préfère l'avoir sous la main en permanence... Mais quel est ce secret ?








"Iron Gloves Lili"


Une autre particularité d'Aliénor est qu'elle a été surnommée "Iron Gloves Lili" (Lili aux Gants de fer") par ses fans. L'histoire est très simple : le travail d'une pom-pom girl n'est déjà pas toujours de tout repos et il faut en plus savoir composer avec le côté un peu trop "collant" des représentants de la gent masculine en général hors des matches (fan ou pas d'ailleurs), avec le côté un peu trop "violent" des supporters/joueurs ou pom-pom girls adverses durant les matches...

Un jour, lors d'un match opposant les Golden Crows aux Night Shadows (Elfes Noirs), le capitaine des Shadows, après avoir marqué un touchdown, s'était approché d'Aliénor en l'informant que le soir même, "elle et ses gros pompons seraient dans son lit à satisfaire le moindre de ses caprices", laissant du même coup une main baladeuse s'attarder sur son fessier. Sur le banc de touche des Goldens Crows, les remplaçants s'étaient déjà levés pour aller aider Aliénor et le match allait très vite tourner à la baston en règle (autrement que pour le ballon s'entend). 

A la surprise générale et surtout de celle du capitaine des Shadows, Aliénor répondit d'une voix sensuelle "Hum... Mais si tu aimes mes gros pompons, pourquoi attendre ce soir ? Je vais te les laisser voir de près dès maintenant, chéri..." avant de lui envoyer son pompon droit directement dans la figure. Le capitaine des Shadows s'effondra la bouche en sang après avoir perdu plusieurs dents. 

Les pompons d'Aliénor cachaient en fait une paire de poings armoricains sur mesures en acier massif... "Pour laisser s'exprimer la part de masculinité qui est en moi en cas de besoin" déclara t'elle à l'arbitre. Le coach des Night Shadows se plaignit immédiatement auprès de l'arbitre de l'emploi illégal d'une arme en plein match et exigea le prononcé de la victoire de son équipe et une sanction pour la blessure dont avait été victime son capitaine. 

L'arbitre, un nain, rétorqua qu'Aliénor n'était pas un joueur mais un membre du staff des Golden Crows, que par conséquent il n'y avait pas eu agression et qu'en tout état de cause, c'était de la légitime défense. Qu'en revanche, il infligeait une pénalité au capitaine des Night Shadows (l'exclusion immédiate... De toute façon ce dernier n'était plus en état de continuer à jouer) pour comportement déplacé sur le terrain. 

Avant que le coach des Night Shadows puisse répondre quoique ce soit, l'arbitre avait sorti une arquebuse, l'avait collé sous le nez du coach elfe noir et, tout en armant le chien, lui avait alors demandé s'il y avait autre chose à ajouter. Le coach n'alla pas plus loin. Les Golden Crows remportèrent la victoire par 3-1 ce jour là face à des Night Shadows désorganisés par la perte de leur capitaine. 

Depuis ce jour, "Iron Gloves Lili" a un fan-club qui rassemble bien au-delà des amateurs de jolies filles et plusieurs de ses consœurs dans d'autres équipes ont suivi ses pas. Les supporters des Sales Frappes l'auraient même nommée "Membre d'honneur"... 





MOR'ESSIN DE NIS L'OGRE DES GOLDEN CROWS D'AQUITANIE




L'ogre Mor'Essin de Nis, qui officie au sein des Golden Crows d'Aquitanie, est une énigme à tous points de vue dans l'univers du Blood Bowl en général et bretonnien en particulier.

- Pour commencer, il semble doué d'une certaine intelligence peu commune. Si les ogres ne passent pas pour être particulièrement stupides (au contraire des trolls), en temps normal ils ne brillent pas non plus par leurs facultés mentales surdéveloppées. Plusieurs exceptions sont bien entendu notables comme le célèbre commentateur sportif Bob Bifford, le Starplayer "Morg'n'Thorg" dans le monde du Blood Bowl et en dehors, les esprits ogres les plus vifs sont souvent à la tête de leur tribu respective.

Le cas de Mor'Essin est encore au-delà : il a l'habitude de conduire lui-même ses propres interviews et ne craint absolument pas les joutes verbales avec les journalistes où en plusieurs occasions, il a su esquiver les questions sensibles ou polémiques. Quand il ne pouvait pas les esquiver, ce sont les journalistes qui devaient s'efforcer d'esquiver ses poings, avec plus ou moins de réussite suivant les cas.

En une occasion suffisamment rare pour être soulignée, il a reçu le prix d'éloquence des lectrices du magazine Belle pour sa vulgarisation de la mode ogre des deux derniers siècles.

- Autre fait étrange, son nom ne semble pas être un nom de scène comme certains joueurs de Blood Bowl en utilisent parfois et sa particule suggère un rang nobiliaire. La chose n'a jamais été rencontrée auparavant parmi les ogres. Rappelons que l'une des règles de recrutement les plus strictes en vigueur chez les Golden Crows est l'obligation de justifier d'au moins un quartier de noblesse... Mais les questions formulées à ce sujet n'ont jamais trouvé aucune réponse, que ce soit de la part de l'intéressé, du Baron Maurice ou de la part des joueurs. Le seul journaliste a avoir tenté officiellement, il y a 2 ans, d'en savoir plus sur le sujet, le célèbre Henri-Jean "langue de Slaanesh" Sermoua a été retrouvé deux semaines plus tard asphyxié dans une fosse d'aisance commune de l'une des nombreuses usines de l'équipementier Orcidas. Les causes de l'asphyxie ne furent pas les déjections présentes mais la présence d'un ballon de blood bowl d'entrainement des Golden Crows enfoncé en totalité dans sa bouche. L'enquête du Prévôt de Bordeleau a conclu à l'époque à un suicide. Si plus personne ne semble vouloir reprendre officiellement les investigations, officieusement les rumeurs vont bon train.

- Enfin, le Baron Maurice et Mor'Essin semblent entretenir mutuellement une très haute estime réciproque et là où un coach fait tout de même attention dans sa façon de s'adresser à un ogre quand il n'est pas ogre lui-même, Mor'Essin n'a jamais remis en cause les décisions du Baron quelles qu'elles soient.

- Pour le reste, Mor'Essin est un joueur de blood bowl ogre tout à fait normal : il peut sans problème attrapper un joueur adverse dans chaque main et s'en servir pour taper sur le reste de l'équipe, bloquer une cage de nains trop entreprenante à lui seul assurer son propre service d'ordre.

Mais mis à part le Baron Maurice, personne d'autre ne connaît le secret de Mor'Essin de Nis et la raison de leur proximité si particulière.

Mor'Essin de Nis est effectivement d'origine noble. C'est même le prince d'une tribu ogre qui passe pour mythique dans les traditions ogres :  c'est l'héritier de la tribu légendaire des Ventres d'Or.





Les légendes ogres racontent qu'il y a bien longtemps, bien avant l'arrivée de La Gueule mais après que les tribus ogres aient vaincu les Géants dans leurs forteresses des hautes montagnes, tous les chefs se disputaient pour savoir qui serait le chef ogre suprême. Les affrontements furent violents et sanglants mais ne prirent fin que lorsque La Gueule vint d'au-delà des nuées célestes pour s'écraser dans les montagne de l'est du Bord du Monde pour creuser le cratère que l'on connait à présent.

Il est dit que lorsque La Gueule s'écrasa, les montagnes elles-même s'envolèrent et beaucoup de tribus furent projetées au loin. Il en est même une qui fut projetée si loin qu'elle fut envoyée par delà la mer jusque dans une île merveilleuse où l'abondance et la richesse étaient le lot quotidien de tous. Une richesse telle que même le plus pauvre des ogres était considérablement plus riche que le Tyran actuel Graissus Dent d'Or.

De tels récits ne sont, pour les ogres, que des contes pour enfants ogres mais il est dit aussi qu'en de très très rares occasions, certains ogres solitaires avec des plaques ventrales en or du plus pur ont parfois été aperçu très très loin dans le sud-est des montagnes du Bord du Monde.

Quand le Baron Maurice de la Hune s'est enfui de Bordeleau, le bateau sur lequel il avait précipitamment embarqué retournait dans son port d'origine en Nippon. Après un voyage des plsu épiques qui laissa nombre de cicatrices sur son corps, il parvint enfin a destination et disparu dans les montagnes de Nippon, dans une région hostile et montagneuse connue sous le nom de "Jigoku no Yama" ou "Les Montagnes de l'Enfer". Plusieurs histoires couraient sur ces montagnes, à commencer par le fait que tout homme qui s'y aventurait n'en revenait jamais. Certains fous hurlant et bavant racontèrent à qui voulait l'entendre qu'il existait là-bas une cité remplie de merveilles, un paradis gardé par les démons les plus terribles de l'Enfer Nippon.

Lorsque le Baron Maurice décida d'y aller, tous les Nippons qui croisèrent sa route pensèrent avec raison que ce gaijin courait vers sa mort les bras grands ouverts.

Durant des jours il chemina et affronta de grands périls : des bêtes sauvages inconnues de lui, des créatures serpentines se disant des dragons, des démons avec trois yeux et une corne unique, des fantômes féminins au cou démesurés... Jusqu'à ce qu'il rencontre l'ogre Mor'Essin de Nis.





Ce dernier l'attaqua un soir alors que le Baron s'apprétait à camper pour la nuit dans une forêt sombre formées d'arbres très fins mais pourtant très résistants que les nippons nommaient "také" ou "Bambou". Le premier coup de poing de l'ogre broya la tête de son cheval tandis qu'un second l'envoya valser dans les bambous.

La lutte fut terrible et le Baron Maurice ne dut sa survie qu'à sa solide expérience de joueur de Blood Bowl... Et à ces bambous qui lui fournissaient quantités d'armes et de protection de substitution. Ce fut grâce à "la feinte de Bordeleau" qu'il put enfin triompher de l'ogre : alors que ce dernier le chargeait, le Baron Maurice fit semblant d'aller à sa rencontre mais il fit une roulade au dernier moment et parvint, grâce à un balayage circulaire, à frapper l'arrière du genou droit de l'ogre. Déséquilibré dans son élan, celui-ci trébucha et alla s'empaler la cuisse gauche sur l'un des bambous brisé durant le combat et perdit connaissance.

Le Baron Maurice, souffrant de plusieurs fractures s'effondra lui aussi à l'endroit même où il était, trop faible pour tenir encore debout après le dur combat qu'il venait de mener (en vérité, bien peu parmi les humains pouvaient se vanter d'avoir triomphé d'un ogre en combat singulier). Il allait tendre la main vers sa gourde pour se désaltérer un peu quand il vit l'ogre revenir à lui et retirer le bambou sur lequel il s'était empalé pour se diriger vers lui.

"Ah, ça on peut dire que tu as la tête dure toi, j'avais oublié que les gars comme toi sont quasiment increvables" haleta avec peine le Baron Maurice. "Je ne pensais pas que tu te réveillerais aussi vite. Je ne peux même plus me relever à cause de tes coups. Il semblerait que je sois arrivé au bout de la route, finalement, comme on dit... Ainsi se termine la vie du Baron Maurice de la Hune : dans une forêt perdue de Nippon après une carrière trop courte dans le Blood Bowl. J'espère que tu ne mettras pas trop de temps à me tuer"...

L'ogre marqua un temps d'arrêt et à la grande surprise du Baron Maurice, il s'agenouilla devant lui et s'inclina le front contre le sol avant de répondre dans un bretonnien archaïque mais compréhensible : "C'est vous, Baron Maurice qui avez gagné ce combat. J'ai perdu connaissance et vous auriez pu me tuer. J'ai une dette d'honneur envers vous."

Sous le coup de l'étonnement, le Baron Maurice s'évanouit.






Quand il reprit connaissance, il était allongé dans un lit gigantesque aux draps de soie, dans une chambre lumineuse aussi grande qu'une salle de garde bretonnienne. Son corps était enveloppé de bandages... Et l'ogre contre lequel il s'était battu était assis près de lui et le regardait en silence.

"Ou... Ou suis-je ? Suis-je mort ?" questionna avec prudence le Baron Maurice.

"Vous n'êtes pas mort et vous êtes présentement dans mon lit mais plus grobalement vous êtes dans la ville de Nis, Baron Maurice... Mais je pense qu'entre nobles, il est de coutume dans votre pays de vosu appeler "Sire" n'est ce pas ?" répondit l'ogre en s'inclinant.

"Euh... oui... Mais... Qui êtes vous et comment se fait il qu'un ogre de nippon parle le bretonnien ?" demanda Sire Maurice de plus en plus abasourdi par les bonnes manières de ce représentant d'une race en temps normal connue pour sa brutalité et sa bestialité.

"Parce que vous n'êtes pas le premier bretonnien que je vois mais que vous êtes un des premiers bretonniens qui est parvenu à vaincre quelqu'un comme moi en combat singulier. J'ai appris votre langue auprès de vos prédecesseurs. Et pardonnez moi, je ne me suis pas présenté : je me nomme Mor'Essin de Nis. Prince et futur héritier de ce domaine" répondit l'ogre en s'inclinant une fois de plus.

Sire Maurice ne parvenait pas à savoir s'il était en plein rêve : voilà qu'il devisait tranquillement avec un ogre pétri de politesse en plein Nippon, lequel ogre venait quelques heures auparavant de tenter de le massacrer en pleine forêt !

"Mais je ne comprends pas... Il n'y a pas si longtemps encore, nous étions en plein combat... Et puis vous m'avez dit que j'avais gagné... Et j'ai dû m'évanouir... je..." Balbutia le Baron Maurice.

"Vous parlez du combat que nous avons mené il y a trois semaines ? Oui, vous êtes resté inconscient durant trois semaines... Il faut dire aussi que je n'ai pas retenu mes coups. Mais reposez vous encore un peu, Sire Maurice, je répondrai à toutes vos questions plus tard et j'espère que vous répondrez aux miennes..." dit l'ogre avant de prendre congé après s'être incliné une dernière fois.

Dans les jours qui suivirent, le Baron Maurice et Mor'Essin parlèrent longuement. Sire Maurice apprit de l'ogre que les origines mythiques de sa tribu remontaient à des siècles, où ses ancêtres avaient été "jetés" sur cette île après un terrible cataclysme. Là, dans cette contrée montagneuse naturellement isolée des hommes, les ogres avaient trouvé des filons d'or en quantités prodigieuses telles que les enfants ogres jouaient avec des pépites grosses comme le poing. Sa tribu avait également, pour une raison inconnue, développé bien davantage que les autres tribus ogres restées dans l'est des Montagnes du Bord du Monde des facultés intellectuelles importantes. Ainsi, les arts s'étaient développés, notamment la métallurgie et l'orfèvrerie. L'or en abondance servait aussi bien à fabriquer des bijoux que des armures.

Très vite, les ogres de la cité de Nis avaient pris conscience de leur isolement naturel et n'avaient pas cherché, comme la plupart de leurs congénères, à conquérir et ravager les territoires proches du leur : au contraire, ils avaient fait en sorte de protéger leur cité en alimentant les mythes des "démons des enfers mangeurs d'hommes". Ils arrivaient que certains membres de la tribu ne puissent résister à l'appel du voyage (que ce soit pour une quête initiatique ou simplement par goût de l'aventure), profondément ancré dans l'esprit de tout ogre. Ce sont ces quelques individus qui ont donné naissance au mythe de la tribu des "Ventres d'Or" tant la quantité d'or qu'ils transportaient avec eux (et qui, pour eux, était parfaitement normale et très ordinaire) avaient attisé bon nombre de convoitises et de fantasmes dans le Vieux Monde.

Comme Mor'Essin l'avait indiqué, il avait appris la langue bretonnienne à l'occasion de rares visites (pas plus d'une vingtaine ces 50 dernières années) de chevaliers de la quête bretonniens qui s'étaient aventurés jusqu'en Nippon, dans l'espoir allégué d'y découvrir le Graal. La plupart avait bien entendu péri mais certains échanges "linguistiques" avaient néanmoins pu avoir lieu... Suffisamment pour que les ogres de la cité de Nis apprennent et comprennent.

Mor'Essin était donc le prince et futur héritier de cette cité merveilleuse. Lorsqu'il était tombé sur le campement du Baron Maurice, il l'avait attaqué en croyant avoir affaire - à juste titre - à un importun qui s'était approché trop près. Il était sur le point d'accomplir son propre voyage initiatique afin d'acquérir un "Grand Nom" et de rentrer pour prendre la tête de son peuple. Mais le combat contre Sire Maurice avait radicalement changé son destin : selon les usages de sa tribu, Mor'Essin avait perdu son combat et le fait que Sire Maurice ne l'avait pas achevé faisait que désormais il avait une dette d'honneur envers lui. Cette dette ne disparaîtrait que lorsque Sire Maurice mourrait ou que ce dernier ne lui dise ce qu'il attendait de lui en échange.

Le Baron Maurice, pour sa part, fit à Mor'Essin le récit de toute sa vie : si loin de son pays, passé si près de la mort, il se surprit à voir dans cet ogre particulièrement vif d'esprit une sorte de confident informel et lui révéla davantage de choses qu'il ne l'avait jamais fait envers aucun autre humain. Il lui dit où il était né, comment il avait grandi dans l'ombre d'un frère aîné un peu trop possessif et jaloux de sa position, comment il avait décidé de totu abandonner pour tenter de repartir à zéro en tant que joueur de Blood Bowl... Et comment il avait échoué dans son entreprise.

L'ogre ne connaissait rien du Blood Bowl et Sire Maurice lui en apprit tout ce qu'il savait. Il se rendit alors compte combien l'ogre éprouvait un intérêt quasi illimité pour ce sport. Après plusieurs jours passé à se confier l'un à lautre, une sorte de lien d'amitié aussi solide que totalement improbable s'était forgé... Et un accord avait été conclu. 





Le Baron Maurice retournerait en Bretonnie pour mettre sur pied sa propre équipe de Blood Bowl. Mor'Essin le rejoindrait sitôt qu'il aurait fait les préparatifs nécessaires dans sa cité jusqu'à son retour. Le Baron Maurice avait demandé à Mor'Essin de l'aider à remporter le trophée le plus légendaire : la coupe du Blood Bowl elle-même, afin de montrer à tous ceux qui avaient un jour douté qu'il en était capable. Conformément aux usages de la tribu de l'ogre, sa dette d'honneur envers l'humain ne prendrait fin qu'avec cette coupe... Ou avec la mort de ce dernier. Cet accord enchanta tout particulièrement l'ogre car d'une part ce sport exotique l'attirait comme un aimant et d'autre part, cela lui promettait un voyage initiatique absolument épique dans lequel il pourrait rapporter un "Grand Nom" avant de revenir diriger son peuple.

C'est ainsi qu'un beau matin, le port de Bordeleau vit débarquer d'un navire en provenance de Nippon, un ogre peu ordinaire (mais pas trop : Sire Maurice l'avait soigneusement renseigné sur la différence très nette entre le comportement des ogres de la cité de Nis et le reste du monde vis à vis de l'or) qui demanda après le Baron Maurice de la Hune.

Depuis lors, les Golden Crows d'Aquitanie ne cessent de progresser année après année. Et année après année, Mor'Essin et le Baron Maurice se rapprochent de leur but commun...

Cependant, personne ne doit jamais connaître l'identité exacte de l'ogre car dans ce cas, les conséquences seraient terribles à plus d'un titre mais auraient toutes un point commun : l'anéantissement très probable de la cité merveilleuse de Nis et de ses habitants : tous les Tyrans Ogres ne manqueraient pas de chercher à avoir la tête de Mor'Essin afin de revendiquer le prestige et les richesses de la "Tribu des Ventres d'Or" tandis que tous le reste du monde entreprendrait sur le champ une expédition visant à massacrer les habitant pour s'emparer de l'or.

Pour le moment le secret a été bien gardé... Mais dans l'univers du Blood Bowl, les nouvelles vont vite et plusieurs ogres s’interrogent publiquement sur les origines de cet ogre totalement inconnu... 







PALMARES


En cours d'écriture



















8 commentaires:

  1. PALMARES


    "En cours d'écriture"

    La barre :D :D :D ...

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    1. Nan mais c'est vrai en plus ^^' j'avais une feuille où je tenais le compte des quelques matches que j'avais joués et je ne la trouve pas ^^'

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  2. Unbelievably good paint job ... fantastic work Mori kun. :)

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    1. Thank you so much for your very kind words my Dear FeM ^^

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  3. J'adore. C'est long mais bon... à lire :)

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    1. Merci infiniment mon Cher Colelctionneur ^

      "Plus c'est long..." ^^

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  4. Enfin, je suis arrivé à ma fin^^, l'ambiance du multivers va super bien a ton présent article. belle ecriture

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