Fidèles du Temple

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11/03/2020

頑張れ日本 !! GANBARE NIHON !! COURAGE LE JAPON !! DON'T GIVE UP JAPAN !!


Bonjour mes Chers Lecteurs.




Cet article pourrait tout à fait être le copié/collé de celui de l'année dernière...

Cela fait 9 ans aujourd'hui que la catastrophe nucléaire de Fukushima est intervenue.

Pourtant, comme d'habitude, les media n'en parle que peu voire pas du tout. La crise du coronavirus, qui est MOINS grave que l'épidémie annuelle de grippe, pour rappel, est particulièrement utile à plusieurs points de vue : outre le fait d'alimenter pour mieux jouer sur la peur des gens pour mieux les rouler dans la farine (les prix des masques et du gel hydroalcoolique qui se sont d'un seul coup envolés, des vols de matériel dans les établissements hospitaliers, des tentatives de revente par des crevards, d'équipements plus ou moins périmés sur le bon coin et ailleurs à des prix... Lunaires...), cela permet fort opportunément d'attirer l'attention ailleurs que sur les vrais sujets importants.

Au bout de 9 ans, c'est surtout plus de 40 000 personnes qui n'ont toujours pas retrouvé leur foyer (et je ne parle même pas de toutes les cellules familiales qui ont volé en éclat depuis longtemps) mais le gouvernement japonais préfère plutôt donner dans un optimisme pour le moins étonnant en voulant faire passer la flamme olympique à Fukushima et que des produits locaux soient au menu des athlètes (si si) afin de relancer un dynamisme bien illusoire...

Afin de parfaire votre information, je vous invite à prendre connaissance du GROS travail de synthèse réalisé par LE BLOG FRANCOPHONE FUKUSHIMA (qui figure depuis le début dans les marges du Temple) qui répertorie et explique tous les mensonges, toutes les demi-vérités, toutes les conneries et autres proférées inconsciemment ou en toute connaissance de cause par... Un peu tout le monde à commencer par les officiels (en France, on nous avait bien dit que le nuage de la catastrophe de Tchernobyl avait bien respecté la souveraineté nationale en restant bien sagement à la frontière franco-allemande...).

Encore et toujours, je Vous invite à avoir une petite pensée de compassion pour toutes les victimes de cette catastrophe : les mortes qui ne peuvent plus faire entendre leur voix, comme les vivantes dont, pour la grande majorité d'entre elles, il n'y a eu que peu voire pas d'évolution depuis 9 ans.

Serviteur,

11/03/2019

頑張れ日本 !! GANBARE NIHON !! COURAGE LE JAPON !! DON'T GIVE UP JAPAN !!


Bonjour mes Chers Lecteurs.



Jour de tristesse aujourd'hui car cela fait à présent 8 ans que la catastrophe de Fukushima est survenue au Japon.

Il n'y a pas vraiment eu d'évolution pour toutes les victimes (le gouvernement japonais les force d'ailleurs à revenir habiter leurs terres, notamment en supprimant les maigres aides qu'il leur allouait : plus d'aide, plus de problème n'est ce pas ?).

Une nouvelle fois je vous invite à avoir au moins une petite pensée de compassion pour tous ceux qui ont tout perdu le 11/03/2011... Et dont beaucoup n'ont pas retrouvé grand-chose 8 ans plus tard.

Serviteur,

11/03/2018

頑張れ日本 !! GANBARE NIHON !! COURAGE LE JAPON !! DON'T GIVE UP JAPAN !!


Bonjour mes Chers Lecteurs.




Voilà 7 ans jour pour jour que la catastrophe de Fukushima est survenue. Tâchons de ne pas oublier... Car cela pourrait très bien arriver en France alors même que tout le monde se voile la face.

En dépit de la ferme volonté du premier ministre Shinzo Abe de remettre en service quasiment dès le lendemain de la catastrophe le parc nucléaire japonais (on ne peut rien tirer de cet ultra-nationaliste, malgré les preuves que même un aveugle ne saurait contester), heureusement (mais ne crions pas victoire trop vite) que la résistance s'organise et que la raison prend tout doucement le pas sur la folie...

A l'heure où fleurissent un peu partout quelques articles qui sont toujours les même chaque année ("Fukushima, 2,3,4,5,6,7 ans après") qui rabâchent encore et toujours les même choses, que faisons nous, en France pour la sortie du nucléaire ? Alors qu'une grande partie de l'Europe a décidé elle aussi de se débarrasser de ce véritable poison insidieux, que faisons en France ? On nous brandit des excuses économico-sociales et nos chers médias préfèrent parler d'autre chose puisqu'il est bien connu que toute menace nucléaire est trop respectueuse de notre souveraineté nationale : le nuage de Tchernobyl ne s'est il pas arrêté bien sagement à la frontière franco-allemande parce qu'il n'avait pas le droit d'entrer au Royaume des Lys ?

...

Pour le cas où vous souhaiteriez un minimum d'infos un peu moins convenues, n'hésitez pas à consulter les blogs francophones listés à gauche relatifs à Fukushima : le FUKUSHIMA BLOG, ainsi que CET AUTRE fort intéressant... Et ne prêtez pas trop attention à tous ces bien-pensants qui tentent de faire croire que "tout est sous contrôle désormais"... Le sujet est toujours très sensible au Temple.





Merci d'avoir une petite pensée de compassion pour tous ceux qui ont vu leur vie s'arrêter (au propre comme au figuré) le 11/03/2011 et qui n'ont toujours pas vu d'amélioration 7 ans plus tard.

Serviteur,

28/11/2017

LE JAPON S'APPRETE A INONDER LE PACIFIQUE AVEC 1 MILLION DE TONNES D'EFFLUENT RADIOACTIF


Bonjour mes Chers Lecteurs.


Publié avec l'aimable autorisation de M. Philippe HILLION du blog HILLION-FUKUSHIMA.



Le Japon s'apprête à inonder le Pacifique avec 1 million de tonnes d'eau contaminée par la centrale de Fukushima.


Le gouvernement japonais est pressé par des experts de rejeter progressivement de l'eau radioactive dans l'océan Pacifique ... L'eau est stockée sur le site dans environ 900 grands réservoirs complètement remplis et qui pourrait se déverser si une autre catastrophe majeure frappait le site. Le gouvernement a été supplié de donner l'autorisation de relâcher l'eau dans l'océan ... Les pêcheurs locaux sont extrêmement hésitants sur cette solution ... Fumio Haga, un pêcheur, a déclaré: "Les gens fuiraient le poisson de Fukushima dès que l'eau serait libérée".

Actuellement, la quantité d'eau radioactive à Fukushima continue de croître de 150 tonnes par jour.
 Les réacteurs sont irrémédiablement endommagés, et l'eau de refroidissement doit être constamment pompée pour éviter leur surchauffe.
Cette eau capte la radioactivité avant de s'échapper des chambres de confinement endommagées et de se rassembler dans les sous-sols ... «Notre effort de récupération jusqu'à maintenant s'effondrerait immédiatement si l'eau était libérée», a dit Yuichi Manome, fermier d'Iwaki.

4 articles repris par différents journaux depuis hier, vous pouvez les voir en cliquant ici.



11/03/2017

頑張れ日本 !! GANBARE NIHON !! COURAGE LE JAPON !! DON'T GIVE UP JAPAN !!

Bonjour mes Chers Lecteurs.




Aujourd'hui cela fait 6 ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima est survenue.

6 ans de souffrance pour le peuple japonais, plus sûrement encore pour les déplacés qui sont vus comme des parias et qui sont obligés de cacher leurs origines pour ne pas être doublement victimes : victimes d'insultes et de harcèlements de la part de ceux qui n'ont pas souffert.

Il faut savoir qu'au mieux les déplacés de Fukushima sont vus comme des pestiférés qui sont brutalisés, au pire ils sont purement et simplement abandonnés à leur sort puisqu'officiellement, pour le bon gouvernement du Premier Ministre Shinzo Abe, "la situation est réglée, tout est sous contrôle"...

Avez-vous remarqué ? Alors qu'un peu partout dans le monde et en France Greenpeace entre autres organise des manifestations sur la question du nucléaire et surtout de l'abandon de cette énergie négative, les pouvoirs publics choisissent de commémorer le non moins triste anniversaire de la première victime des tueries de Toulouse et de Montauban (non, le Temple ne fera pas la publicité de l'auteur de ces attentats en citant son nom. Qu'il soit condamné à l'oubli, soit l'exact inverse de ce qu'il recherchait). Si certes le cas du terrorisme islamiste n'est certainement pas à minorer, la France préfère encore et toujours éluder la question de la sortie définitive du nucléaire.




- J'en veux pour preuve que cette centrale nucléaire de Fessenheim est toujours en activité ; que j'ai été proprement estomaqué de voir que les salariés contestaient sa fermeture pour des raisons purement économiques (perte d'emploi et de dynamisme économique...) ;

- Notre prétendue ministre de l'écologie, Ségolène Royale a consciencieusement fait traîner le dossier et s'apprête à refiler la patate chaude au quinquennat présidentiel suivant, ayant assuré sa position personnelle durant tout son mandat ministériel ;

- Enfin, le candidat de la droite François "pas franc du fion" Fillon a pour sa part déclaré qu'on pourrait sans problème amener nos plus vieilles centrales nucléaires jusqu'à 60 ans de service actif s'il était élu...

=> Quand on sait le nombre de centrales qui souffrent de malfaçons en France à l'heure actuelle, qu'EDF est au bord de la faillite et n'a pas les moyens d'investir, que la société Areva, prétendument l'un des fleurons des entreprises françaises spécialisée dans le nucléaire... A proprement disparu en raison d'une banqueroute retentissante (mais nos chers media n'en ont pas parlé plus que ça rassurez vous)... Non seulement nous ne sommes pas à l'abri qu'une de nos centrales ait un problème de la même ampleur qu'à Fukushima mais qu'il suffit d'un seul pour que notre pays aille droit dans le mur.

Je ne pense pas que les emplois sauvegardés à Fessenheim vaudront grand chose une fois que le coin aura été vitrifié...

En attendant, si vous pouviez avoir quelque compassion pour les victimes de Fukushima, non seulement pour celles qui y sont mortes mais aussi et surtout pour celles qui ont survécu, le Temple vous en saura fort gré.



Serviteur,

31/08/2016

PERSONNE N'ENDOSSE LA RESPONSABILITE DE L'ACCIDENT NUCLEAIRE [DE FUKUSHIMA]

Bonjour mes Chers Lecteurs.


Publié avec l’aimable autorisation du  blog Fukushima 福島第一

Texte de de HORI Yasuo du 21 juillet 2016 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET et Ginette MARTIN.


Le journal Asahi du 20 février 2016 a publié une interview de Tarukawa Kazuya, un agriculteur de quarante-six ans, qui loge à Sukagawa, ville du département de Fukushima. Comme cette interview est très touchante, j'en donne ici la traduction. Cet homme est membre du groupe de plaignants, qui exigent du tribunal, que leur soient rendus leur emploi et la ville où ils habitaient. J'ai trouvé son témoignage également dans la brochure qu'a publiée le groupe de plaignants.
Question : Quelle est votre situation actuelle, cinq ans après l'accident nucléaire ?

Tarukawa : Les déchets radioactifs se sont dispersés également sur notre région, Nakadōri, située au milieu du département de Fukushima, loin de la centrale n° 1. Les rizières, les jardins maraîchers, les montagnes, les tunnels de forçage en plastique, tout était pollué, en conséquence de quoi nous avons perdu notre emploi. TEPCO n'a ni versé d'indemnité compensatoire pour nos propriétés perdues, ni retiré les déchets radioactifs de nos champs. Cinq années ont passé. Je ne cesse de me demander ce que je suis, sinon seulement une victime des dégâts.

À titre de pretium doloris j'ai reçu, en 2011, 80 000 yens  soit 700 euros, et en 2012, 40 000 yens (350euros). Et c'est tout. Est-ce que 120 000 yens (1060 euros) sont suffisants pour nous faire taire ? Pouvons-nous nous contenter d'attendre que la radioactivité disparaisse ? Sûrement pas ! Nos pertes sont infiniment plus grandes que ne l'est cette somme. 


Localisation de Sukagawa

Localisation de Sukagawa

Question : J'ai entendu dire que votre défunt père s'occupait très activement de la culture biologique de légumes.

Tarukawa : Il s'intéressait beaucoup à l'environnement. Il avait commencé à cultiver des choux en hiver, car alors on n'a pas besoin d'utiliser d'insecticides. Les choux poussaient bien, sous la neige, et devenaient doux. Toutes les écoles du voisinage utilisaient nos choux pour leur repas de midi. Mon père était très heureux de pouvoir fournir aux enfants une nourriture très saine. Il fit même un jour une causerie dans une école, au sujet de l'agriculture biologique. Il était fier de ses légumes.
Puis est arrivée une instruction gouvernementale interdisant la vente des légumes produits dans notre district, et le jour suivant mon père s'est suicidé. Il nous restait sept mille cinq cent choux prêts à être vendus, tous ont fini au dépotoir. Devant un avenir si sombre, ses nerfs avaient craqué.

 Dans la brochure éditée par les plaignants, voici son témoignage:


Question: Dans cette affaire, TEPCO a reconnu devant le tribunal qu'il y avait un rapport entre cette mort et l'accident nucléaire, et un compromis a été trouvé, n'est-ce pas ?

Tarukawa : Pour venger mon père, j'ai attaqué TEPCO et en fin de compte j'ai obtenu un compromis et reçu une indemnité. Je pensais qu'un responsable de la compagnie viendrait chez moi prier pour mon père et demander pardon, mais j'avais mal compris. Seul un message fax est arrivé.


Question : A-t-on nettoyé la terre ?

Tarukawa : On a “nettoyé” les rizières. On a creusé le sol sur une profondeur de quarante centimètres, répandu de la zéolithe et brassé la terre. On dit que la zéolithe absorbera les substances radioactives. C'est ce qu'on appelle la “dépollution”.
C'est tout de même ridicule, non? Il se peut que les plants de riz n'assimilent pas de substances radioactives, mais la quantité de celles-ci dans le sol reste la même. Nous, les paysans, nous travaillons du matin au soir sur cette terre polluée. Qu'arrivera-t-il à notre corps? Nous ne cessons pas d'être inquiets.


Question : Ne peut-on pas éliminer la couche de terre de surface qui est polluée ?

Tarukawa: Il est facile d'éliminer la couche superficielle, mais si on fait ça, on n'aura pas des plants de riz et des légumes de bonne qualité. Pour rendre la terre de surface féconde, il faut plusieurs décennies.
J'appartiens à la neuvième génération de ma famille à cultiver ce bien. Je ne veux pas détruire mes champs, donc je continue à les travailler. Si je ne le faisais pas, ils deviendraient bientôt stériles. L'herbe y pousserait et gênerait les voisins. Nous ne pourrions recevoir ni indemnités ni revenus, donc nous n'aurions plus de quoi vivre.


Question : Combien TEPCO paie-t-elle d'indemnités pour les produits de la terre ?

Tarukawa : Si nous pouvons prouver la perte, la compagnie paie. Si, par exemple, un produit qui se vendait deux mille yens avant l'accident se vend à présent mille cinq cent yens, TEPCO paie la différence, soit cinq cent yens. Pendant les deux dernières années, les concombres se sont vendus plus cher qu'avant à cause du mauvais temps. Dans ce cas-là elle ne verse aucune indemnité, et pourtant réfléchissez : si l'accident ne s'était pas produit, je pourrais vendre mes concombres plus cher, et du reste ce prix lui-même est plus bas que dans les autres départements. TEPCO essaie toujours d'éviter le versement d'indemnités.

 Nous voudrions être indemnisés pour de nombreux autres produits. Par exemple nous cultivions des champignons dans le jardin, nous ramassions des herbes dans la colline. Tout cela est perdu pour nous, cependant TEPCO ne nous en indemnise nullement.


Question : Qu'en est-il de la mauvaise réputation de Fukushima ?

Tarukawa : Le riz que j'ai récolté en 2011 avait une radioactivité de trente becquerels. La norme était alors de cinq cent becquerels (ramenée à cent, depuis 2012), mon riz était donc dans la norme. Mais le riz pénètre dans notre corps, et je n'aurais pas voulu, moi non plus, consommer le mien, or je le faisais quand même, parce que je ne voulais pas en acheter dans le commerce.

Cependant je me sentais coupable de le commercialiser. Je comprends bien, que les habitants de Tokyo ne veuillent pas manger du riz de Fukushima. Y avait-il des gens prêts à se nourrir de riz produit au voisinage de cette vieille centrale nucléaire ? Il n'y avait pas là diffamation. Si le riz ne s'était pas vendu à cause d'une rumeur mensongère, il y aurait eu diffamation, mais des substances radioactives sont bel et bien tombées sur Fukushima.


Question : Votre riz est-il encore pollué ?

Tarukawa: Ni en 2014 ni en 2013 on n'a décelé une radioactivité dans mon riz. J'ai fait tout ce que je pouvais faire. J'ai répandu du chlorure de potassium afin que le riz n'absorbe pas de substances radioactives. Chaque sac est examiné. Si le riz est pollué, on ne peut pas le mettre sur le marché. Je pense que le riz de Fukushima est à présent le plus sûr du Japon.

En fait, ce riz se vend bien pour la restauration rapide, les hôpitaux, etc, sans qu'il soit fait mention qu'il provient d'ici. Le riz de Fukushima est très savoureux, et il convient donc bien pour ce type de restaurants où l'on peut l'avoir à très bon marché.


Semis de riz en serre de plastique

Semis de riz en serre de plastique


Question : Quels légumes produisez-vous ?

Tarukawa :   Dans les serres de plastique, la terre n'a pas été polluée, j'ai donc décidé de cultiver les légumes uniquement sous serre et non plus à l'air libre. À présent, je ne produis plus de choux mais des brocolis, dont pourtant le prix est bas, à cause du nom de Fukushima.


Question : Que pensez-vous de la remise en marche de quelques centrales nucléaires ?

Tarukawa : Pendant les dernières années, aucun réacteur n'a fonctionné au Japon, cependant aucune nuit n'a été sans lumière. Nous avons toujours eu assez de courant. Mais le pétrole nous revenait fort cher. Il se peut que le combustible nucléaire soit meilleur marché, mais en cas d'accident combien devrons-nous débourser ? Quelle énorme charge financière pour nous! Si un autre accident grave devait se produire, qu'arriverait-il à notre pays ?


Question : Que souhaitez-vous ajouter ?

Tarukawa : Si je me taisais, ce serait plus facile. Mais je suis passé dans la presse et à la télévision lors du décès de mon père. Certainement un grand nombre de cultivateurs sont mécontents et même furieux envers TEPCO. Aussi ne puis-je me taire. Si je ne donnais pas mon sentiment, je serais un faux-jeton.
Voilà pourquoi j'ai accepté de paraître dans le film “Je reçois la terre en héritage”. Je veux surtout que les agriculteurs, qui habitent à proximité de centrales nucléaires au Japon, voient ce film. Qu'ils sachent ce que pourraient leur causer des accidents nucléaires. Mon père disait souvent: “Ce que les hommes font, un jour, sera immanquablement détruit. Les hommes ne peuvent vaincre la nature.” Et il avait raison. Après cinq ans, personne ne veut endosser la responsabilité de l'accident nucléaire.
(Fin de l'interview)

Dans la brochure des plaignants, Tarukawa achève son témoignage par ces mots :

Pour nous, paysans, hormis notre existence, la terre et un environnement favorable sont les choses les plus précieuses. Nous voulons que TEPCO et le gouvernement nous restituent un milieu non pollué. Et de plus, comme le disait mon père, les centrales nucléaires doivent être mises au rancart.


Serviteur.
 

11/03/2016

BON ANNIVERSAIRE... FUKUSHIMA / お誕生日おめでとうございます... 福島第一

Bonjour mes Chers Lecteurs.


Dessin de Chidori-K

Aujourd'hui, le monde en général et le Japon en particulier, commémorent le triste anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Cela fait 5 ans que cette tragédie est survenue.

Rien n'a changé. Même Naoto Kan, premier ministre japonais alors en place lors de cette catastrophe dit lui-même que la crise est très loin d'être finie. Les victimes sont toujours livrées à elles-même, abandonnées par le gouvernement japonais à leur sort.


Je rappelle également que l'on a retrouvé de la radioactivité provenant directement de Fukushima... Dans l'eau du robinet de Tokyo... à 289 km de distance donc...




Cela me fend le cœur de le répéter : personnellement, je vous déconseille de vous rendre au Japon et/ou de consommer la nourriture qui en provient, a fortiori tout ce qui sort de l'Océan Pacifique...

Merci d'avoir une petite pensée pour toutes les victimes.




Courage le Japon (がんばれ日本), nous pensons à Vous.

Serviteur,

10/03/2016

L'EXPLOSION DE L'UNITE 3 DE FUKUSHIMA DAIICHI (PARTIE 7/7)


LIEN VERS LA PARTIE 6


Bonjour mes Chers Lecteurs.
 
Aujourd'hui je vous présente la septième et dernière partie de l'étude scientifique indépendante consacrée à la catastrophe nucléaire de Fukushima.
 
 
PUBLIE AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DU BLOG Fukushima 福島第一
 
 
4.2. Hypothèse d’une explosion de vapeur

4.2.1. Éléments favorables

- Les conditions nécessaires à une explosion de vapeur sont là : le cœur a commencé à fondre 24 heures plus tôt. Sans aucun refroidissement, un corium s’était formé et remplissait le fond de la cuve. Malgré l’injection d’eau douce, puis d’eau de mer, la fonte du cœur (« meltdown ») a bien eu lieu. L'injection d'eau de mer a commencé le lundi 13 mars 2011 à 13h12. Deux heures plus tard, malgré l'addition d'eau, le niveau d'eau dans la cuve du réacteur n'avait pas augmenté, ce qui laisse penser qu'il y avait déjà une fuite et que l’eau descendait directement dans le fond de l’enceinte de confinement où l’eau a pu s’accumuler. Si le fond de cuve a lâché, le corium a pu tomber dans cette eau et provoquer une explosion de vapeur.

- Les éléments observés démontrent qu’une explosion a eu lieu à l’intérieur de l’enceinte de confinement : déformation du puits de cuve au niveau du joint avec la piscine d’équipement, déformation de la vanne entre le puits de cuve et la piscine de combustible, déplacement de la porte d’accès de l’enceinte de confinement, et peut-être aussi explosion des condenseurs sous l’effet de la pression.

4.2.2. Éléments défavorables

- Selon la coupe du réacteur, il existe un puits de drainage au fond de l’enceinte de confinement (« equipment drain sump »). Si cette installation était en état, l’eau a pu être évacuée par ce conduit et de ce fait, en l’absence de masse d’eau, une explosion de vapeur n’a pas pu se produire. Toutefois, cette évacuation a pu aussi être bouchée par du corium puisque c’est cette matière qui est arrivée en premier en fond d’enceinte de confinement après avoir percé la cuve. C’est cette hypothèse qui est privilégiée par Tepco en 2011, comme le montre le schéma suivant : puisard rempli de corium.


Fig. 97 : Pour exemple, représentation du corium du BR1 remplissant le puisard  (Evaluation de Tepco en décembre 2011)

Fig. 97 : Pour exemple, représentation du corium du BR1 remplissant le puisard (Evaluation de Tepco en décembre 2011)


4.3. Hypothèse d’une explosion de zirconium

4.3.1. Éléments favorables

- Les conditions pour une explosion de zirconium sont réunies : d’une part le métal zirconium est là en abondance : il sert à envelopper les 34 524 crayons de combustible installés dans le réacteur. D’autre part, la chaleur est là : le combustible commence à être découvert le 13 mars 2011 vers 9h10 et donc l’eau ne joue plus son rôle de refroidissement.

- Le zirconium est au contact d’un hydroxyde de métal alcalin, le césium. Quand les gaines se fissurent, le césium, produit de fission, se libère et s’oxyde au contact de l’eau. Le césium ou l’oxyde de césium peuvent se transformer en hydroxyde de césium qui peut déclencher une explosion au contact du zirconium.

4.3.2. Éléments défavorables

- Le zirconium n’est pas pur donc il n’est pas censé réagir de la même manière. Les gaines de combustible sont en effet composées d’un alliage dénommé le zircaloy fait de zirconium (98 %) et de divers métaux (principalement de l’étain, mais aussi du chrome, du fer, du nickel, du hafnium)

- Le zirconium ne se présente pas sous forme de poudre ou de granulés mélangés à l'air dans un réacteur.

- Le zirconium est surtout connu pour produire de l’hydrogène en abondance au contact de l’eau quand la température monte et qu’il s’oxyde. Il favorise ainsi les explosions d’hydrogène plus qu’il n’explose lui-même.

4.4. Hypothèse d’une explosion due à un accident de criticité instantanée dans la piscine de combustible

4.4.1. Éléments favorables

- La vidéo montre que la première explosion se situe dans l’angle sud-est du BR3, là où se trouve la piscine de combustible.

- La photo aérienne du BR3 montre qu’il y a eu une explosion à l’endroit de la piscine.

- La double poutre n° 5, la seule à avoir été désolidarisée entièrement de la toiture, se trouvait juste au-dessus de la piscine de combustible

- Cette explosion a produit une forte chaleur qui a tordu les poutrelles métalliques du toit.

- Le nuage 3a, qui initie la grande explosion verticale, se situe exactement au-dessus de la piscine de combustible.

- Le nuage qui est propulsé à 300 mètres d’altitude n’a pas pu être guidé par les murs du BR3 car ceux-ci étaient déjà détruits par la première explosion. Les murs de la piscine de combustible d’une profondeur de 11,80 mètres ont pu jouer ce rôle.

- La machine de réapprovisionnement en combustible qui était positionnée sur la piscine a été projetée en l’air sous l’effet d’une explosion provenant d’en dessous d’elle et est retombée dans la piscine.

- L’endroit le plus chaud de la piscine le 20 mars 2011 correspond à l’emplacement supposé de l’explosion, c’est-à-dire là où il y a eu le moins de retombée de matériel (effet cratère).

- Tepco n’a jamais diffusé de photos des assemblages de la piscine à l’endroit le plus chaud.

- Des morceaux de combustible nucléaire ont été trouvés près du BR2 et jusqu’à plusieurs kilomètres de la centrale de Fukushima Daiichi.

- Des poussières de combustible de Fukushima ont été retrouvées partout dans le monde : de l'uranium à Hawaii et sur la côte ouest des Etats-Unis, du plutonium sur place mais aussi en Lituanie, de l'américium en Nouvelle Angleterre et sur la Côte Est.

- De la poussière noire qui se forme au sol près de la centrale de Fukushima est composée de produits de fission dont les césiums 134 et 137 et le radium 226.

4.4.2. Éléments défavorables

- Les photos de l’intérieur de la piscine montrent certains des assemblages de combustible intacts. Comment une telle explosion aurait-elle pu laisser du combustible au fond de la piscine sans l’endommager ?

4.4.3. Élément indifférent

- Un des arguments d’Arnie Gundersen en faveur d’une explosion de criticité pour le BR3 est que celle-ci a produit une détonation, donc avec une onde de choc supersonique. Nous ne voyons pas en quoi cette information est un argument car l’hydrogène peut aussi produire une détonation (8). L’explosion d’hydrogène du BR1 a par exemple bel et bien produit une onde de choc supersonique. Cet argument n’est donc pas à conserver.

(8) Pour ceux qui s’intéressent à la combustion de l’hydrogène, se reporter au rapport EUR9689  de la Commission des Communautés Européennes, Eléments pour un guide de sécurité « hydrogène » , paru en 1985, chapitre II « Risques caractéristiques présentés par l’hydrogène », et en particulier le paragraphe 6.1.8 sur la détonation.


5. Conclusions prenant en compte les faits et les critiques

Tout d’abord, il faut s’en tenir aux faits avérés.

5.1. Il s’est produit plusieurs explosions

Il faut se rendre à l’évidence qu’on ne peut pas expliquer « l’explosion » du BR3 de manière simpliste comme voudrait l’imposer la version officielle depuis 4 ans. L’analyse de l’évènement démontre qu’il y a eu plusieurs phases visibles qui impliquent l’existence de plusieurs explosions en l’espace d’une demi-seconde :

- Phase 1 (instant T) : explosion principalement sur le côté sud-est avec destruction du toit

- Phase 2 (T + 0,0334 s) : production d’une flamme jaune-orange sur le côté sud-est

- Phase 3 (T + 0,0668) : destruction du toit et des murs de l’angle nord-ouest

- Phase 4 (T + 0,33  s) : formation d’un nuage au-dessus de la piscine de combustible

- Phase 5 (T + 0,43 s) : formation d’un nuage au-dessus du côté nord-ouest

5.1.1. Une explosion s’est produite dans la piscine de combustible

Nous avons vu dans le chapitre 4.4 qu’il y avait 12 éléments favorables à l’explosion de la piscine de combustible contre 1 défavorable. S’il fallait ne retenir qu’un seul élément favorable, c’est que du combustible nucléaire a été retrouvé à l’extérieur de la centrale. Comme le puits de cuve est resté fermé, ce combustible ne peut pas provenir du réacteur. Il provient donc de la piscine de combustible. Comme personne ne l’en a extrait, il s’est donc bien produit une explosion dans la piscine de combustible qui a projeté certains éléments à l’extérieur.

L’hydrogène n’ayant pas pu exploser dans l’eau de la piscine car il lui faut de l’oxygène gazeux, l’explosion ne peut s’expliquer que par un accident de criticité.

Ce n’est pas la première fois qu’un accident de criticité se produit avec du combustible nucléaire. Depuis 1945, l’IRSN en a recensés 39 qui sont survenus sur des réacteurs de recherche et sur des assemblages critiques dans des laboratoires.

Les accidents de criticité les plus courants durent un certain temps, jusqu’à ce que les conditions de la réaction en chaîne ne soient plus réunies. Par exemple, l’accident de Tokaï Mura (Japon, 1999) a duré 20 heures. Dans le cas de l’explosion de la piscine du BR3, Arnie Gundersen parle de criticité instantanée. C'est-à-dire que les conditions nécessaires à la réaction en chaîne ne durent qu’un instant. Mais cet instant suffit à provoquer une énergie phénoménale vu l’importance de la masse de combustible mise en jeu (97 tonnes). 

Le journal officiel donne la définition de la criticité instantanée : « Criticité qui serait atteinte sous l'action des seuls neutrons instantanés et conduirait à une situation accidentelle grave ».

On peut se demander pour quelle raison cet accident a pu se produire dans une piscine de combustible dont la géométrie a été étudiée pour que cela n’arrive pas. Comme tous les accidents, plusieurs facteurs ont probablement joué. 

Tout d’abord, il est possible que le « re-racking » ait été utilisé, c’est-à-dire un réarrangement des paniers, plus serré que celui prévu par les concepteurs, ce qui permet de stocker plus de combustible. Tepco a-t-il usé de cette pratique ? Les plans fournis par l’opérateur ne sont pas très clairs. L’un d’entre eux montre des caisses (fig. 87b, plan 2) dans un espace qui semble vide sur les autres.  


Fig. 98 : Contradiction de deux plans de Tepco concernant la piscine du BR3

Fig. 98 : Contradiction de deux plans de Tepco concernant la piscine du BR3

Le deuxième facteur est la nature du MOX, combustible qui contient un mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium non prévu initialement pour être utilisé dans ce réacteur. Ce combustible est plus instable que celui à l’uranium simple. 

Un troisième facteur a pu jouer également : une explosion d’hydrogène aurait provoqué une pression sur l’eau et les barres de combustible, ce qui aurait soit modifié leur géométrie initiale, soit favorisé une réaction en chaîne par la compression des bulles de vapeur.

Immédiatement après cette explosion, à notre connaissance, aucune photo ne montre de panache de vapeur sortir de la piscine de combustible, comme si elle avait perdu une grande partie de son eau. Pour comparaison, la piscine du BR4 a longtemps émis un panache de vapeur, indiquant que le combustible continuait à se refroidir en faisant évaporer son eau de refroidissement. Après l’explosion du BR3, l’inquiétude était forte pour sa piscine de combustible qui devait être impérativement arrosée. Les opérations de largage d’eau par hélicoptère ont commencé dès le 18 mars 2011.

En ce qui concerne le seul élément défavorable, à savoir que s’il y avait eu un accident de criticité, tout le combustible aurait été endommagé, nous pensons que ce n’est pas forcément le cas. A notre connaissance, la disposition des 566 assemblages dans la piscine de combustible n’a jamais été diffusée par Tepco. Il est possible que l’accident de criticité se soit produit à un endroit où la géométrie était favorable à cet évènement et que les assemblages situés sur les côtés de la piscine, séparés par des racks vides, n’aient pas été affectés. Nous rappelons que Tepco n’a diffusé que les photos des assemblages périphériques, ce qui nous empêche de vérifier cette hypothèse.

Fig. 99 : Assemblages de la piscine de combustible : en rouge, la zone non documentée par Tepco (zone colorée en rouge ajoutée par l’auteur)

Fig. 99 : Assemblages de la piscine de combustible : en rouge, la zone non documentée par Tepco (zone colorée en rouge ajoutée par l’auteur)

5.1.2. Une explosion s’est produite à l’intérieur de l’enceinte de confinement

Plusieurs observations énoncées dans le chapitre 2 conduisent à conclure qu’une explosion s’est produite à l’intérieur de l’enceinte de confinement :

- La double porte entre la piscine de combustible et le puits de cuve a été détériorée côté puits.

- Le mur de séparation entre le puits de cuve et la piscine d’équipement s’est déboîté de son logement et a été poussé, ce qui implique que le diamètre du puits de cuve s’est élargi.

- La porte de l’enceinte de confinement du niveau 1F a été déplacée de plus d’un mètre. 

On pourrait rétorquer que c’est l’explosion de la piscine de combustible qui a provoqué ces effets. Or cela paraît peu vraisemblable car d’une part, la deuxième vanne de la porte entre la piscine de combustible et le puits de cuve a été poussée depuis le côté du puits de cuve et non pas depuis la piscine. D’autre part, l’explosion de la piscine de combustible n’a pas pu écarter le mur séparant la piscine d’équipement et le puits de cuve. Seule une explosion à l’intérieur de l’enceinte de confinement a pu élargir le diamètre du puits de cuve. Enfin, la porte inférieure de l’enceinte de confinement n’a pu être poussée que depuis l’intérieur.

- La radioactivité relevée au niveau de la dalle antimissile est très élevée : plus de 2 Sv/h en juillet 2013. Celle mesurée devant la porte de l’enceinte de confinement au niveau 1F l’est également : 0,87 Sv/h en novembre 2011.

Cette explosion a produit une sévère rupture de l’étanchéité de l’enceinte de confinement. On en a très bien vu les effets dans les semaines qui ont suivi les explosions avec ces importants panaches de vapeur qui s’échappaient du puits de cuve là où l’explosion avait fait des dégâts et ce débit de dose très élevé relevé par Tepco le 14 mars : 167 sieverts par heure au niveau de l’enceinte de confinement.

Il semble difficile qu’une explosion d’hydrogène, théorie soutenue par Tepco et le gouvernement, ait pu se produire dans l’enceinte de confinement tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’oxygène à l’intérieur. En effet, l’eau bouillante du cœur a produit de la vapeur d’eau qui a envahi l’ensemble de l’enceinte de confinement. Cette vapeur d’eau qui sort sous pression est visible sur une photo 3 minutes après l’explosion (cf. figure 38). Par ailleurs, selon une analyse de l’IRSN en 2012, « l’enceinte de confinement est remplie d’azote, un gaz inerte. A ce stade, il n’y a pas de risque ».

Il nous semble qu’une explosion de vapeur au sein de l’enceinte de confinement peut expliquer les dégâts observés. Suite à l’explosion qui s’est produite dans la piscine de combustible, l’onde de choc a pu secouer et fracturer la cuve fragilisée par la chaleur intense et un gros paquet de corium a pu tomber dans le fond de l’enceinte de confinement où se trouvait de l’eau. La vaporisation quasi instantanée d’une grande partie de cette masse d’eau a pu faire augmenter la pression subitement avec les dégâts que l’on connaît.

L’explosion de vapeur est un accident extrêmement redouté par l’industrie nucléaire et fait l’objet de nombreuses études. L’EPR, qui aurait dû être le réacteur du futur mais qu’Areva n’a pas encore réussi à construire, est sensé justement corriger cette faiblesse des réacteurs nucléaires actuels : le récupérateur de corium permettrait, en théorie, d’éviter l’explosion de vapeur.


Fig. 100 : Effets possibles d’une explosion dans l’enceinte de confinement du BR3

Fig. 100 : Effets possibles d’une explosion dans l’enceinte de confinement du BR3


5.1.3. Une explosion s’est produite au niveau 4F

Nous avons remarqué aux chapitres 2.7.3.2 que le niveau 4F a énormément souffert d’une explosion. Celle-ci ayant affecté presque tout cet étage en détruisant, entre autres, un tiers des murs extérieurs, il est probable qu’il s’agisse d’une explosion d’hydrogène. Ce gaz a pu arriver par les tuyauteries des condenseurs qui sont reliées directement à la cuve du réacteur.  Ainsi, ce système qui est sensé refroidir le réacteur en cas de panne de refroidissement, une fois son service rendu, peut devenir un vecteur de propagation de l’hydrogène dans le bâtiment et faciliter ainsi les explosions. 

Fig. 101 : Effets de l’explosion qui s’est produite au niveau 4F du BR3

Fig. 101 : Effets de l’explosion qui s’est produite au niveau 4F du BR3


Fig. 102 : Exemple de condenseurs, ceux du BR1 situés aussi au 4ème niveau (4F)

Fig. 102 : Exemple de condenseurs, ceux du BR1 situés aussi au 4ème niveau (4F)


5.2. Proposition de déroulement des explosions

Au vu des faits exposés et de leur analyse, nous proposons maintenant notre compréhension du déroulement de ces explosions qui ont eu lieu dans le BR3 de Fukushima Daiichi le 14 mars 2011.

- Phase 1 : De l’hydrogène s’accumule dans le niveau 4F à cause peut-être de tuyauteries défectueuses en rapport avec les condenseurs reliés directement à la cuve du réacteur, et dans les niveaux 5F-CRF à cause de la réaction zirconium-eau du fait de l’absence de refroidissement de la piscine de combustible.

- Phase 2 : Une explosion d’hydrogène se produit au-dessus de la piscine de combustible. L’onde de choc commence à détruire la partie la moins solide du BR3 : la toiture.

- Phase 3 : L’onde de choc arrive en premier dans l’angle sud-est du bâtiment, crée une grande ouverture dans le toit et laisse passer le mélange explosif à une vitesse supersonique en produisant une flamme jaune-orange.

- Phase 4 : Dans la direction opposée, l’onde de choc primitive augmentée de l’énergie de son rebond contre les murs de l’angle sud-est, rencontre l’angle nord-ouest quelques centièmes de secondes plus tard et le détruit.

- Phase 5 : Par l’intermédiaire des escaliers de service et du sas d'accès matériel, l’onde de choc provoque quasi simultanément une explosion d’hydrogène au niveau 4F, détruisant un tiers des murs extérieurs et des plafonds ; les piscines qui ont des structures renforcées ne semblent pas touchées.

- Phase 6 : Dans le même temps, l’explosion d’hydrogène du niveau 5F-CRF compresse les bulles de vapeur de l’eau de la piscine de combustible, le coefficient de vide devient subitement positif (9) et la réactivité de la fission nucléaire est soudainement accrue, produisant un accident de criticité instantanée.

- Phase 7 : La piscine de combustible subit alors un « flash boiling », une sorte d’explosion de vapeur due à l’énergie instantanée dégagée par l’accident de criticité, ce qui a pour effet d’éjecter une partie des barres de combustible à l’extérieur du BR3.

- Phase 8 : L’onde de choc de cette dernière explosion détache du corium, voire le fond de cuve en tout ou partie, qui tombe dans l’eau qui s’est amassée en fond d’enceinte de confinement.

- Phase 9 : La masse de corium d’une température de 2500 à 3000 °C vaporise instantanément une grande partie de l’eau dans laquelle elle tombe ; c’est une explosion de vapeur qui, sous la pression extrême qu’elle dégage, déforme l’enceinte dite de confinement et entraîne la perte de son étanchéité.

Remarque : étant donné que nous ne disposons d’aucun élément visuel de l’explosion qui s’est produite dans l’enceinte de confinement, nous ne savons pas à quel moment elle a eu lieu. Nous l’avons placée arbitrairement à la fin de la série mais elle pourrait tout aussi bien être l’élément déclencheur de la phase 2.

(9) En effet la compression de la vapeur la rapproche de la densité de l’eau, qui fait alors office de modérateur de neutrons lents – ceux qui sont favorables à la réaction de fission de l’uranium – ce qui accélère donc la réaction en chaîne. Dans les bulles de vapeur, les neutrons ne sont pas suffisamment ralentis, cela freine la réaction. Ces considérations sont valables dans le cas où l’eau est à la fois le modérateur et le fluide caloporteur, ce qui est le cas de tous les réacteurs de Fukushima.
 
 
 FIN
 
 
Voilà, mes Chers Lecteurs : ainsi s'achèvent cette étude scientifique indépendante sur les causes probables de la catastrophes nucléaires de Fukushima publiée en août 2015 sur le site de FUKUSHIMA-BLOG.COM
 
Chacun sera bien entendu libre d'en tirer ses propres conclusions. 
 
Il est de toute façon incontestable que TEPCO et le gouvernement japonais n'ont pas tout dit au monde entier en général et au peuple japonais en particulier. La France est très loin d'être exempte de toute critique puisque dernièrement, notre ministre "de l'écologie" s'est déclarée favorable à prolonger de 10 ans la durée de vie de notre parc nucléaire... Il faut croire qu'une fois encore que nos dirigeants ne sont pas capables (ou ne veulent pas) tirer des leçons des dangers du nucléaire des décennies passées puisque la même ministre française de "l'écologie" (pardon pour les guillemets mais pour rester poli, je ne vois pas meilleure contradiction entre la fonction et les actes) en a remis une couche il n'y a pas longtemps : "la France fait ce qu'elle veut" et peu importe ce que pense les autres pays...
 
Quand il sera trop tard...
 
Je tiens à m'incliner respectueusement devant le tenancier du blog FUKUSHIMA-BLOG.COM pour m'avoir autorisé à relayer ses développements et je le remercie très chaleureusement de pouvoir mettre à la disposition de tous une information vulgarisée au maximum  afin que chacun soit en mesure de se faire sa propre opinion... Il est tellement dommage pour ne pas dire scandaleux que la question du nucléaire soit aussi tabou au nom de l'argent

Je rappelle que demain, 11/03/2016, le Japon fêtera un bien triste anniversaire : cela fera 5 ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima est survenue. Officiellement, tout va bien au Japon, tout est sous contrôle et il n'y a aucun souci à se faire...
 
On aura peut être une petite chance d'avoir une ou deux émissions "Fukushima, 5 ans après" pas trop tard après nos journaux télévisées qui traiteront en majorité de l'ascension électorale présidentielle de Donald Trump, véritable allégorie du progrès et de tolérance made in America, la question des migrants syriens dont personne ne veut sauf si cela représente une excellente occasion de promotion politique et de je ne sais quelle fiction française/américaine au contenu intellectuel certes très discutable mais beaucoup plus politiquement correct... 

Un rapide coup d’œil sur les grilles des programmes TV de demain ne me donne pas spécialement l'occasion de me montrer optimiste (à part ARTE... à 22h40). Après tout, si les media officiels français n'en parlent pas, c'est qu'il n'y a pas besoin de s'en faire n'est ce pas ? Le Japon, c'est très loin et puis ce n'est pas en France qu'une telle catastrophe arriverait c'est bien connu... Tout va bien, tout est sous contrôle et il n'y a aucun souci à se faire...

Merci infiniment,

Serviteur,
 

09/03/2016

L'EXPLOSION DE L'UNITE 3 DE FUKUSHIMA DAIICHI (PARTIE 6/7)





Bonjour mes Chers Lecteurs.
Aujourd'hui je vous présente la sixième partie de l'étude scientifique indépendante consacrée à la catastrophe nucléaire de Fukushima.
PUBLIE AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DU BLOG Fukushima 福島第一
3. Les hypothèses

3.1. L’hypothèse de l’explosion d’hydrogène

La puissance et la couleur de la flamme du premier événement évoque une explosion d’hydrogène. L’explosion du BR1 le 12 mars avait également produit une flamme de même couleur, mais répartie uniformément dans tout le bâtiment.


Fig. 86 : Flamme de l’explosion d’hydrogène du BR1 le 12 mars 2011

Fig. 86 : Flamme de l’explosion d’hydrogène du BR1 le 12 mars 2011


Une explosion de ce type étant simplement le résultat de la combinaison entre de l’hydrogène et de l’oxygène, elle ne devrait donner que de l’eau et de la chaleur. On a un très bon exemple de formation d’un nuage de vapeur avec cette explosion d'hydrogène du BR1 : suite à l’explosion d’hydrogène, un nuage en forme de boule s’est formé très rapidement, est monté jusqu’à une centaine de mètres de hauteur à une vitesse supersonique de 600 m/s et a disparu complètement. Ce nuage furtif de condensation visualise en fait le déplacement de l’onde de choc.


Fig. 87 : Nuage en forme de boule 44 centièmes de seconde après l’explosion du BR1

Fig. 87 : Nuage en forme de boule 44 centièmes de seconde après l’explosion du BR1


Fig. 88 : A 80 centièmes de seconde, le panache a entièrement disparu, l’eau s’est évaporée presqu’instantanément.

Fig. 88 : A 80 centièmes de seconde, le panache a entièrement disparu, l’eau s’est évaporée presqu’instantanément.


Or, pour l’explosion du BR3, la nature du nuage résultant de la flamme orange (nuage 4) est incertaine. Certes le panache produit est clair au départ, mais sa couleur grise persiste et il ne disparaît pas. Il peut être constitué de vapeur d’eau, mais pas uniquement, à moins que l’hygrométrie du 14 mars n’ait pas permis une évaporation rapide du panache.

Le nuage noir (nuage 2) qui se forme au niveau du toit ne peut pas être considéré comme de la vapeur. Il ne peut donc pas résulter d’une explosion d’hydrogène. On peut imaginer qu’il résulte de la combustion du goudron dont était composé le toit sous l’effet de la forte chaleur provoquée par les explosions.

La deuxième explosion ne peut pas plus être considérée comme une explosion d’hydrogène car la première explosion a détruit les murs supérieurs du bâtiment qui a été largement éventré. Comme la deuxième explosion provoque un panache vertical de grande ampleur avec projection d’objets extrêmement lourds à plus de 200 mètres d’altitude, il est forcément guidé par un conduit vertical. Les murs du BR3 ne peuvent pas jouer ce rôle puisqu’ils ont déjà été détruits par la première explosion, donc c’est autre chose. Cinq structures à parois verticales pourraient jouer ce rôle : le sas d'accès matériel, l’enceinte de confinement, la cuve du réacteur, la piscine d’équipement et la piscine de combustible. Examinons chacune de ces hypothèses.

3.1.1. Le sas d'accès matériel (« equipment hatch »)

C'est un sas traversant tous les niveaux excepté le sous-sol permettant de faire entrer et sortir le matériel volumineux dans le bâtiment réacteur, en particulier les conteneurs de combustible nucléaire. Une partie de la charpente de la toiture reposant sur cette ouverture, il ne nous paraît pas vraisemblable que ce conduit ait pu être à l’origine de l’explosion. De plus, si l’explosion avait eu lieu dans ce conduit, il aurait détruit le mur ouest jusqu’à la base, ce qui n’est pas le cas.


Fig. 89 : Ouverture du sas d’accès matériel vue du ciel

Fig. 89 : Ouverture du sas d’accès matériel vue du ciel


Une autre raison que ce sas ne peut être l’origine spatiale de l’explosion est qu’il n’a pas vraiment de parois verticales, étant conçu pour communiquer avec tous les étages. Une explosion s’étant produite au niveau 4F, il a certainement dégagé une onde de choc verticale mais pas dans les proportions telles que le montre la vidéo.


Fig. 90 : Sas d’accès matériel du BR4 (Instantané d’une vidéo de visite du BR4 en juin 2011)

Fig. 90 : Sas d’accès matériel du BR4 (Instantané d’une vidéo de visite du BR4 en juin 2011)


Fig. 91 : Vue oblique du sas d’accès matériel éventré à l’ouest (capture vidéo)

Fig. 91 : Vue oblique du sas d’accès matériel éventré à l’ouest (capture vidéo)


3.1.2. L’enceinte de confinement (« dry well »)

Cette enceinte en forme d’ampoule est fermée par un couvercle boulonné. Elle est également surmontée du puits de cuve protégé quant à lui par trois couches de dalles antimissiles en béton armé. Selon les images du BR3 diffusées par Tepco, on sait qu’une de ces dalles a souffert car elle est surbaissée en son centre de 30 cm par rapport au niveau normal. 

Comme nous l’avons vu plus haut dans le paragraphe 2.7.7.1, ceci peut s’expliquer de deux manières : 

- soit quelque chose de très lourd est tombé sur cette dalle, ce qui a provoqué son écrasement ; 

- soit elle a été soulevée par le souffle d’une explosion située en dessous d’elle, puis est retombée à sa place en se déformant. 

Dans le premier cas, l’explosion verticale ne peut pas avoir comme origine l’enceinte de confinement qui reste fermée. Dans le second cas, si la dalle se soulève verticalement, elle pourrait laisser s’échapper le souffle d’une explosion verticale. Cependant, vu la puissance de cette explosion, la dalle ne se serait pas repositionnée au même endroit, elle se serait déposée sur le bord, ainsi que les huit autres dalles (il y en a 3 par couche) pour laisser passer le souffle vertical. 

De plus, la partie du toit qui est exactement au-dessus du puits de ravitaillement aurait aussi disparu avec le souffle, ce qui n’est pas le cas (Au contraire, c’est au centre que la charpente de la toiture a été le mieux préservée). Ou alors, si la dalle n’avait été soulevée que partiellement, le souffle aurait été oblique mais pas vertical, et n’aurait pas eu cette élévation à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Une explosion verticale provenant directement de l’enceinte de confinement est donc à exclure. (Il est à noter que l’IRSN, dès le 19 mars 2011, estimait que la dalle antimissile située à la verticale de la cuve et de l’enceinte de confinement avait été détruite lors de l’explosion.)

Fig. 92 : Situation de l’enceinte de confinement dans le réacteur

Fig. 92 : Situation de l’enceinte de confinement dans le réacteur


3.1.3. La cuve du réacteur (« RPV »)

C’est dans cette cuve que se trouve le cœur du réacteur. Celle-ci se trouvant à l’intérieur de l’enceinte de confinement, il est impossible, pour les mêmes raisons développées dans le paragraphe précédent, que les parois de cette cuve aient joué le rôle de fût de canon vu que le souffle de l'explosion n'est pas passé par le puits de cuve.

Fig. 93 : Situation de la cuve du réacteur, à l’intérieur de l’enceinte de confinement

Fig. 93 : Situation de la cuve du réacteur, à l’intérieur de l’enceinte de confinement


3.1.4. La piscine d’équipement (« DSP »)

Cette piscine est située juste à côté du puits de cuve du réacteur, côté nord. Elle permet d’entreposer du matériel radioactif issu du réacteur durant une réparation ou un ravitaillement. Par exemple, au moment du tremblement de terre, le shroud (l’enveloppe du cœur) du réacteur n°4 était entreposé dans la piscine de matériel. 

Pour ce qui concerne le réacteur n°3, étant donné qu’il était en fonctionnement à ce moment-là, il est probable que cette piscine était vide de matériel. Était-elle vide d’eau également ? Si c’est le cas, pouvait-elle se remplir d’hydrogène ? Non si elle était découverte car l’hydrogène est plus léger que l’air. Oui si elle était couverte. Dans ce cas, les murs de cette piscine auraient pu jouer le rôle d’un fût de canon au moment de l’explosion de l’hydrogène. 

A noter que, selon les photos du BR3 deux semaines après l'explosion, la piscine de matériel était vide d'eau. A noter également que l’axe de visée du nuage n° 3 passe par le centre de cette piscine et surtout par son angle sud-ouest qui est justement celui qui a montré la plus grosse fuite provenant du puits de cuve.


Fig. 94 : Piscine d’équipement vide le 27 mars 2011 (cavité en bas à gauche)

Fig. 94 : Piscine d’équipement vide le 27 mars 2011 (cavité en bas à gauche)


Fig. 95 : Localisation des piscines de combustible et d’équipement

Fig. 95 : Localisation des piscines de combustible et d’équipement


3.1.5. La piscine de combustible (« SFP »)

Cette piscine se trouve également à côté du puits de cuve du réacteur, positionnée du côté sud symétriquement à la piscine de matériel. Elle permet d’entreposer du combustible usé à proximité du réacteur sans sortir les assemblages de l’eau, ce qui met les travailleurs à l’abri des rayonnements. Si elle est restée pleine d'eau, elle n’a pas pu se remplir d’hydrogène et jouer le rôle d’un fût de canon pour ce type d’explosion. Si une grande partie de son eau s’est évaporée suite à l’arrêt de son refroidissement, l’hydrogène a pu remplir la piscine tout en remplissant l’ensemble du bâtiment réacteur car l’hydrogène est plus léger que l’air. Dans ce cas, les parois de la piscine ont pu jouer ce rôle de conduit avec une profondeur de près de 8 m au-dessus des racks. Dans le cas d’un accident de criticité, les parois ont pu jouer le même rôle, que la piscine soit remplie d’eau ou pas, comme nous l’exposons dans le chapitre suivant.


3.2. L’hypothèse d'un accident de criticité instantanée de la piscine de combustible

Dans le cas où il ne s’agit pas d’une explosion d’hydrogène mais d’une réaction de criticité, la piscine de combustible peut aussi remplir ce rôle de fût de canon, ses quatre murs guidant l’onde de choc produite par l’événement. Cette hypothèse est défendue par au moins trois ingénieurs nucléaires, le Japonais Setsuo Fujiwara, ancien inspecteur au JNES (Japan Nuclear Energy Safety Organization), le scientifique britannique Christopher Busby,  et l'Etatsunien Arnie Gundersen, ancien cadre de l'industrie de l’énergie nucléaire.

Étant donné que l'enceinte de confinement n'a pas explosé, Arnie Gundersen s'appuie sur le fait que du combustible a été retrouvé à plus de 3 km des réacteurs (5) pour émettre l'hypothèse que ces fragments proviennent de la piscine de combustible, et donc que celle-ci a explosé. Il pense également que l'uranium trouvé à Hawaii et sur la côte ouest des Etats-Unis, le plutonium trouvé sur place, et l'américium trouvé en Nouvelle Angleterre, sur la Côte Est, sont des résidus provenant de cette explosion atmosphérique (6).

(5) En juin 2013, on a retrouvé aussi des débris fortement radioactifs à 20 km de la centrale, dans le lit asséché d'une rivière de Nahara. Il est fort probable que ces fragments provenaient de l'explosion du BR3. Pour comparaison, la portée d'un canon puissant peut dépasser 40 à 60 km.

(6) On a également retrouvé du plutonium de Fukushima en Lithuanie, selon G. Lujanienė, S. Byčenkienė, PP Povinec et M. Gera qui ont réalisé une étude environnementale co-organisée par le Centre pour les sciences physiques et de la technologie de Vilnius (Lituanie) et la Faculté de Mathématiques, Physique et Informatique de Bratislava (Slovaquie).


Il compare les explosions du BR1 et du BR3 en disant que l’explosion du BR1 est une déflagration et que celle du BR3 est une détonation, ce qui signerait une explosion due à un accident de criticité.

Il affirme aussi que la couleur noire du panache de fumée (nuage 3) indique qu'il était composé d'uranium et de plutonium volatilisé et que, sous la forme d’aérosol, ces radionucléides pouvaient voyager très loin.

Selon son hypothèse, l'explosion aurait commencé avec une réaction oxygène-hydrogène. Immédiatement après, cette réaction aurait créé une onde de choc suffisante pour déformer les barres de combustible nucléaire, ce qui aurait produit une réaction nucléaire et la détonation (« une divergence prompte qu’on pourrait comparer à une sorte de micro-explosion nucléaire », selon la physicienne Dominique Leglu), suivie d’un panache de fumée noire et l'éjection des gravats irradiés.

Setsuo Fujiwara explique les choses d'une manière un peu différente. Selon lui, il y a eu une explosion d'hydrogène au-dessus de la surface de l'eau dans la piscine de combustible, et en raison de la pression délivrée par cette explosion, les « vides », c'est-à-dire les bulles de vapeur, ont été compressés dans l'eau bouillante. Comme le coefficient modérateur (7) est devenu subitement positif, la réactivité de la fission nucléaire a été soudainement accrue, produisant un accident de criticité instantanée.

(7) Le coefficient modérateur est aussi appelé le « coefficient de vide » :
- S’il est négatif : effet auto-stabilisant de la réaction nucléaire. Si la puissance neutronique augmente, le flux de chaleur augmente, et la densité du fluide diminue vu la production de vapeur, et comme  la densité de ce modérateur diminue, on observe une diminution de la puissance.
- S’il est positif : emballement, par l’effet inverse  du processus décrit ci-dessus.


L'hypothèse soutenue par ces ingénieurs serait facile à prouver ou à réfuter si la composition du nuage radioactif était diffusée. En effet, le ratio de deux isotopes du Xénon pourrait donner la signature d'un accident de criticité. Mais ces informations seraient tenues secrètes par l'armée américaine. Une autre manière de connaître la composition du panache serait de rendre public les mesures effectuées par le réseau TICEN (60 laboratoires dans le monde) mais ces analyses sont censurées par les Etats qui ont signé le Traité d'Interdiction Complète des Essais Nucléaires.


3.3. L’hypothèse de l’explosion de zirconium

Une troisième hypothèse a été énoncée par Trifouillax sur son site Gen4 en octobre 2011. Ce site regretté n'existe plus aujourd'hui dans sa version originale mais on peut en retrouver certains articles dans des sauvegardes. Cette hypothèse envisage une explosion au sein des assemblages eux-mêmes due à l'utilisation de l'alliage de Zirconium (Zircaloy) qui assure le gainage des assemblages de crayons de combustible. Cette matière, selon Gen4, a la particularité de présenter « un pouvoir explosif équivalent à celui de la nitroglycérine » et supporte très mal les températures supérieures à 300° C. La fiche internationale de sécurité chimique consacrée au Zirconium confirme que ce métal est très instable dans certaines conditions : quand il est chauffé, il réagit violemment avec les oxydants, le borax et le tétrachlorure de carbone ; il peut aussi provoquer une explosion en présence d'hydroxydes de métaux alcalins, ou s'il se présente sous forme de poudre ou de granulés mélangés à l'air. Il peut ainsi s'enflammer spontanément en présence d'oxygène ou d'eau une fois la température de 1000°C atteinte. C'est pourtant ce métal qui a été choisi par l'industrie nucléaire pour fabriquer les gaines de combustible car il a des propriétés de perméabilité neutronique très intéressantes.

Avant l'explosion du 14 mars 2011, la piscine de désactivation du BR3 avait perdu une partie de son eau et le combustible avait fortement chauffé ; l'hypothèse d'une explosion de zirconium est donc envisageable, surtout en présence du métal alcalin qu'est le césium (produit de fission).

Même si l'hypothèse d'une explosion de zirconium n'a jamais été retenue jusqu'à maintenant, l'industrie nucléaire reconnaît la dangerosité de ce métal qui, en s'oxydant, a l'inconvénient majeur de produire de l'hydrogène en abondance s'il est porté à une température dépassant les 800°C. Ce fameux métal est ainsi officiellement mis en cause dans l’origine des explosions d’hydrogène des bâtiments réacteurs 1 et 2 de Fukushima Daiichi. Il peut aussi provoquer des « feux de piscine » où les barres de combustible pourraient brûler tels des cierges magiques (pyrophoricité) et libérer les produits de fission dans l'atmosphère, comme l'explique Robert Alvarez, ancien conseiller principal au Département de l'Énergie américain.


3.4. L’hypothèse de l’explosion de vapeur

La première personne à évoquer une explosion de vapeur est le directeur de la centrale, Masao Yushida. Il s'écrie, juste après l’événement : « QG ! QG ! C’est affreux ! L’unité 3 a explosé maintenant. Je pense que c’est probablement la vapeur. » Mais rapidement on lui fait comprendre qu'il doit s'aligner avec la version officielle de l'explosion d'hydrogène.

Le principal défenseur de cette hypothèse s'appelle Ian Goddard. Sur son site internet, ce chroniqueur d’investigation explique dans le détail comment il interprète les événements. Sa démonstration a été traduite en français dans cet article déjà publié sur ce blog, le lecteur s'y reportera pour en prendre connaissance : Unité 3 de Fukushima : la théorie de l’explosion de vapeur

Pour résumer, Ian Goddard estime que la première explosion est produite par l’hydrogène et que la seconde est une explosion de vapeur qui se produit au sein de l’enceinte de confinement au moment où le corium tombe dans le fond rempli d’eau. Il suppose que la pression est telle qu’elle fait éclater le couvercle de l’enceinte de confinement et soulève les dalles antimissiles puis s’échappe à l’extérieur produisant le panache de 300 mètres de hauteur.

Nous ne sommes pas d’accord avec certains éléments de l’enquête de Ian Goddard. Tout d’abord, celui-ci prétend qu’il y a trois panaches de vapeur s’échappant du puits de cuve. Pourtant, les photos dont il se sert n’en montrent que deux.


Fig. 96 : Photos des panaches utilisés par Ian Goddard

Fig. 96 : Photos des panaches utilisés par Ian Goddard


Pour confirmer l’existence d’un troisième panache, il se sert d’une part de la photo infrarouge du 20 mars 2011 que nous avons étudiée plus haut mais en décalant l’ouverture du puits de cuve, et d’autre part en considérant quelques lueurs sur la vidéo de l’explosion comme des flammes. Pour notre part, nous interprétons ces lueurs sur la gauche comme des reflets de la flamme principale sur des poutres blanches de la cheminée d’évent et nous ne considérons ainsi comme fait avéré que la flamme visible au sud-est.

Par ailleurs, son interprétation de l’explosion présentée sous forme d’animation ne tient pas compte du fait que les dalles antimissiles sont restées en place. A sa décharge, quand il a développé son hypothèse en 2011, ce fait n’était pas encore connu. Impossible donc de faire un panache vertical avec les dalles en place. La probabilité pour que 9 dalles antimissiles se soulèvent et se replacent exactement où elles étaient à l’origine est quasi nulle. Donc nous ne pouvons pas conserver cette hypothèse d’origine du nuage n° 3.

Cela étant, les explosions et les dégâts étant multiples et complexes, nous n’excluons pas la possibilité d’une explosion de vapeur.


LIEN VERS LA PARTIE 7


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